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Palais de justice de Verviers : pas de permis pour déconstruire l'aile Janson

La Régie des bâtiments n’a pas obtenu le permis qu’elle demandait pour poursuivre la déconstruction de l’aile néogothique du Palais de justice de Verviers.

Cette partie du bâtiment est instable explique la Régie. Elle pourrait s’écrouler. Elle est vide d’occupation et étançonnée depuis plusieurs mois. Les pierres des grandes lucarnes de toiture ont déjà été démontées et numérotées. Elles sont d’ailleurs entreposées sans plus de précautions sous des bâches rapporte le document et c’est déjà un problème souligne la fonctionnaire déléguée de la Région Wallonne dans son refus de permis.

Ce refus de permis est partiel. Il concerne les phases 3 et 4 des travaux que prévoit la Régie des bâtiments. Pour les phases 1 et 2, déjà réalisées, le permis est accordé. Ces phases 1 et 2 sont l’étançonnement de la façade "Janson" et le démontage des cheminées, lucarnes et rambardes en corniche. Les phases 3 et 4, que la Régie ne peut pas réaliser, sont la démolition des toitures et dalles (planchers en béton armé) des deuxième et troisième étages du bâtiment et la démolition de parties plus récentes construites en intérieur d’îlot contre l’aile "Janson".

La bourgmestre et la fonctionnaire déléguée ensemble pour maintenir le Palais

"Contrairement à ce que souhaite la Régie des bâtiments qui veut démolir cette partie du Palais de Justice, la volonté de la Ville ainsi que de la fonctionnaire déléguée de la Région Wallonne est de le maintenir" insiste la bourgmestre Muriel Targnion. Sur ce dossier, la Ville de Verviers et l’administration wallonne œuvrent de concert. Selon la bourgmestre, le Palais "ne présente pas une instabilité grave. Il fait partie du patrimoine verviétois. Ce refus de permis est important afin qu’on puisse maintenant tenter avec la fonctionnaire déléguée qui en a déjà fait la demande d’obtenir un classement du bâtiment et peut-être ensuite une aide pour sa rénovation".

Ce qui semble effrayer la bourgmestre et la fonctionnaire déléguée, c’est que la justice ne sait pas ce qu’elle va faire du bâtiment. Comme nous le confirme la porte-parole du SPF justice, "La reconstruction est une des solutions envisagée et est actuellement à l’étude". Dans ce contexte d'incertitude, autoriser une déconstruction partielle, c’est prendre le risque de ne jamais voir reconstruire : "en d’autres circonstances" rappelle la fonctionnaire déléguée en refusant le permis, "des démontages ont déjà été précédemment réalisés par le demandeur [la Régie des bâtiments ndlr] tels que, dans les années 80, le "crêtage" en fer forgé de l’ensemble de la toiture ainsi que le lanternon qui couronnait celle-ci et, plus récemment, la balustrade en pierre sur l’aile 1830 […] ces éléments, à l’heure actuelle, n’ont toujours pas retrouvé leur place".

Une déconstruction provisoire sans reconstruction prévue

L’administration wallonne craint de voir une façade étançonnée masquer pendant des lustres le vide d’un bâtiment démoli : "la […] demande ne tient compte d’aucune phase de reconstruction et ne présente aucun document donnant une orientation sur l’objectif et les intentions de reconstruction ; […] l’objectif de 'conserver un maximum de la façade dans le cadre de la reconstruction de cette partie du bâtiment' ne rassure pas sur la bonne finalité réservée à la bâtisse […]". C’est "compte tenu de l’absence de garantie de la préservation des éléments décoratifs intérieurs éventuels et quant au remontage à l’identique de toute l’enveloppe extérieure de l’aile à déconstruire" que l’administration du Patrimoine donnait déjà un avis défavorable pour les phases 3 et 4.

Le Palais de Justice de Verviers est "repris à l’inventaire du patrimoine immobilier culturel" et pastillé : l’immeuble est identifié comme "méritant protection". Le refus de permis mentionne le fait que la présence au centre de Verviers de ce Palais de Justice avait servi à obtenir, en recours, le permis de démolir la prison et les maisons voisines de la chaussée de Heusy, alors même que ce permis de démolir avait, dans un premier temps, été refusé.

François Braibant

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