Nassogne 6950

Pourquoi dépose-t-on des chrysanthèmes dans les cimetières ?

Chaque année à la Toussaint, les tombes sont recouvertes de chrysanthèmes. Mais pourquoi sont-elles considérées comme les fleurs des cimetières  ? Explications.

Pour comprendre les raisons qui font qu'on dépose traditionnellement des chrysanthèmes sur les tombes dans nos régions, il faut remonter quelques siècles plus tôt.

Le chrysanthème n'a en effet pas toujours été associé à la mort.

La fleur d'or

Originaire d'Asie orientale, le chrysanthème pointe le bout de ses pétales en Europe à partir du 17e siècle, avec quelques difficultés. Les premières tentatives de l'introduire chez nous sont infructueuses, mais en 1789, un marchand marseillais parvient à l'implanter avec succès. La même année, le chrysanthème est amené en Angleterre et de là, sa production se développe considérablement. De nombreuses variétés et obtentions furent ramenées de Chine et du Japon dans la première moitié du 19e siècle, ce qui permit d’élargir toute la production en Occident.

À cette époque, on porte le même regard sur les chrysanthèmes en Europe qu'en Asie : elle est vue comme une fleur de la gaieté. Admirée pour sa beauté, elle fait le délice des créateurs de fleurs au 19e siècle, qui l'utilisent régulièrement dans leurs œuvres. Étymologiquement, "chrysanthème" signifie d'ailleurs "fleur d'or". Sa symbolique va cependant changer considérablement avec le temps.

Une tradition de la Première Guerre mondiale

Ce changement survient après la Première Guerre mondiale. À cette époque, la coutume d’orner les tombes des défunts avec des fleurs se développe depuis plusieurs décennies. Lors du premier anniversaire de l’armistice de 1918, l'homme d'état français Georges Clémenceau appelle les Français à fleurir les tombes des soldats tombés au front. Comme il fallait trouver une fleur en pleine floraison à cette période de l’année, le chrysanthème fut alors largement employé et devint au fil des années un synonyme incontournable de la Toussaint. Résultat des courses, le chrysanthème est abandonné par les paysagistes et les jardiniers qui le jugent désormais trop morbide.

Le chrysanthème aujourd’hui

En Europe occidentale, le chrysanthème reste encore aujourd'hui LA fleur prisée pour fleurir les tombes. Parmi les nombreuses variétés qui existent, le pompon (appelé ainsi pour sa forme arrondie) est le plus populaire. Les prix varient, mais les gros pots créés pour la Toussaint coûtent généralement entre 10 et 15 €. Les fleuristes qui en vendent le plus sont évidemment ceux qui se trouvent à proximité des cimetières.

N'allez cependant pas croire que la vente des chrysanthèmes se limite à cette période de l'année, ou que son usage est réservé aux hommages aux morts. La variété des santinis, qui se présente sous forme de tiges, est par exemple très souvent utilisée dans les bouquets par les fleuristes. Ils sont parfois vendus à l'insu des consommateurs, qui n'aiment pas forcément l'idée d'acheter des fleurs si funestes, mais apprécient leur beauté.

De là à voir un changement de regard sur le chrysanthème ? Peut-être. De la fleur d'or à la fleur des cimetières, son histoire montre que les tendances se modifient avec le temps. Ces dernières années, ses vertus médicinales font de nouveau parler d'elles. Certaines variétés sont utilisées en cas d'intoxication alimentaire ou alcoolique. Il aide aussi à soigner les personnes souffrant de cirrhoses et d'hépatites virales, et peut réduire les lithiases et le taux de cholestérol.

 

Ailleurs dans le monde

En voyageant un peu, on constate également qu'il n'est pas assimilé à la mort partout dans le monde. Aux États-Unis par exemple, il est vu comme un symbole joyeux et positif, tandis qu'en Australie les chrysanthèmes blancs peuvent être offerts pour la fête des Mères.

En Asie, sa signification est parfois funeste, parfois pas. En Chine, le chrysanthème est considéré comme un symbole de l'automne, de la mort et de la longévité. Au Japon, il occupe une place de choix, puisqu'il est associé au pouvoir impérial. La plus haute distinction du pays s'appelle l’Ordre du Chrysanthème, distinction que seuls 6 Japonais ont reçue de leur vivant, en dehors de la famille impériale.

De pays en pays, et d'époque en époque, la signification du chrysanthème a considérablement changé. Mais qu'on le dépose sur les tombes ou qu'on le porte à titre honorifique, une chose est claire : c'est une fleur chargée de sens.

 

Plus d'informations

  • Didier Bernard, La fleur d'or : Le chrysanthème, son histoire, sa culture, les différentes variétés, Éditions Gunten, 2006

 

Adrien Corbeel