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Restart #Culture : Quand l'Abbaye de Villers-La-Ville redonne de l'espoir aux artistes

Comme partout, la programmation culturelle de l’Abbaye de Villers-la-Ville a aussi été perturbée par le coronavirus. Entre expos et concerts annulés, l’équipe s’est néanmoins réinventée pour proposer aux visiteurs et à différents artistes une perspective positive à travers un projet original. L’enseignement qu’ils tirent de cette expérience est transposable à bien des acteurs culturels de la Communauté française.

En septembre prochain, l’Abbaye de Villers devait raisonner aux sonorités envoûtantes d’Hooverphonic et énergisantes des riffs de Suarez. Les 5.000 fans des 2 groupes devront malheureusement encore patienter. Les concerts sont toujours reportés suite à la décision du gouvernement d’annuler tous les événements de masse jusqu’à nouvel ordre. Pas de quoi démotiver l’équipe dynamique de Villers, même si la crise les a bien ébranlés.

Depuis la mi-avril, ils n’ont d’ailleurs pas chômé même si leur temps de travail a fortement été réduit pour supporter le choc du confinement. Rapidement et dans le flou (artistique) de la situation à court et moyen termes, ils se sont néanmoins remués les méninges.

Objectif : proposer cet été, des événements musicaux originaux mais restreints, qui mettraient un peu de baume au cœur des Belges en manque de divertissement musical.

 

Le 30 avril, l’Abbaye de Villers-la-Ville lance un appel sur les réseaux sociaux. " L’Abbaye envisage de réaliser des concerts à audience réduite pendant les 3 mois d’été. Elle cherche donc des artistes belges qui seraient intéressés de s’y produire ". Vue sur Facebook plus de 50.000 fois, la proposition fait mouche.

 

De l’autre côté de la boite mail, se trouve Thomas Haddad, chargé de projets culturels pour l’Abbaye : " Cette vidéo servait de balise pour les artistes. J’ai reçu plus de 450 candidatures dont 234 pertinentes. On en a ensuite sélectionné 74 projets qui répondaient parfaitement à la configuration du lieu. C’est à ce moment-là que la sélection a été très difficile. Nous n’avions que 20 dates possibles ". Le choix posé, les Estivales étaient nées.

Une solidarité chez tous les acteurs culturels

Ce qui a marqué Thomas Haddad dans les retours à l’appel aux artistes, c’est l’empathie et les remerciements parsemés dans les emails. " Les ¾ des réponses reçues des artistes nous félicitaient d’avoir imaginé une initiative qui leur redonnait espoir, qui était perçue comme une petite lumière au milieu de la nuit. Ça nous a fait énormément plaisir ", confie-t-il.

" En tant qu’organisateur, on a aussi observé que tous les intervenants (prestataires techniques, artistes etc.) ont fait un geste de solidarité envers toutes les parties prenantes. L’Abbaye ne vise que l’équilibre budgétaire. Notre idée était surtout de permettre aux artistes et au secteur de travailler, d’avoir une rémunération même si on sait qu’avec une jauge à 200 personnes, elle restera faible. Mais ils se sont tous montrés emballés et impatients, parfois plus proactifs que nous. Certains ont fait un énorme effort sur leur cachet pour rendre le concert réalisable. Je pense notamment à Konoba ".

Si ce lieu de patrimoine qui se rêve Unesco dans les prochaines années se lance dans l’organisation de ce genre d’évènements, c’est aussi en cohérence avec les missions qu’il s’est donné dans ses objectifs stratégiques et particulièrement à l’égard de son "engagement social".

" C’est cohérent pour nous de pouvoir permettre aux artistes de recommencer leurs prestations et au public de pouvoir participer à des manifestations culturelles. Humainement, ça nous a apporté de la fierté de nous dire que proposons des solutions dans cette situation chaotique. Voir cette solidarité, cette absence de concurrence entre les artistes puis surtout le côté humain qui a prévalu sur le côté commercial, ça m’a beaucoup touché ", témoigne le chargé de projets culturels pour l’Abbaye.

Une initiative chaleureusement saluée par les artistes

Pour Adrien Pestiaux membre du groupe namurois Winter Woods, ce genre d'initiative proposant des petits concerts est admirable: "On défend avec ferveur dans notre projet musical, ces petits concerts. C'est bien souvent là qu'on a le plus de trac car on est vraiment tout près des gens. Pour eux, c'est une expérience qui est complètement unique. On va bien souvent, bien plus loin dans la démarche artistique".

L'initiative de l'Abbaye est réellement salutaire pour ces artistes. "Elle était nécessaire cette initiative. Ca nous permet vraiment de recroire en notre été et de pouvoir retrouver de nouvelles dates. Avec Winter Woods on est en auto-production complète, donc en auto-financement. Cela signifie que s'il n'y a pas d'argent, il n'y a pas de studio, pas de CD... Donc c'est vraiment colossal et c'est une question de survie", ajoute Adrien Pestiaux.

Une idée qui pourrait se poursuivre sur le long terme

Par la force des choses, l’Abbaye de Villers-la-Ville s’est retrouvée actrice dans la survie de nombreux artistes ces prochaines semaines. En se réinventant à travers la crise, elle a réussi à mettre en lumière des solutions pérennes et à proposer des rendez-vous séduisants (plusieurs concerts sont d’ailleurs déjà sold out).

" L’enseignement de tout ça, c’est qu’on s’est rendu compte aussi que l’on est capable de réagir très vite à une crise majeure ; que ces manifestations d’été plaisent tellement, qu’on envisage de les refaire à l’avenir. On ne l’avait pas imaginé ainsi. L’engouement des artistes et en plus leur volonté de jouer dans ce lieu magique, nous ont aussi marqué. En tant qu’acteur culturel, avoir pu faire face à cette situation chaotique en proposant des solutions positives qui répondent à nos missions sociales, nous ouvre une nouvelle voie qu’on poursuivra dans le futur. Habituellement on ne propose qu’un ou deux concerts par an. Pourquoi à l’avenir ne pas reproposer des concerts intimistes puisqu’ils plaisent ? ", conclut Thomas Haddad.

 

 

Tout cet été, Vivre ICI part à la rencontre des acteurs culturels, des producteurs, des pme… qui à la suite de la crise du coronavirus ont décidé de pivoter, de se réinventer et sont parvenus à mettre en place des solutions positives et durables pour s’en sortir. Leurs enseignements sont une lueur d’espoir pour leurs secteurs respectifs. Nous avons décidé de partager leur histoire et qui sait, vous inspirer.

Vous en connaissez? Présentez-les nous : nous en recherchons toujours pour d'autres reportages: contact@vivreici.be

Journaliste : Aurore PEIGNOIS

Images : Mathieu GOLINVAUX