Braine-l'Alleud 1420

Capable de faire 20 lapereaux chaque année, le lapin sauvage est pourtant en danger

Sale temps pour le lapin de garenne ! Selon les prélèvements des chasseurs sur le terrain, les populations ont chuté considérablement au cours des 15 dernières années.

L’expression "se reproduire comme un lapin" ne semble pourtant même plus suffire pour l’espèce.

"Dans ce petit bocage où je venais déjà chasser quand j’étais jeune, il y a 20 ans, se souvient Hervé Demazy, le secrétaire du conseil cynégétique de la Dyle et de l’Orneau, nous pouvions tirer trente lapins sur une journée. Aujourd’hui, quand on voit une paire d’oreilles, c’est beaucoup. Il y en a dix fois moins qu’avant". Le constat sur le terrain du chasseur est corroboré par les chiffres compilés par Manuel de Tillesse, expert du Département de l’étude du milieu agricole et naturel au Service public de Wallonie (DEMNA) : "Tous les conseils cynégétiques (les chasseurs du pays se sont associés dans plusieurs zones géographiques suite à un arrêté wallon en 2001) rapportent les mêmes tendances : depuis une dizaine d’années, les prélèvements ont été divisés par cinq. Aujourd’hui, en Wallonie, on tire trois fois plus de cervidés que de lapins. Alors qu’une biche fait un seul faon par an contre 20 lapereaux pour une lapine".

Pas seulement un problème belge ou wallon

Le phénomène est planétaire. A l’échelle européenne, le lapin est classé dans les espèces semi-menacées, et même en danger à l’échelle mondiale. A cause de quoi ? Pas d’une chasse trop intensive qui ne peut plus compter sur les lapins pour les tableaux de chasse depuis un moment : "Deux maladies ont provoqué des dégâts considérables, explique Manuel de Tillesse : la myxomatose dans les années 50 et ensuite une fièvre hémorragique virale à la fin des années 80'. Mais le facteur principal c’est la dégradation de leur habitat, à cause de l’agriculture intensive".

Le milieu naturel du lapin sauvage c’est un mélange de zones où il peut s’abriter des prédateurs (des petits buissons, des haies…) et de zones où il peut se nourrir (de l’herbe). Contrairement au lièvre, le lapin ne se déplace ni vite ni loin, donc il faut que ces zones soient proches l’une de l’autre, et surtout proche de la garenne, le terrier. L’agriculture intensive, avec ses immenses champs tout plats, séparés par des chemins de remembrement, multiplie les déserts infranchissables pour le lapin sauvage qui ne prendra pas le risque de traverser ces zones : "Au-delà de 200-300 mètres, cela devient des frontières imperméables pour lui. Donc les petites populations isolées les unes des autres se reproduisent entre elles sans brassage génétique. Et donc s’il y a un épisode épidémique d’une des deux maladies, c’est toute la population qui risque de disparaître en une fois".

Le lapin sauvage continue à pourtant pulluler à certains endroits improbables (certains parcs publics, la base militaire de Beauvechain, la butte de Waterloo,…), dans des zones stables, gérées par l’homme où les prédateurs sont moins nombreux mais ils provoquent alors des nuisances parfois importantes. Mais cela ne doit pas masquer une réalité plus générale : malgré sa reproduction prolifique le lapin sauvage disparaît petit à petit de la carte de nos territoires.

François Louis et Arnaud Pilet

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