Tournai 7500

Une start-up wallonne et l'Orchestre Royal de Chambre de Wallonie testent une nouvelle caméra immersive

C’est une rencontre entre deux mondes qui ne se connaissent pas.

Les musiciens de l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie (ORCW) s’installent dans la salle Arsonic à Mons. Costume apprêté, l’air sérieux et la maîtrise exacte de la partition qui se lit déjà dans la posture. Pour les accueillir, une équipe de jeunes entrepreneurs de Tournai. Baskets, jeans et sweat. Le regard plongé dans les écrans et dans les câblages qui s’étalent sur le sol. Leur start-up développe une nouvelle caméra dite immersive. Samuel Meirlaen est le cofondateur de l’entreprise Big Boy Systems. Il dirige la manœuvre en installant sa caméra sur la tête d’un mannequin placé au milieu de l’orchestre. "J’installe notre caméra 3d binaurale au milieu de l’orchestre pour pouvoir filmer toute la scène qui va se passer devant nous et pour pouvoir capter aussi la présence acoustique que l’on peut ressentir en étant ici présent sur la scène. Un peu comme si le spectateur était placé au milieu de l’orchestre."

Première phase du test : demander à l’orchestre de jouer et donner la sensation au spectateur de voir et entendre ce qu’il se passe sur scène. Partition emblématique de la musique classique, le premier mouvement de la petite musique de nuit de Mozart remplit l’espace de la salle. À la baguette, le chef Vahan Mardirossian dirige le mouvement avec un casque sur les oreilles. C’est la première fois qu’il dirige sans une écoute directe. Il entend le son capté par la caméra. Samuel Meirlaen lui explique que "le mannequin a des oreilles en silicone. Cela permet de recréer l’audition humaine au plus proche. Vous entendez les sons qui viennent de devant, de derrière et même au-dessus du mannequin. Là où la stéréo permet d’entendre une différence gauche droite, ici vous entendez toute la bulle autour de la caméra comme les oreilles humaines."

La caméra est ensuite installée sur la tête du violoncelliste Hans Vandaele et Mozart reprend sa place dans la salle. "Ici, on peut donner l’impression d’être soi-même violoncelliste. Grâce à la caméra, et au système de son binaural, on capte les mouvements et ce qu’entend exactement le musicien." Et c’est là que l’outil devient intéressant aussi pour l’orchestre lui-même. Laurent Fack est le directeur général de l’ORCW. Il a accepté ce test avec enthousiasme parce que "je voudrais parvenir à faire comprendre ce qu’il se passe dans la tête d’un musicien. À certains moments, je ne sais pas comment ils gèrent le programme informatique qu’ils ont dans leur tête. Ils doivent jouer, suivre leur partition, garder un œil sur le chef d’orchestre et suivre leur chef de pupitre. C’est toute cette complexité que j’aimerais pouvoir expliquer aux gens."

Les violons peuvent-ils se lever ?

Et puisque le son peut être capté avec ses nuances dans une bulle tout autour de la caméra, l’expérience tourne en jeu. "Est-ce que les violons pourraient se lever ?" L’Orchestre va enchaîner les versions debout, retournés et même répartis aux quatre coins de la salle dans les gradins et au balcon. À chaque fois, le chef d’orchestre perçoit la différence dans son casque. De quoi lui ouvrir des perspectives. "Quand ils sont retournés, dos au mannequin, je perçois moins le son direct que le retour qui se reflète sur les murs. Ça donne un résultat plus rond, moins brut de décoffrage."

Pour apprécier pleinement le résultat, il faut un casque de réalité virtuelle. Ou la version plus accessible. Un cardboard dans lequel on glisse son smartphone et qui donne cette sensation d’être plongé dans l’image. On imagine les développements bien utiles en matière de culture, surtout en cette période de pandémie. Mais Samuel Meirlaen précise que les applications sont plus larges. "On a travaillé avec un chirurgien qui a placé sa caméra sur sa tête. Le résultat est un bon outil pédagogique pour les étudiants en médecine. Ils peuvent se projeter dans les mains du chirurgien et observer avec précision sa technique."

Le résultat, le voici ci-dessous. Sans casque de réalité virtuelle, vous pourrez déjà apprécier la qualité du son si vous branchez un casque (et uniquement au casque).  

Mozart en totale immersion [3D & Binaural] - YouTube

Et à la RTBF ?

Pourrait-on un jour utiliser cette caméra dans le travail journalistique ? Proposer de vivre la réalité de quelqu’un d’autre, de comprendre ses contraintes et ses sensations ? Encore faut-il que le public ait envie de s’approprier l’outil. La réflexion est ouverte et un test est lancé auprès du public. Comment perçoit-il l'enregistrement effectué avec l’orchestre ? La RTBF proposera en juin de venir vivre le résultat sur la place de la Digue à Charleroi.

Mathieu Van Winckel

Retrouvez l'article original sur RTBF