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Jean-Michel Saive a gardé ce goût de l'hyperactivité

Plus de deux ans après l’arrêt de sa carrière de pongiste, l’ancien n°1 mondial de tennis de table demeure plus actif que jamais. Candidat à la présidence du COIB, il continue à promouvoir et à défendre les valeurs du sport avec un enthousiasme de jeune premier.

Même si sa carrière de pongiste de - très - haut niveau, d’une longévité et d’une intensité exceptionnelles, est dans son dos depuis 2019 déjà, Jean-Michel Saive n’est pas du genre à se tourner les pouces pour autant. Bien au contraire, comme nous l’a expliqué en long et en large le dépositaire de l’expression ‘Tchô !’ avec un enthousiasme de jeune premier.

" La petite mort, cette crainte de l’ennui qui guette parfois les sportifs de haut niveau en fin de carrière, je n’en ai pas vraiment été victime", s’amuse-t-il quand on lui fait remarquer qu’avec les nombreuses occupations qui meublent son quotidien, son agenda ressemble davantage à celui d’un Ministre qu’à celui d’un paisible retraité sportif.

" Lorsque j’ai définitivement arrêté le ping il y a deux ans, le 9 mai 2019, j’ai vécu un moment exceptionnel que je souhaite de vivre à tout le monde. Je n’avais pas vraiment prévu tout cela, même si j’avais déjà annoncé la fin de ma carrière internationale en 2015. Pendant quatre ans, j’ai tout de même continué à jouer pour le plaisir au niveau national, même si c’était encore de manière professionnelle. Au Logis, mon dernier club, les gens ont voulu marquer le coup pour me faire plaisir et cela avait été juste incroyable tellement c’était beau, simple et vrai à la fois. Dans cette salle subitement devenue trop petite, il y avait beaucoup de chaleur et d’émotions. A l’image de ma carrière, en quelque sorte… Pourtant, beaucoup de gens m’ont demandé si je n’avais pas fait la ou les années de trop. En discutant avec mon manager ou des sportifs et anciens sportifs qui avaient un manque ou une frustration, je me suis demandé ce que pouvait bien vouloir dire ‘faire l’année de trop’. Quand on a été numéro 1 mondial à 25 ans, est-ce que toutes les années suivantes ont été de trop ? La première fois qu’on m’a posé cette question, c’était en septembre… 1995, alors que j’étais pourtant n°3 mondial. Et j’ai encore joué au plus haut niveau pendant plus de 20 ans ! Chez moi, la passion a toujours été là mais les objectifs sont devenus différents, plus modestes. Avant je voulais gagner, puis faire des podiums, puis enfin me qualifier ou viser encore le titre de champion de Belgique. Tout cela, j’ai dû et j’ai su le gérer mentalement, notamment en diminuant le mal que mes défaites me procuraient… "

De multiples casquettes

Aujourd’hui âgé de 51 ans, alors qu’il fait figure de favori pour l’élection du poste de président du Comité Olympique et Interfédéral Belge (COIB) qui sera attribué ce vendredi entre lui et l’ex judokate Heidi Rakels, ‘Jean-Mi’ a délaissé sa raquette de tennis de table pour endosser d’autres casquettes, assurer au fil des ans différentes missions de représentation ou de directeur technique auprès du Ministre des Sports ou de l’ADEPS par exemple.

Il a aussi donné de son temps et prêté son image à diverses ASBL promouvant l’inclusion et l’intégration par le sport, il a assuré des ‘shows-ping’ avec son frère, des missions ponctuelles de conférencier auprès de grandes sociétés ou d’expert d’une enseigne sportive bien connue. Le tout en n’oubliant pas d’entretenir son corps en passant pas mal de temps sur son vélo, notamment.Stakhanoviste, vous avez dit ?  

" Il est important que je garde la forme, je ne pourrais pas me passer de sport et le vélo est un sport porté qui est exigeant mais moins dangereux pour les articulations, nous explique-t-il avec enthousiasme. Certes, je me suis cassé la main récemment mais si je joue au tennis, je ne pourrai pas m’empêcher de jouer le coup à fond si mon adversaire me fait une amortie par exemple. Philippe (NDLR : son frère, lui aussi ancien pongiste de haut niveau) s’est déjà blessé trois fois au mollet. Je dois être prudent… ".

Champion de Belgique en… double dames

Curieux de tout, ayant visiblement pour ambition de promouvoir et défendre les valeurs du sport de manière générale et donc de tous les sports et à tous les niveaux, Jean-Michel Saive n’a souvent pas assez de 24 heures dans une journée. Hyperactif, il l’a toujours été et le demeure plus que jamais.

Sur son cv sportif, long comme le bras, on recense entre autres sept participations olympiques, un statut de numéro 1 mondial de sa discipline durant 515 jours, un titre de champion d’Europe, un Top 12, un titre de vice-champion du monde, sept Ligues des champions, un nombre incalculable de titres de champion de Belgique individuels et par équipes et même un titre de champion de Belgique en… double dames, quand il était encore dans le ventre de sa maman, en 1969 !

" C’est une anecdote que j’aime raconter, et je l’avais notamment fait lorsque je m’étais présenté pour essayer de devenir président de la Fédération internationale de tennis de table (ITTF) en 2016-17. J’avais expliqué à l’assemblée que j’étais sans doute l’une des seuls sportifs au monde à avoir été champion national dans les deux genres puisque ma maman était enceinte de moi quand elle avait remporté ce titre. Même si je n’avais finalement pas été élu à la présidence de l’ITTF, cela avait été une année incroyable, durant laquelle j’avais voyagé un peu partout dans le monde pour aller à la rencontre de la Fédération chinoise, tellement imposante puis découvrir celle de l’Ile de Sainte-Lucie dans les Caraïbes, où les joueurs construisaient eux-mêmes leurs tables. J’y ai découvert le ping de haut niveau et celui de tout en bas, qui mérite autant qu’on s’y intéresse et qu’on écoute sa voix et ses demandes. "

La passion, ça n’a pas de prix !

Forcément, en venant d’un sport moins médiatisé à la base, même s’il a contribué à le sortir de l’ombre du temps où il était au sommet de sa gloire, Jean-Michel Saive entend défendre tous les sports, et pas uniquement ceux qui génèrent le plus d’argent.

" Un jeune qui commence en pensant à ce qu’il peut éventuellement gagner plus tard a tout faux, constate-t-il. Quand j’ai choisi le ping, après m’être notamment essayé en tant que libéro au foot à Ans, c’était le choix du cœur, de la naïveté et fort heureusement d’ailleurs. Bien sûr que mon compte en banque n’est pas aussi rempli que celui des footballeurs actuels, mais j’ai eu la chance de gagner ma vie et de vivre de mon sport, qui reste ma passion. Quelque part, ça n’a pas de prix ! En plus, ma notoriété est arrivée progressivement, notamment après les folles soirées de nos matchs diffusés en direct à la télévision. Aujourd’hui, alors que j’ai passé le cap de la cinquantaine, je peux dire que je suis heureux de mon parcours, des choix que j’ai faits durant ma carrière sportive et après celle-ci. Cela étant, je me rends compte que rien n’est jamais acquis, qu’on ne te donne rien non plus. Même si cela a certainement ouvert certaines portes ou opportunités, ce n’est pas parce que tu t’appelles Jean-Michel Saive que j’ai fait tout ce que j’ai fait ! Je suis resté ouvert d’esprit et cela a nourri mes connaissances, multiplié mes expériences. Ce sont des circonstances de vie, dues au fait que je ne suis pas resté assis dans mon fauteuil à attendre qu’on m’appelle. Tout ce que j’ai vécu, je l’ai vécu à fond, et je me dis que c’était intéressant et interpellant à la fois. De nature, je suis quelqu’un qui préfère essayer de faire des commentaires constructifs autour d’une table. Même si je peux entendre que certains d’entre eux ne sont pas intéressés, j’aimerais aussi que d’anciens sportifs se bougent aussi pour la défense de certaines valeurs, qu’ils redonnent, transmettent leurs connaissances en s’engageant auprès des Fédérations. "

Vincent Joséphy