Des libertés infectées par le coronavirus

Le débat vit depuis des semaines dans le champ médiatique du nord du pays, il peine à pointer le bout de son nez de ce côté-ci du pays.

La pandémie de coronavirus affecte aussi le fonctionnement démocratique du pays. Ou pas.

Il est vrai qu’au niveau fédéral, les deux principaux partis flamands sont dans l’opposition mais pratiquement chaque jeudi à la Chambre, il n’y a paradoxalement (?) que les députés nationalistes pour porter ce débat et se poser la question de la légitimité démocratique des décisions prises depuis un an pour restreindre, contraindre nos libertés… pour notre bien, notre santé.

La Ligue des Droits Humains, dans son tout récent rapport annuel, parle délicatement de libertés confinées.

Influence de l’épidémie sur la politique

Le coronavirus a forcé tous les partis politiques à s’associer peu ou prou dans un même gouvernement, celui remis en selle artificiellement de Sophie Wilmès.

La dernière fois c’était à Londres avant 1944. La comparaison s’arrête là. L’exécutif transitoire fut même doté des pouvoirs spéciaux. Comme la Wallonie, Bruxelles ou la Fédération W-B. Déjà pas la Flandre. Finalement, on ne peut guère affirmer que cette entorse au fonctionnement démocratique et naturel des institutions fut déterminante. Les Francophones semblaient déjà plus prompts à renoncer à leurs libertés, ou à tout le moins au rôle des représentants de la Nation.

Discipline de parti oblige ou atavisme pantouflard, nos élus, à quelques exceptions près, n’ont guère réagi à cette situation. Les mesures restreignant nos libertés ne tiennent qu’à un frêle arrêté ministériel !

Les inquiétudes sont venues de la société civile comme tout dernièrement, ces constitutionnalistes, gardiens du temple démocratique.

Ainsi, la professeur Anne-Emmanuelle Bourgaux (UMons) fustigeait nos élus : Les lois covid-19 doivent être délibérées au Parlement, comme le veut la Constitution ! Mais jusqu’ici il n’y a pas eu de transparence sur le débat, on n’a pas entendu clairement les objectifs, la finalité, ce qu’on appelle 'la balance d’intérêts' entre les mesures que l’on prend, les dégâts qu’on cause, et les bienfaits qu’on obtient. C’est un paradoxe, parce que toute la crise sanitaire est gérée au nom de la science, mais au fond il n’y a pas beaucoup d’objectivation du débat et cela parce qu’il n’y a pas eu de débat parlementaire.

Depuis le début de la crise, les parlementaires ne défendent pas nos droits et libertés, indique-t-elle.

Loi liberticide en vue ?

Un an après avoir entamé la mise en œuvre de mesures " pour notre bien ", le pouvoir exécutif s’inquiète enfin de la légalité de ses décisions. Et pour s’exonérer à bon compte de ses éventuelles fautes passées, concocte une loi qui pourra justifier a posteriori ses décisions. Où sera le débat démocratique ? L’actuelle pandémie restreint nos libertés : d’aller et venir, de manifester, de circuler, de passer une frontière, de se rencontrer, de tenir certains types de commerce, de se rassembler, de pratiquer un culte etc. Un rapide coup d’œil au " Titre II : Des Belges et de leurs droits " de notre vénérable Constitution permet de mesurer les entraves au Droit, à nos droits.

Même si cela intervient très (trop ?) tardivement, place au plus vite à un large débat démocratique sur les maltraitances que nos libertés ont subies et le cadre légal ou constitutionnel dans lequel l’action politique doit se contraindre.

 

@PhWalkowiak

 

Philippe Walkowiak

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