Coronavirus en Belgique : vacciner les 18-25 ans, bon pour tout le monde ?

A partir de ce lundi, la campagne de vaccination entre dans une nouvelle phase.

Les 18 ans et plus peuvent désormais être vaccinés. 1,5 million de personnes devraient recevoir une convocation. Mais comment convaincre les 18-25 ans de répondre à cet appel, alors que le pourcentage de malade dans cette tranche d’âge est relativement faible ? Pour Muriel Moser, immunologue à l’ULB, il y a deux raisons principales qui devraient inciter les jeunes à se faire vacciner : "Sur le plan médical, il y a de très bonnes raisons de passer par la vaccination pour cette population. D’abord parce que c’est nécessaire pour atteindre les fameux 80% de personnes vaccinées au sein de la population pour atteindre l’immunité collective pour protéger les personnes les plus fragiles. Ensuite parce que cela permet de réduire le nombre d’hôtes dans lesquels le virus peut se répliquer." C’est donc tout bénéfice pour le bien commun.

Se faire vacciner aussi pour soi

Mais il y a aussi un double bénéfice pour la personne elle-même, poursuit Muriel Moser : "Il y a environ 20% de jeunes patients qui font un long covid. C’est une maladie qu’on ne comprend pas encore très bien mais on sait que le système immunitaire du patient se retourne contre le corps lui-même." Avec des symptômes lourds : problèmes respiratoires, palpitations cardiaques, fatigues extrêmes, etc. qui peuvent durer des semaines ou des mois. Le vaccin, c’est donc une protection importante. Mais il y a une deuxième raison : "Les personnes qui ont reçu deux injections ou qui ont fait la maladie puis ont été vaccinées sont beaucoup mieux protégées contre les variants. De plus en plus de publications scientifiques montrent que leur réponse immunitaire est beaucoup plus forte aux variants du covid, y compris au variant indien qui arrive lentement mais sûrement chez nous. Voilà de bonnes raisons pour inciter les 18-25 ans à se faire vacciner : protéger la société et se protéger eux-mêmes."


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Et pour retrouver la liberté

Pour le professeur Sophie Lucas, immunologue à L’UCL, ce n’est pas la population la plus à risque, c’est vrai mais : "C’est une population susceptible de faire une infection parfois symptomatique du covid et surtout de la transmettre à d’autres. Et de cela, les jeunes commencent à en être conscients. Et puis, de ce que j’entends parmi les jeunes dans mon entourage ou dans les médias, ils sont de plus en plus nombreux à réclamer le vaccin pour retrouver au plus vite leur liberté. De retrouver des comportements qu’on a perdus depuis des mois, de voir qui on veut et quand on veut, y compris les grands-parents, les personnes malades en évitant le port du masque ou la distanciation sociale. Sans le vaccin, ils ne pourront sans doute pas retourner dans des évènements de masse. Et puis pour se protéger soi-même. Quand on est en session d‘examen et qu’on se paie un covid d’une semaine, ce n’est pas vraiment ça qui facilite la réussite des examens." Pour cette tranche d’âge, on administrera les mêmes vaccins qu’à tous les autres, Pfizer, Moderna et Johnson & Johnson (sauf AstraZeneca qu’on a décidé en Belgique de ne pas administrer aux moins de 41 ans).


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Et les plus jeunes ?

Le ministre flamand de la Santé Wouter Beke a annoncé dimanche que les jeunes de 16 et 17 ans pourront être vaccinés contre le covid d’ici à la mi-juillet. En Israël et aux Etats-Unis, on vaccine déjà à partir de 12 ans. Pourtant, l’OMS a lancé un appel aux pays riches pour qu’ils ne vaccinent pas trop vite leur population jeune afin de mettre davantage de doses à disposition des pays les plus pauvres qui sont aussi les plus touchés. Une bonne idée pour Sophie Lucas : "Il est aujourd’hui indispensable qu’on se pose la question de savoir comment, le plus rapidement possible assurer la vaccination de masse dans les pays qui n’ont pas les moyens ou l’organisation nécessaire pour y parvenir seuls. Mais cela ne doit pas pour autant nous détourner de l’objectif d’une vaccination des populations plus jeunes chez nous. Ce n’est pas un choix binaire. D’abord les jeunes chez nous et les autres après ou le contraire. Il faut déployer tous les efforts imaginables pour atteindre les deux objectifs."

Et à cet égard, la vaccination des 12 à 15 ans est aussi à l’étude mais on attend un avis de l’Agence européenne des médicaments.

Thierry Vangulick

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