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R-Use Fabrik récupère et transforme vos déchets textiles

À Ixelles, Mathilde et Sophie ont créé R-Use Fabrik, un espace dédié à la couture upcycling. Elles y stockent des déchets textiles, les vendent à des prix accessibles dans leur mercerie, proposent des machines à coudre en libre-service et organisent des cours de couture pour tous les niveaux.

R-Use Fabrik, c’est d’abord l’histoire d’une rencontre entre deux femmes : Sophie Remy et Mathilde Lemaire. Après avoir travaillé plusieurs années dans la grande distribution, Sophie a senti le besoin de se ressourcer, notamment grâce aux vertus de la couture. " La couture constitue un véritable moment de bien-être, de connexion de soi. C’est aussi un exercice créatif. Puis, on est fiers quand on arrive au bout de nos créations ! "

Avocate de formation, Mathilde était particulièrement branchée par la couture upcycling qui consiste à reprendre des tissus usagés pour les transformer en de nouveaux vêtements ou accessoires de mode. " En gros, c’est la philosophie du “Rien ne se jette, tout se transforme” ". Une démarche écoresponsable et zéro déchet donc, surtout que l’industrie du textile est l’une des plus polluantes au monde.

Ensemble, portées par leur amour de la couture et des valeurs écoresponsables, elles conçoivent et créent R-Use Fabrik en mai 2020, une association qui sensibilise et valorise les déchets textiles. Quelques mois plus tard, elles s’installent dans des locaux à Ixelles où elles ont pu développer les différentes branches de leur projet.

Une mercerie écoresponsable

Ce lieu joue d’abord le rôle d’une mercerie où les deux fondatrices stockent et vendent des textiles de seconde main aux mille couleurs. " Ces textiles sont principalement des dons de citoyens. Nous en récupérons aussi auprès d’anciennes merceries ou des petites structures qui arrêtent leurs activités. Ce sont souvent des coups de chance ou du bouche-à-oreille. " détaille Mathilde. " Sans oublier par exemple des magasins d’aménagement intérieur qui se retrouvent en fin de collection avec des échantillons de tissus devenus obsolètes. " complète Sophie.

L’association accepte ainsi des chutes, des coupons, des rouleaux de tissu, des articles de mercerie ou encore des vêtements abimés qu’il faut trier et recouper. Pour les vêtements en bon état, l’équipe redirige vers des associations qui viennent en aide aux personnes démunies.

Le public, lui, est très varié : aussi bien des professeurs de couture et des étudiants en stylisme que des petits créateurs portés par une démarche écoresponsable et des amateurs passionnés de couture. " Ici, ils peuvent fouiller, prendre le temps et demander des conseils. " Les prix se veulent dans tous les cas accessibles. " Sur un coton classique, dans une mercerie, cela va de 7 à 10 euros le mètre. Ici, s’il n’est pas en rouleau, c’est 2 euros le mètre; s’il est en rouleau, c’est 5 euros le mètre. Adopter une démarche écoresponsable peut donc se révéler économique. " avance Mathilde.

La mercerie ouvre ses portes du mercredi au samedi de 13 h à 18 h (Rue du Relais, 21, Ixelles). " À partir de septembre, l’horaire devrait s’élargir." Mathilde et Sophie ont également lancé un e-shop avec des articles upcyclés et une sélection de tissus et d’articles de mercerie de seconde main. " Nous y vendons aussi le label jaune des Petits Riens, une gamme de produits upcyclés : des kimonos, des vêtements ou des coussins. C’est une manière de collaborer et d’aider d’autres projets sociaux. "

Des ateliers upcycling et des machines à coudre en libre-service

Si elles récoltent les vêtements abimés, Sophie et Mathilde vous proposent aussi de venir transformer vos vêtements et de leur donner une seconde vie (une chemise d’homme en caleçon, des chemises en sac à vrac, etc.). Ces ateliers de couture qui s’inscrivent dans l’esprit de l’upcycling sont à destination de tous les publics : par exemple des stages pour les enfants pendant les grandes vacances ou des cours collectifs d’initiation à la broderie dès la fin du mois de juin. Par ailleurs, des tutoriels sont disponibles sur le site internet de l’association.

Dans un souci d’économie de partage, des machines à coudre et d’autres appareils spécifiques (surjeteuse, brodeuse, recouvreuse, etc.) sont également à disposition en libre-service par heure ou par demi-journée. " Coudre nécessite de l’espace et du matériel — des machines spécifiques, des tables hautes… Quand on fait cela chez soi sur la table de la cuisine, on doit par exemple tout ranger pour le repas du soir. Cela nous coupe dans notre élan… Je me suis dit que ça serait bien d’avoir un espace convivial où aller coudre. " explique Sophie.

Pour faire tourner ce projet, les deux fondatrices peuvent compter actuellement sur l’aide d’une quinzaine de bénévoles motivés, mais elles ont aussi engagé Noël, un couturier en insertion professionnelle qui confectionne de nouveaux accessoires à partir des tissus collectés pour des entreprises ou d’autres associations.

Un café-couture à venir

Le projet initial consistait en un café-couture-bibliothèque, un espace d’échange et de partage où les visiteurs pourraient prendre une petite restauration, s’inspirer de patrons et pratiquer de la couture. Le Covid en a décidé autrement, mais Mathilde et Sophie comptent bien relancer ce concept et ouvrir leur terrasse très prochainement.

Comme d’autres Belges, Mathilde et Sophie ont ainsi osé changer de vie et se lancer dans un projet porteur de sens. Aujourd’hui, elles ne regrettent rien. " Je me sens vraiment heureuse. C’est un bonheur d’être ici, de rencontrer plein de gens, de se lever le matin en se disant qu’on contribue à quelque chose. " explique Sophie. " On espère que ça sera le lieu de demain. Que les magasins de seconde main se développeront. Que ça sera le début d’une nouvelle économie et d’une nouvelle façon de consommer. " conclut Mathilde.

Plus d’informations sur le site internet et sur la page Facebook.

Maxime Maillet.