Vers une dose supplémentaire du vaccin anti-Covid ? "Rien n'impose automatiquement d'adresser une troisième dose à tout le monde"

Il y a de fortes chances que d’ici la fin de l’année, les premiers citoyens belges reçoivent une troisième dose du vaccin corona, a affirmé auprès du quotidien Het Laatste Nieuws de samedi Dirk Ramaekers, chef du groupe de travail sur la vaccination.

Il y a de fortes chances que d’ici la fin de l’année, les premiers citoyens belges reçoivent une troisième dose du vaccin corona, a affirmé auprès du quotidien Het Laatste Nieuws de samedi Dirk Ramaekers, chef du groupe de travail sur la vaccination. La question d’une troisième dose des vaccins anti-Covid est donc plus que jamais au centre du débat en Belgique. Jean-Michel Dogné, professeur à l’UNamur mais aussi expert au Comité Mondial de Sécurité Vaccinale de l’OMS et à l’Agence Fédérale des Médicaments (AFMPS) détaille les modalités qui pourraient être de mise si cette hypothèse devenait réalité dans un futur proche.

Va-t-on tous devoir passer par la case troisième dose ? Rien n’est moins sûr mais selon le spécialiste, deux arguments laissent à comprendre que cela pourrait être le cas. "D’une part, avec le temps, on n’a aucune garantie que l’efficacité des vaccins soit maintenue", avance-t-il. En d’autres termes, si on sait pour l’heure que les doses protègent les vaccinés au moins six mois après administration, des études sont encore en cours pour définir la durée précise de la protection. "Beaucoup de vaccins nécessitent des rappels, ça n’a rien d’exceptionnel", estimait déjà Sophie Lucas, immunologue et présidente de l’institut de Duve à l’UCLouvain, fin avril.


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Ensuite, celui qui travaille auprès de l’OMS estime aussi que les variants sont de réelles menaces quant à l’efficacité des vaccins, d’où l’attention particulière des autorités lors de l’apparition de ces formes mutantes du virus. C’est pourquoi les sociétés qui ont développé les doses étudient à chaque fois l’efficacité de leur vaccin face à un nouveau variant. "On sait que des variants sont plus contagieux et peuvent entraîner une sorte de résistance à certains vaccins", confirme Jean-Michel Dogné.

"Donc il faut anticiper dès maintenant la possibilité d’avoir une troisième dose potentielle de vaccin déjà existant ou certainement des vaccins qui sont adaptés." Car au-delà d’étudier l’efficacité de leur vaccin contre les nouvelles formes du virus apparues notamment au Brésil, en Afrique du Sud ou en Inde, les sociétés pharmaceutiques travaillent sur des versions "adaptées" de leur formule afin qu’elle garantisse la protection la plus infaillible possible, tenant compte des variants connus. Le délai de d’adaptation est généralement de 3-4 mois. "C’est en cours de réalisation, tant des études cliniques, que des réflexions sur la production massive", précise-t-il.


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Est-on en train de céder à la "pression" des Big Pharma ?

Alors que Pfizer préconisait déjà l’injection d’une troisième dose à la mi-avril, se demander si les autorités sanitaires de notre pays sont en train de céder à une forme de "pression" des entreprises qui développent les vaccins apparaît légitime. À ce type d’interrogation, l’expert répond par la négative : "C’est tout à fait indépendant car on va regarder quelles sont les données qui justifient une troisième dose."

D’une part, les autorités qui régissent les médicaments en Europe comme en Belgique scrutent les données épidémiologiques pour jauger si l’administration de cette dose supplémentaire apparaît nécessaire. "Rien n’impose qu’on va automatiquement adresser une troisième dose chez tout le monde. Mais on sait que des populations plus vulnérables, plus à risques, les personnes âgées, comme on le fait chaque année avec la grippe, ou des patients immunodéprimés pourraient bénéficier d’une troisième dose sur base de données clinique clairement évaluée", détaille-t-il.

M.F.

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