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Crise sanitaire et psychologie : selon une étude, le décompte des chiffres journalier aurait raison de notre humeur et de notre sommeil

La crise sanitaire et son impact sur notre sommeil ont déjà bien secoué nos plumes d’oreiller et celles des rédacteurs.

De l’impact de nuits réparatrices sur le travail aux problèmes de sommeil durant le confinement, différentes enquêtes et études ont été menées.


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Une nouvelle recherche, menée par l’unité en Neuropsychologie et Neuroimagerie fonctionnelle de l’ULB du docteur Philippe Peigneux et des services de trois autres pays européens a tenté de faire la lumière sur les rapports entre nos sommeils parfois contrariés durant le confinement et nos humeurs… le jour venu.


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Tout d’abord l’objectif : "Des recherches ont déjà été menées à travers le monde, explique le professeur. Nous, nous sommes penchés, dans une étude dirigée par le Dr Peter Simor, chercheur postdoctoral à l’ULB, sur les impressions de quelque 180 individus. Et durant le premier confinement, dans trois pays différents (Espagne, Hongrie et Belgique) et sur un laps de temps de deux semaines". Questionnés le matin (sur leurs nuits) et le soir (sur les sentiments éprouvés le jour), l’étude s’est d’abord portée sur les sentiments d’environ 750 personnes.

Les chercheurs se sont demandé si les changements concernant la qualité du sommeil d’une nuit à l’autre permettent de prédire l’humeur du lendemain. Et si le bien (ou le mal) – être psychologique ressenti par la personne durant la journée peut prédire la qualité de la nuit suivante.

Un rapport entre humeur, perceptions de la réalité et qualité du sommeil est palpable. Voici quelques éléments plutôt intéressants révélés par cette enquête scientifique.


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Signes de mal-être

L’étude montre donc que la qualité du sommeil a un impact sur nos perceptions et notre humeur du jour suivant. "Un sommeil de moins bonne qualité engendre souvent une hausse des humeurs négatives et d’anomalies psychologiques". Ces dernières concernent notre perception de la réalité. Comme l’impression de penser de manière claire, la perception qu’on a des autres (une paranoïa, par exemple) et des anomalies de la réalité que l’on peut penser observer (des troubles de notre rapport au monde que l’on peut observer aussi le lendemain d’une nuit blanche, souligne le spécialiste). Une hausse de plaintes somatiques est aussi constatée. Celles-ci sont à rapprocher du concept de l'"anxiété du covid". C’est-à-dire qu’on aura tendance à s’imaginer avoir des signes de la maladie. "Toux sèche, douleurs abdominales, musculaires et à la poitrine, maux de tête, souffle court, moins d’énergie…" Une légère tendance à l’hypocondrie, donc. "Ces troubles reflètent un certain mal-être" selon le professeur Peigneux.


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Chiffres évocateurs

Notre humeur est aussi influencée par l’environnement. Et l’étude a porté sur ces fameux chiffres quotidiens auxquels nous sommes confrontés. Durant le premier confinement, ce décompte (qui maintenant devient presque habituel), c’était du jamais vu. Et le nombre de décès était parfois très haut. "On constate une variation sur l’humeur. Quand nous sommes confrontés à l’annonce d’un grand nombre de décès et quand la nuit précédente n’est pas bonne, ces symptômes, comme "l’anxiété du covid" est en hausse."

Sommeil réparateur


Le stress et la qualité du sommeil sont donc deux choses liées. Ces périodes parfois angoissantes peuvent donc être sources de mauvaises nuits. Mais selon Philippe Peigneux, les deux phénomènes peuvent aussi être limités. "Une des manières de bien gérer une période de stress et d’agir sur le sommeil". Et quand on dort bien, on peut constater un mieux sur le moral et une meilleure capacité à faire face aux nouvelles peut réjouissantes la journée. "Nous avons constaté que dans ce contexte de crise et de stress, un bon sommeil favorise la régulation émotionnelle". Un bon somme réparateur permet donc de remettre un peu les "pendules à l’heure" (ce qui n’est pas le cas des personnes en stress post-traumatiques par exemple, qu’un bon sommeil n’aide pas forcément à chasser leurs angoisses).

Dans cette période plus stressante, les variations d’humeur journalières sont donc liées à la qualité du sommeil et aux "mauvaises" nouvelles.

Le confinement a eu des effets sur nos us et coutumes. L’étude pointe du doigt aussi des changements dans nos habitudes de sommeil.

"Chez certains, cela se manifeste par un décalage dans les horaires de coucher et/ou de lever. D’autres ont dormi, en général, plus longtemps. Mais cela n’a pas forcément un effet bénéfique sur la qualité du sommeil, précise Philippe Peigneux. En effet, ce n’est pas parce que l’on dort plus longtemps que l’on dort mieux. On peut aussi ruminer ou être en proie à des idées noires avant le coucher, subir des insomnies, des microréveils ou des apnées du sommeil". Dormir davantage n’est donc pas gage de meilleur sommeil.

Autre élément notable sur nos habitudes, celles du pays où vit la personne confinée ne semblent pas avoir eu une grande importance. Ainsi, en Espagne, où la population va souvent se coucher plus tard – et où la sieste est une chose davantage pratiquée —, les différences ne sont pas notables.

Sous la couette

Quelques conseils pour un bon dodo peuvent donc s’avérer être nécessaires : éviter les somnifères, éviter une trop grande activité physique avant de se mettre au lit, éviter l’alcool, avoir des heures de coucher les plus stables possibles ou encore pratiquer la relaxation. Une bonne hygiène du sommeil peut donc vraiment aider.


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Une prochaine étude est en cours pour les équipes de l’ULB. Elle se penchera sur l’étude de la qualité du sommeil durant une période de crise telle que celle que nous vivons pour le moment. L’occasion encore des avancées et des possibles trouvailles dans ce domaine des neurosciences, fortement sollicité pour le moment.


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Kevin Dero

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