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" Les Tasses. Toilettes publiques. Affaires privées " : une exposition sur l'histoire cachée des pissotières

Les tasses – nom argotique des pissotières – ont répondu à des mesures hygiéniques, mais aussi à un besoin social : permettre la rencontre de ceux rejetés par la société en raison de leur sexualité. Une exposition gratuite à l’espace LaVallée-Bruxelles retrace cette histoire méconnue.

Et si on parlait pipi ? Ou plutôt des tasses. Les tasses, dans l’argot, désignent des pissotières et tirent leur nom de leur forme de théière. Peu à peu installées dans l’espace public, ces fameuses tasses – également appelées vespasiennes*- ont opéré un grand pas pour l’hygiène et la salubrité publique : les hommes ont cessé d’uriner à tout vent.

Toutefois, leur fonction ne s'est pas limitée à servir aux besoins naturels de la population masculine. En privé, les tasses ont aussi répondu à un besoin social. Elles deviennent en effet un lieu de rencontres – gratuit et ouvert à tous –pour ceux qui ont été condamnés par la société en raison de leurs désirs et de leurs pratiques " inavouables " : homosexuels, bisexuels, hétérosexuels curieux, travestis et prostitués. D’ailleurs, les pissotières font très tôt l’objet d’une surveillance policière.

A l’origine de cette exposition, on retrouve Marc Martin (1971), photographe, vidéaste et plasticien français installé à Berlin. Ce militant LGBT travaille sur la visibilité des minorités dans la diversité de leurs pratiques sexuelles, y compris celles en marge. " Les pissotières ont toujours eu mauvaise réputation. Elles sont davantage synonymes de honte que de fierté au sein même de la communauté LGBTQI+. À ceux qui draguaient là, on a souvent reproché d’être lâches, qualifié de sordides leurs rencontres en ces lieux publics. Or, n’ont-ils pas, pendant plus d’un siècle, osé affronter des plaisirs défendus par la loi ? J’aimerais qu’on reconnaisse à ces hommes un certain courage. " peut-on lire dans le communiqué de presse.

 

(*) en référence à l’empereur Vespasien qui avait imposé une taxe sur l’urine.

Une exposition gratuite pour le Pride Festival

Au-delà des histoires des mœurs et du rôle clé pour les minorités LGBT, les pissotières – véritables repaires clandestins - ont exercé d’autres missions centrales : lieu d’échange et de rendez-vous pour la Résistance à Paris, point de ralliement à Bruxelles, poste d’observation du mur de Berlin pendant la guerre froide, support d’expression pour les campagnes électorales ou revendication des premières féministes…Oubliées des urbanistes, les femmes n’ont en effet jamais pu bénéficier de ces toilettes conçues par et pour les hommes. Pisser en ville reste donc bien une affaire d’hommes.

Inaugurée en 2018 au Schwules Museum Berlin, l’exposition gratuite de Marc Martin est proposée par l’espace LaVallée-Bruxelles du 18 septembre au 3 octobre. Composée de photos, d’archives et de témoignages, elle s’inscrit dans le cadre du Pride Festival 2020 – deux semaines d’activités et événements socio-culturels et militants pour mettre à l’honneur les artistes et les activistes LGBTQI+.

Plus d’informations ici.

Maxime Maillet