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Des empreintes de pas vieilles de 23.000 ans découvertes au Nouveau Mexique : "Une fenêtre incroyable sur notre passé"

Des chercheurs de l’université britannique de Bournemouth viennent de découvrir des traces de pas vieilles de 23.000 ans dans le parc national de White Sands au Nouveau Mexique, aux Etats-Unis. La découverte publiée dans le journal scientifique Science pourrait bien bouleverser tout ce que l’on pensait savoir sur l’histoire des premiers humains à avoir peuplé l’Amérique du Nord. Le peuplement serait bien plus ancien que prévu. Ces traces ont été laissées par des humains qui ont donc marché, il y a 23.000 ans dans la boue d’un lac devenu aujourd’hui un désert de gypses blancs à White Sands.

La Docteure Sally Reynolds, chercheuse en Paléoécologie des hominidés à l’Université de Bournemouth n’en revient toujours pas : "Cette recherche nous ouvre une fenêtre incroyable sur notre passé. Nos fouilles montrent les relations entre ces humains et la faune géante comme les mammouths, aujourd’hui éteinte dans la nature."

Et de poursuivre : "En explorant le site, nous avons découvert des traces de pas qui seraient les plus anciens recensés à l’heure actuelle aux Etats-Unis (..) datant d’une époque où la glaciation était à son maximum, et où l’on pensait que les hommes étaient restés bloqués en Europe, incapables de se déplacer vers l’Amérique, à cause des glaces. Nous avons découvert qu’ils étaient déjà là avant car nos empreintes de pas ont été datés de 23.000 ans, l’âge de cette extension maximum de la calotte glaciaire. Jusqu’ici, on pensait qu’ils avaient voyagé après la fonte des glaces vers 12.000 ans."

La datation s’est faite au carbone 14 sur les couches géologiques, au-dessous et au-dessus, des traces. Elles auraient entre 21.000 et 23.000 ans mais aucun objet n’a été trouvé sur les lieux.

Laurence Cammaert, archéologue à l’Institut royal des sciences naturelles nous décrit à quoi il ressemblait : "Ces hommes en Amérique du Nord ne pouvaient être que des Homo Sapiens Sapiens, comme nous, sans doute des chasseurs-cueilleurs, qui exploitaient leur territoire pour se nourrir, des hommes préhistoriques classiques. Les traces sont celles d’un ensemble de petits pieds d’adolescents ou d’enfants venus au bord du lac, c’est là que se trouvaient les ressources."

L’empreinte a été très bien conservée parce qu’à cet endroit, il y a beaucoup de carbonate de calcium, sorte de craie, elle s’imprime et se fige, ensuite très rapidement. Elle se fossilise, puis au fil des ans, les couches de sédiments se sont posées au-dessus, et les ont protégées.

A l’époque, à White Sands, il y avait aussi des animaux, des mammouths, des paresseux géants, des oiseaux. Au bord du lac, on a retrouvé des traces. "On sait que ces humains et ces animaux ont cohabité pendant une très longue période", nous confie l’archéologue. On a d’abord cru qu’ils avaient disparu à cause de la présence humaine et de la chasse excessive mais aujourd’hui, cela est remis en question. C’est peut-être le réchauffement climatique de l’époque qui a poussé les mammouths à migrer puis les a fait disparaître."

Laurence Cammaert n’est pas vraiment étonnée de l’âge de ces empreintes : "Notre planète a connu des périodes extrêmement froides qu’on appelle les glaciations pendant les lesquelles les calottes glaciaires ont recouvert l’Europe, l’Asie et l’Amérique. Le niveau de la mer était plus bas (l’eau était transformée en glace) et une bande de terre reliait l’Asie et l’Amérique, la Beringie, l’actuel détroit de Béring."

C’est donc par là qu’ont pu passer des humains pour peupler l’Amérique et d’ajouter. "Jusqu’ici, on pensait que cette transhumance n’était pas plus vieille que 15.000 ans. On a fait de plus anciennes découvertes mais les datations n’étaient pas sûres. Aujourd’hui, on peut dire qu’il y avait des Homo Sapiens Sapiens au Nouveau Mexique au maximum de la glaciation. Et comme on ne pouvait pas passer à cause des glaces, ces populations sont donc arrivées avant."

Pour Marcel Otte, paléoanthropologue à l’Université de Liège, ce record de date la plus ancienne, n’a rien d’exceptionnel : "Le continent américain a été colonisé bien plus tôt, on a des datations de 100.000 ans en Californie, au Brésil de 40.000. Il est certain qu’il y avait une occupation humaine avant 13.000 ans sur le continent nord américain. La datation est récente et a été faite sur la côte atlantique. Elle concerne des populations qui sont remontées du Sud. Elles sont passées pendant des dizaines milliers d’années par la Béringie. Il faut dire que le niveau de la mer est remonté de 120 mètres à la fonte des glaces, le continent était beaucoup plus large avant et directement praticable à pied sec, beaucoup sont descendus vers le soleil et l’Amérique du Sud."

Pour lui, c’est un effet d’annonce qui assez habituel dans ce genre de revue scientifique, de montrer à quel point la publication est importante.

 

Mais l’archéologue est impressionné par la qualité de la fouille, par ce site paléolithique : "Ce qui est beau dans cette découverte, c’est l’état de conservation des empreintes, et d’autre part la qualité de la recherche, parce que c’est très difficile et délicat de fouiller sur une surface horizontale. Et puis, il faut souligner la précision de la datation faite à l’Université d’Oxford, un des meilleurs laboratoires au monde. Seul petit bémol, l’absence d’objet nous empêche de savoir quels étaient leur style de vie et leurs traditions culturelles. Sans objets archéologiques, on peut difficilement les comparer aux populations à l’Est ou à l’Ouest."

Pascale Bollekens avec Aurélie Didier

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