Schaerbeek 1030

La Mule : une nouvelle brasserie à Schaerbeek, 60 ans après la fermeture de la dernière

Schaerbeek a compté jusqu’à une quinzaine de brasseries sur son territoire à la grande époque.

La dernière (Brasserie Roelants) a fermé il y a 60 ans. Aujourd’hui, le passé brassicole de la commune est en train de renaître avec l’arrivée de la Brasserie " la Mule " dans les Ecuries Van de Tram près de la maison communale. Alors comment fait-on pour se lancer dans un tel projet à l’heure où de nombreuses brasseries souffrent, par ricochet, de la fermeture des bars et des restaurants ?

Au milieu de ses cuves de fermentation, Joël Galy, maître brasseur et fondateur de la brasserie, écoute les barboteurs siffler. "C’est de là que s’échappe le CO2 produit par la fermentation. Moi ça chante à mes oreilles et c’est annonciateur de ma première bière brassée ici ".

Composer avec la crise

Aux alentours du 20 avril, le précieux liquide sera mis en canette et commercialisé. L’aboutissement d’un projet né il y a moins d’un an, juste après le premier confinement. "Ça a germé dans ma tête au mois de mai. Je me disais que j’arriverais peut-être au bon moment quand la pandémie serait derrière nous. Maintenant on est toujours dedans. Alors pour le moment moi, ça va. Je m’en sors. Je vais pouvoir produire de la canette. Je n’ai pas une infrastructure tellement grande. Donc je pense que je m’en tirerai en faisant " à emporter ".

Joël Galy n’est pas complètement pris de court. Les contraintes liées à cette crise ont été prises en compte dès le départ. " Dans le business plan, on a dû écrire ce genre de chose. Ce qu’on n’aurait pas cru, il y a deux ou trois ans. Par exemple, on va avoir un café ici, on a dû vraiment réfléchir à " entrée/sortie ", à la jauge en fonction des restrictions. On a réfléchi aussi à comment livrer pour amener les bières directement aux clients etc. "

La Brasserie espère écouler 1000 hectolitres par an, pas plus. " C’était aussi un peu la réflexion dans le projet. On ne voulait pas faire une énorme brasserie dès le début. D’abord, je n’avais pas les sous pour le faire. Et puis, on réfléchit à une consommation locale, une production qui va me permettre de vivre moi et les employés. Et donc, il y a vraiment cette réflexion de ne pas produire trop ".

L’indispensable réouverture des cafés et restaurants

Cela n’empêche, sur le moyen terme, La Mule, comme les autres brasseries, compte sur la réouverture des bars et des restaurants pour survivre. "J’espère vraiment qu’on est sur la fin. Comme moi je commence à peine je peux encore tenir quatre ou cinq mois mais après ça va être compliqué. Parce que les bars et restaurants cela reste les lieux d’écoulement les plus importants pour nous. D’autant qu’ici le projet, il associe brasserie et café. On mise aussi sur la belle terrasse qu’on va avoir. Le but, c’est de vendre sur place en direct, au verre. Et tout cela est inclus dans mes chiffres ".

Bières typées allemandes

Joël Galy va principalement brasser des bières allemandes. " J’ai une Lager. C’est une fermentation basse. Pour faire simple, on est sur une pils avec un peu plus de goût ; un peu plus de corps. On a une Hefeweizen. Ça, c’est une blanche allemande avec des arômes plus fruités : banane, clous de girofle. Je vais aussi brasser des Helles, des Kölsch, des Altbier ". Ce sont des bières de soifs, sans chichis, que j’aime particulièrement. Elles ont une faible teneur en alcool. Le goût paraît simple mais recèle pourtant une vraie complexité aromatique. C’est d’ailleurs assez technique au niveau du brassage. Mais finalement, ce que j’aime dans ces bières, c’est cette simplicité et l’esprit de consommation qu’elles dégagent. La bière n’est pas un but en soi. Le but c’est de la partager autour d’une table ou d’un bar ".

La Mule proposera aussi une " Saison " et plus tard une Kriek avec les vraies griottes schaerbeekoises. " Ça, ce n’est pas pour tout de suite. Le lambic, c’est un processus qui s’étale sur deux à trois ans ".

Pierre Vandenbulcke

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