Fabrice Murgia, Directeur du Théâtre National à Jeudi en Prime : "Nous sommes une arme pour défendre l’adhésion de la population" (aux mesures Covid)

Fabrice Murgia, Directeur du Théâtre National et producteur de spectacles était l’invité de Jeudi en Prime ce jeudi sur la Une, après le Journal Télévisé. Son théâtre, comme 80 autres lieux culturels, a décidé d’ouvrir ses portes au public, dès le 30 avril, dans le respect de certains protocoles, alors que les règles sanitaires fixées par le gouvernement ne le permettent pas encore. 

Quand on lui demande ce qu’il attend du Comité de concertation qui se tiendra ce vendredi, le Directeur du Théâtre National répond : "on n’attend plus grand-chose". Le principal espoir, c’est le plan "Event Confederation", posé sur la table par le secteur culturel lui-même et qui envisage le déconfinement des lieux de culture comme les salles de spectacles. Ce plan "est entre les mains du Gems (les experts) et du ministre Vandenbroucke", précise Fabrice Murgia qui rappelle qu’en octobre et novembre dernier, les salles de spectacles ont eu "un grand test", "avec des protocoles" sur les bases desquels il doit être possible de redémarrer les activités culturelles.

Pour les acteurs du monde culturel, il est urgent de leur permettre d’accueillir à nouveau du public. Les mesures de fermeture ne peuvent durer éternellement. "Une crise, ça passe. Après un an, on ne peut plus dire qu’on est dans une crise", déclare Fabrice Murgia, dans ce contexte où il est temps de proposer autre chose comme solutions que l’arrêt pur et simple des activités culturelles. Fabrice Murgia dit cependant comprendre "parfaitement la mission impossible devant laquelle se trouvent les décideurs du pays".

Le plan "Event Confederation", mis en avant par le secteur culturel envisage ces alternatives et prévoit de rouvrir les salles progressivement, en fonction de l’évolution du contexte sanitaire. "Les théâtres veulent ouvrir pour 40, 50, 100 personnes, en intérieur et quand les gens seront vaccinés et qu’il y aura moins de gens dans les soins intensifs, on augmente les jauges", explique Fabrice Murgia.

Bref, tenir compte de la situation particulière de chaque lieu de spectacle.

La Culture ne s’estime pas traitée de la même manière que d’autres secteurs d’activité. "On n’a pas fait d’événement pilote pour rouvrir les artères commerciales", réagit Fabrice Murgia lorsqu’on évoque les évènements tests qui seront menés prochainement dans divers lieux de spectacle pour valider les protocoles sanitaires. "Nous avons eu notre événement pilote", poursuit Fabrice Murgia, faisant référence aux conditions sanitaires qui ont prévalu à l’automne 2020 dans les salles de spectacle. "Expliquez-moi pourquoi Pairi Daiza est ouvert et pourquoi on peut aller à 50 dans une église et pas dans un théâtre à 50 ?" s’interroge le Directeur du Théâtre National. Pour lui, "tout le monde devrait être rouvert avec une répartition de la charge". "La salle du Théâtre National a un taux de renouvellement d’air à 100%", donne comme exemple Fabrice Murgia. Rouvrir de tels lieux devrait donc être possible, mais "il faut indemniser les salles qui ne peuvent pas rouvrir", plaide le Directeur du Théâtre National. "On revendique une approche par activité, et non plus par secteur", poursuit-il. Le théâtre National, subsidié "ne va pas si mal, mais on lui interdit de redistribuer sa subvention à ceux qui vont plus mal", ajoute Fabrice Murgia

Pour Fabrice Murgia, la culture est essentielle, nécessaire. Il faut la reconnaître "comme une forme d’outil, un outil pour faire respecter l’adhésion". Pour lui, des événements comme la Boum qui s’est tenue au Bois de la Cambre n’arrivent pas par hasard. "Ce genre d’événements, ce sont des soupapes qui explosent. C’est inévitable. A un moment, c’est cathartique. Et c’est le rôle de la culture, des concerts. Si on nous permettait d’ouvrir dans un cadre restreint, ça n’arriverait certainement pas. Nous sommes une arme, plus qu’un outil pour défendre l’adhésion de la population", estime Fabrice Murgia.

Rouvrir les lieux de culture, c’est aussi redonner de l’espoir. Or, pour de nombreux acteurs du secteur culturel, l’heure est plutôt au pessimisme et à la morosité. A côté de ceux, dont le Théâtre National fait partie, qui sont privilégiés car subsidiés et reconnus, beaucoup d’autres sont en grandes difficultés. Pour les plus jeunes qui sont entrés plus récemment dans le métier ou devraient y entrer prochainement, les perspectives sont sombres. "J’ai peur de ce que les jeunes vont raconter demain dans les films, sur scène, dans les chants, dans ce que vos enfants vont chanter dans les cours d’écoles", s’inquiète Fabrice Murgia. "On est dans des processus de radicalisation", poursuit-il. "Il faut un plan de relance massif où l’on fait découvrir de nouveau artistes", demande Fabrice Murgia. Car, cela semble inévitable, la crise va creuser les écarts entre les jeunes qui entrent dans le métier et ceux, plus installés ou entre ceux qui sont subsidiés et les autres.

Jean-François Noulet

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