En Roumanie, on se fait piquer au château de Dracula : comment les pays dans le monde incitent la population à se faire vacciner?

Dracula, le personnage sanguinaire, a de quoi être jaloux.

 Des dizaines de piqûres contre le Covid-19 sont réalisées ce week-end dans son château, niché dans une vallée brumeuse des Carpates, en Roumanie.

C’est dans ce lieu hautement symbolique, le château de Bran, associé au prince roumain du XVe siècle, Vlad Tepes ("l’Empaleur") qui a inspiré le personnage de Dracula à l’écrivain irlandais Bram Stoker, que des centaines de personnes se sont pressées ce week-end.

"Je suis venu visiter le château avec ma famille et quand j’ai vu l’affiche j’ai pris mon courage à deux mains et accepté de me faire piquer", explique Liviu Necula, un ingénieur âgé de 39 ans.

Je suis venu visiter le château avec ma famille et quand j’ai vu l’affiche j’ai pris mon courage à deux mains et accepté de me faire piquer.

Comme lui, toutes les personnes s’étant fait vacciner ont reçu un diplôme attestant de leurs "témérité et responsabilité", ainsi que la promesse d’être accueillies au château "pendant les 100 prochaines années".

Une visite de la "salle des tortures" abritée par cette forteresse dont les fondations ont été posées par les chevaliers teutoniques en 1211 est également prévue pour ces "téméraires".

Les marathons vaccinatoires pour convaincre la population

Désireuses de convaincre le plus grand nombre de Roumains de se faire vacciner, les autorités ont multiplié ces derniers jours les "vacci-drives" dans plusieurs grandes villes et organisé des "marathons" vaccinatoires ouverts 24 heures sur 24 à la Bibliothèque nationale et à la Salle du Palais, grand auditorium de Bucarest.

Ces centres sont destinés à tous ceux qui veulent se faire vacciner mais rechignent à prendre rendez-vous en ligne.

"Ces centres sont destinés à tous ceux qui veulent se faire vacciner mais rechignent à prendre rendez-vous en ligne", explique Beatrice Mahler, directrice de l’hôpital Marius Nasta de Bucarest.

Près de 3,6 millions de Roumains ont reçu au moins une dose de vaccin contre le coronavirus dans ce pays de 19 millions d’habitants qui veut franchir la barre des 5 millions de vaccinés d’ici début juin.

La Roumanie n’est pas le seul pays à tenter d’inciter sa population à se faire vacciner. Partout dans le monde, les autorités tentent de trouver des solutions originales pour convaincre les réticents.

Des cartes-cadeau en Russie

En Russie, pour encourager les personnes de plus de 65 ans, considérées comme les plus vulnérables, à se faire vacciner, le maire de Moscou a annoncé fin avril leur offrir une carte-cadeau de 1000 roubles (11 euros) qu’ils peuvent utiliser dans différents magasins de la capitale s’ils reçoivent une injection.

La capitale russe, principal foyer de l’épidémie de Covid-19 en Russie, enregistrait alors une hausse des nouveaux cas de contaminations de 75% par rapport au jour précédent.


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La Russie mise sur son principal vaccin, le Spoutnik-V, pour vaincre l’épidémie. Mais la campagne d’immunisation est plombée par la défiance d’une partie de la population et progresse lentement dans ce pays d’environ 144 millions d’habitants. Fin avril, 7,7 millions de Russes s’étaient fait administrer les deux doses du vaccin et 12 millions avaient reçu la première injection.

Aux Etats-Unis, il faut réinventer la vaccination

Exit les grands stades, bonjour les cliniques mobiles aux Etats-Unis. Après des niveaux de vaccination record, le nombre quotidien de personnes recevant une dose anti-Covid est en forte baisse. 55% des adultes ont reçu au moins une dose. Mais un nouveau défi se pose aujourd’hui : vacciner l’autre moitié de la population.

Au Texas, le rythme des injections est ainsi en chute libre. Un grand site fédéral de vaccination à Arlington a fini par fermer ses portes mi-avril, faute de demande suffisante. Une nouvelle stratégie misant sur la proximité a donc été instaurée, pour atteindre des publics plus isolés, socialement ou géographiquement.

Des centres de vaccination mobiles sillonnent les zones où les cas positifs sont les plus importants. Une équipe a investi pour la journée la bibliothèque de Pasadena, une ville majoritairement hispanique en banlieue de Houston. Le public ne vient qu’au compte-goutte et seulement 27 personnes ont reçu une injection à la mi-journée.

Je ne l’ai pas fait avant parce que c’était trop loin. Je voulais un endroit plus près de chez moi.

Parmi elles, Jose Herrera, 55 ans, enfin vacciné : "Je ne l’ai pas fait avant parce que c’était trop loin. Je voulais un endroit plus près de chez moi. On ne sait pas quelle réaction on peut avoir" une fois piqué.

Rendre le remède plus accessible, c’est la clé, confirme le Dr Saad Omer, directeur de l’Institut pour la santé mondiale de Yale. "Nous voulons faire en sorte qu’il soit plus facile d’avoir un vaccin chez son docteur", a ajouté Vivek Murthy, le médecin en chef des Etats-Unis. "Une manière de s’attaquer à ça est d’augmenter leur demande. Une autre est de rendre ça si facile et accessible que même les hésitants diront : OK, faisons-le", explique-t-il.

Reste que certaines tranches de la population demeurent très sceptiques. Près de 30% des électeurs républicains disent ne pas vouloir se faire vacciner (contre 5% des démocrates), selon une étude de la Kaiser Family Foundation parue fin mars.

Il semble que dans les communautés religieuses, c’est grâce aux leaders que le message peut passer. C’est ce qui s’est produit avec succès, explique Saad Omer, pour les personnes noires, chez qui la confiance a fortement augmenté grâce aux prises de position d’organisations Afro-Américaines.

Différent du tourisme vaccinal

Ces techniques pour inciter la population à se faire vacciner diffèrent du tourisme vaccinal, sujet à polémique. Plusieurs pays proposent de venir chez eux se dorer la pilule sur une plage, cocktail à la main et les pieds en éventail entre deux doses du vaccin anti-Covid. C’est le concept promis par le "tourisme vaccinal", un système qui semble se répandre de plus en plus, qui vise notamment à relancer le tourisme, mais dont l’éthique pose question.


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A. Didier avec agences

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