Bernissart 7320

Harchies : une parabole, pour écouter au plus près le chant des oiseaux

C’est une expérience inédite en Région Wallonne.

L’occasion d’écouter les oiseaux, comme s’ils se trouvaient à quelques mètres de nous. Posés sur la même branche. Alain Malengreau, naturaliste et passionné de son, a mis au point un dispositif permettant d’amplifier et retransmettre les "vocalises" des petits chanteurs de chez nous. Nous l’avons suivi alors qu’il accompagnait un groupe autour des marais.

"Voici un casque Bluetooth. Je branche la parabole sur mon enregistreur". Alain Malengreau distribue des paires de jumelles aux participants. Et c’est parti pour trois heures à travers les marais. "Nous sommes sur une zone humide d’intérêt biologique. C’est pour certaines espèces, certaines associations d’espèces, la zone la plus importante de Belgique". Le petit groupe s’éloigne de la grand-route, et déjà les premiers chanteurs se signalent. Alain braque sa parabole en direction d’un oiseau. "Ah le voilà ! Le pouillot véloce. Tchif tchaf tchif tchaf…vous entendez ? Un son disyllabique… tchif tchaf…"

Dans le casque, le son est clair. "Enlevez votre casque et vous n’entendrez presque plus rien…" En effet. La parabole diminue de trois la distance qui nous sépare du petit migrateur. Il va nous accompagner tout au long de la balade, prévient notre guide. "Si vous ne devez retenir qu’un son, de toute la balade, c’est celui-là ! Parce qu’il est partout, à cette période de l’année. Dans votre jardin aussi !"

On s’enfonce en direction de la roselière. A perte de vue, de l’eau, des roseaux. Pas d’oiseau. "Ils sont cachés. C’est la période de nidification qui se prépare. Grâce à la parabole, nous allons découvrir ce qui se passe dans le marais. Nous allons pouvoir tout comprendre, sans voir ! C’est l’intérêt !" Deuxième intérêt : percevoir des sons beaucoup plus fins qu’à l’oreille. "Ecoutez ce bruit. C’est le fuligule milouin. Parfois il fait comme des miaulements… Vous avez entendu ? On entend son battement d’ailes, comme une course sur l’eau… Tous ces détails, nous les percevons grâce à la parabole…"

Cachés dans les marais, des "couples" discutent. "Ce sont des cris de cohésion, pas des disputes…" Un peu plus loin, ça drague sec. Une parade nuptiale est en cours, et on peut distinguer quatre "prétendants" différents ! "La femelle ne doit pas être loin". C’est une période de séduction. Et pas que sur l’eau. "Vous entendez, au-dessus de nos têtes ?" Très haut dans un arbre, un couple de ramiers se fait la cour. "Nous allons continuer de longer la digue, et nous enfoncer encore".

Un "plot" en béton dépasse de l’eau. Il est pris d’assaut par les mouettes rieuses. "Elles ont déjà construit quelques nids rudimentaires". Pourquoi ce vacarme ? "Regardez celle-là, qui arrive, et veut s’installer. Les autres sont en train de la chasser ! Il n’y a plus de place pour elle", détaille notre guide. Foulque macroule, grèbe huppé, mésanges charbonnières, mésanges bleues, fauvette à tête noire, canard chipeau, colvert… Il y en a du monde ! Un vrai karaoké, dans le marais. "Chaque individu est reconnaissable en principe grâce à son chant". Celui-ci nous fait rire. "C’est un peu comme un rythme de samba ! Titilaaaa tilitilaaaaam, ti-ti laaaam tili tilaaaam".

Baptiste n’a que 12 ans, mais il est captivé par ce qu’il voit, et surtout, ce qu’il entend. "C’est trop cool, avec la parabole. On entend même l’eau qui tombe des plumes des canards, quand elle retombe sur le marais…" Il nous confie qu’il compte faire plus attention, désormais, aux "bruits de la nature". Une réflexion qui est une véritable récompense pour notre guide. "Quand j’entends ça, je me dis que c’est gagné ! L’objectif est atteint ! Ce que je vise, c’est une autre perception de la nature. Réapprendre à écouter".

Apprendre à utiliser ses paraboles

"Nous, les humains, sommes très visuels. Mais on se prive alors de toute une dimension, capitale ! Tout ce paysage sonore !" Les enfants sont paraît-il les plus faciles à convaincre. "Très vite, ils comprennent qu’ils n’ont finalement pas besoin de la parabole…" Hé oui, n’avons-nous pas en permanence deux paraboles, vissées de chaque côté de notre tête ?

Pour plus d'infos sur ces balades, vous pouvez contacter Alain via ce mail : ornitho@skynet.be.

Charlotte Legrand

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