Tournai 7500

Après la fournée, la tournée : des Tournaisiens livrent eux-mêmes leurs produits à vélo

On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Alors que des sociétés de livraisons s’implantent dans de plus en plus de villes, certains commerçants préfèrent se débrouiller tout seuls. C’est le cas de Franck et Alain, à Tournai. Différents styles, mais même mission : Torpédo ou VTT électrique, ils enfourchent chaque jour leurs vélos pour distribuer des pains ou des sandwichs.

"On est ouverts depuis sept ans et on a livré à vélo dès le départ. Le vélo, c’est non polluant, c’est une philosophie, et c’est bien pratique : on n’a pas de problèmes de stationnement", explique Franck Lesage, gérant d’une sandwicherie située près du beffroi. "Ces livraisons, ça représente environ 15% de notre chiffre d’affaires. C’est une petite part, mais on ne pourrait pas s’en passer dans notre budget". Chaque matin, il parcourt une dizaine de kilomètres en une heure, une heure et demie. Et dans les montées, il peut compter sur l’assistance électrique. "Oui, j’ai acheté ce VTT il y a un an, comme ça les tournées sont un peu plus reposantes, et j’ai encore de l’énergie pour le reste de ma journée, debout derrière le comptoir".

Jusqu'à trente pourcents via une plateforme

Contrairement aux sociétés de livraison, Franck offre ce service à ses clients. "Mais je ne vais pas non plus au bout du monde. Je reste dans Tournai intra muros." Pourquoi ne pas déléguer cette tâche à des plateformes ? "Je viens d’être démarché par les gros livreurs, mais le problème, c’est qu’ils prennent une commission importante. Ça va jusqu’à trente pourcents. Je ne peux pas me permettre de diminuer ma marge et je n’ai pas envie d’augmenter mes prix."

Dans le quartier Saint-Piat, Alain Holderbeke assure également une tournée quotidienne à vélo. Pour ce boulanger-pâtissier, c’est avant tout un service rendu – pour dix centimes le pain – à des clients bien souvent âgés et un bon bol d’air après une matinée enfermé dans son atelier. L’idée lui est venue il y a quatre ans au moment où le pont-à-pont était en travaux. "Pour traverser l’Escaut, c’était plus compliqué. J’ai vu ce vieux vélo qui traînait dans le garage. J’ai décidé de le retaper. Et c’est bien pratique, alors j’ai continué, même une fois le pont rouvert".

Le Torpédo de son grand-père

Ce vélo, c’est ce qu'on appelle un "vélo de boucher", un Torpédo muni d'un porte-colis à l'avant ayant appartenu à son grand-père ! "Pendant la guerre, mon grand-père livrait le pain avec une charrette tirée par un chien. Puis est venu le vélo. Mon père a repris l’affaire familiale et à un moment, il a laissé tomber le vélo pour une camionnette." Retour aux origines, donc, désormais, pour Alain. "Sauf quand il pleut. Là, je fais la distribution en voiture."

Alain aussi a été démarché par une société de livraison, mais ça ne l’intéresse pas. "C’est un service que je rends à mes clients. Ils ne doivent pas passer par une autre entreprise et moi je ne dois pas payer un pourcentage pour ça. Ils me téléphonent, c’est plus simple, surtout pour des personnes âgées qui n’ont pas internet."

Pierre Wuidart

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