Dinant 5500

" A Travers Champs " : un festival pour revaloriser la ruralité

Le festival " A Travers Champs " revient pour une 7ème édition dans les provinces de Namur et du Luxembourg. Pendant tout le mois de mars, ce festival de cinéma invite à s'interroger sur une ruralité en pleine mutation.

La ruralité suscite de nombreuses questions et inquiétudes face à la montée de l’urbanisation, les difficultés du monde agricole, les disparités de nos campagnes ou encore les défis climatiques — pour ne citer que ces quelques exemples. Le festival biennal " A Travers Champs " — reconnu par la Fédération Wallonie-Bruxelles — propose ainsi de réfléchir sur ces problématiques par le biais d’un médium en particulier : le cinéma.

Pendant tout le mois de mars, dans les centres culturels des provinces de Namur (Ciney, Dinant, Beauraing…) et du Luxembourg (Libramont, La Roche, Tellin…), une trentaine de films (d’animation, de fiction et documentaire, longs et courts métrages, d’hier et d’aujourd’hui) sont projetés et accompagnés de moments d’échange et de discussion entre les spectateurs, les cinéastes et les acteurs du monde rural. Citons par exemple la projection du film d’Édouard Bergeon avec Guillaume Canet : " Au nom de la terre " (2019).

Le festival ne se réduit toutefois pas aux projections cinématographiques : il fait la part belle à des expositions, des débats, des conférences, des visites éducatives et des rencontres avec des producteurs locaux et leurs produits. Ces différentes manifestations visent bien à aborder la ruralité dans toute la diversité de ses facettes et à donner des outils pour mieux comprendre le monde rural, sa transformation, son évolution.

Se réapproprier son territoire

Le festival incarne une véritable volonté citoyenne de réfléchir sur le milieu dans lequel on vit et on évolue. En cela, le monde rural n’est pas si loin du monde urbain : bien qu’ayant leurs caractéristiques propres, les deux mondes sont traversés par cette énergie citoyenne de réappropriation de son territoire.

Géraldine Cambron est la coordinatrice du festival : elle a accepté de répondre aux questions de Vivreici.be sur l’organisation du festival, ses enjeux et ses temps forts.

Quelle est la genèse du festival "A travers Champs"?

(Géraldine Cambron) Le centre culturel de Rochefort travaille depuis des années sur le projet " Terre Ferme " qui va à la rencontre des agriculteurs de la région. Des ouvrages ont été réalisés et ont permis d’en apprendre plus sur la vie de ces hommes et de ces femmes, sur leur quotidien, leur bonheur, leurs difficultés. L’objectif est bien de répondre à la question : qu’est-ce qu’être agriculteur aujourd’hui ? " Terre ferme " est le socle du Festival " A travers Champs " qui n’est qu’une façon parmi d’autres d’aborder la ruralité et le travail des agriculteurs. D’autres moments sont ainsi organisés pendant l’année pour donner la parole aux acteurs de la ruralité et faire réfléchir sur les pratiques de l’agriculture.

Car le festival ne se réduit pas seulement au seul domaine agricole…

(G.C.) En effet. Ce qui est difficile, c’est qu’on recherche la plus grande ouverture possible au public : nous voulons provoquer la rencontre entre deux univers, pousser les participants à se poser des questions, s’étonner, s’émerveiller ou se révolter. La ruralité est une thématique qui doit évoluer avec le concours de tous : les agriculteurs, les producteurs ou autres travailleurs de la terre ne sont pas les seuls à devoir réfléchir et agir, même s’ils sont évidemment des moteurs centraux du festival. La ruralité concerne tous ceux qui y vivent.

Cette année, le festival se tient dans 23 endroits différents des provinces de Namur et de Luxembourg, soit une augmentation de 10 partenaires par rapport à la précédente édition (2018). Comment sont nées ces nouvelles collaborations?

(G.C) Par les nouveaux décrets relatifs aux centres culturels, il est possible de créer une coopération entre différents centres culturels. Ainsi, le centre de Rochefort - à l'origine du projet - s’est allié au fil des années avec de plus en plus de partenaires culturels, ce qui a permis de toucher un plus large territoire. Cet élargissement montre en réalité que les travailleurs socioculturels s’intéressent à la ruralité et veulent mettre en avant cette thématique. Mais les habitants de ces régions sont aussi demandeurs d’avoir accès à la culture et participent à la construction de la programmation de ces événements en fonction de leurs problématiques ou de leurs centres d’intérêt. Ainsi, bien que le festival " A travers Champs " soit commun à l’ensemble du territoire, la programmation a été enrichie par les particularismes de chaque commune, de chaque centre culturel, de chaque intervenant.

Quels seront les temps forts de cette 7ème édition?

(G.C.) L’ouverture du festival (01/03) d’abord, car elle permet d’offrir une vue d’ensemble du festival. Pour la première fois, cette ouverture se fait en dehors de Rochefort, à Durbuy. Les citoyens à Durbuy se sont particulièrement investis pour que cet événement soit un succès. Pendant le festival, nous organisons plusieurs journées spéciales, dont par exemple une consacrée au retour du loup dans nos contrées avec un documentaire et un débat, ainsi qu’une journée à destination des professionnels où est questionnée la thématique du cinéma en ruralité (lieux de projection, rapport des jeunes au cinéma, etc.). Parmi les projections, nous proposons plusieurs avant-premières et des projections uniques en Belgique comme " Roxanne " de Mélanie Auffet avec Guillaume de Tonquédec et Léa Druker, ou " Le milieu de l’horizon " de Delphine Lehericey avec Laetitia Casta. Enfin, nous accueillons pendant le festival plusieurs cinéastes comme Victor Ridley (pour son documentaire " Vaarheim ") ou Janet Van Den Brand (pour son film " Ceres ") : un bon moyen d’inciter au dialogue et à la rencontre. 

Quelles grandes thématiques sont au cœur de cette édition?

(G.C.) Autrefois, le festival se centrait sur une seule et unique thématique. Toutefois, avec les autres organisateurs, nous nous sommes rendu compte qu’il était très difficile de prédire ce que les réalisateurs allaient faire comme films : trouver des films qui collent à une thématique précise est dès lors très complexe. Nous avons donc préféré partir du contenu des films sur la ruralité pour dégager ensuite plusieurs grands axes. Cette année, trois thématiques ont été particulièrement traitées — d’une manière diverse en fonction des cinéastes : la question de la transmission entre les générations, la place de la femme, les alternatives au modèle agricole et de consommation " traditionnel " (comment consommer autrement et mieux aujourd’hui ?). Ces thématiques sont finalement très actuelles et en écho avec le reste de la société.

Loin des clichés d’une ruralité vieillissante, le festival fait la part belle à la jeunesse….

(G.C.) La place des jeunes est en effet importante dans notre festival. Nous mettons par exemple en place un jury " jeunes " avec une dizaine d’adolescents entre 15 et 18 ans qui viennent de tous les horizons. Parmi la sélection, ils établissent les critères et remettent à la fin leur coup de cœur ; ils pourront également nous partager comment ils ont vécu cette expérience. Par ailleurs, j’ai été marquée il y a deux ans, lorsque certains jeunes nous ont dit qu’ils avaient retrouvé le plaisir d’aller au cinéma et de voir des films en salle grâce au festival.

Le festival appelle à construire ensemble et par la parole, la "ruralité de demain". Mais c’est quoi exactement cette "ruralité de demain"?

(G.C.) Je crois que la ruralité de demain, c’est ce qu’on en fera, nous en tant qu’acteurs. Quel est notre rapport au temps, à l’alimentation, à la terre et comment fait-on pour préserver tout cela en zone rurale. Cette ruralité de demain sera le produit des échanges avec autrui, des discussions, des débats, du travail sur le mieux vivre ensemble. En tout cas, on retrouve aujourd’hui chez les citoyens une volonté de reprendre le pouvoir sur leur propre vie, de ne plus subir et de pouvoir décider en toute connaissance de cause. C’est une forme de révolution douce…

Toutes les informations sont à retrouver sur le site internet du festival.

Maxime Maillet