Lobbes 6540

Sonian Wood Pop Up : ouverture à Molenbeek d'un magasin de bois local

Le bois de la Forêt de Soignes est désormais en vente dans un entrepôt de la rue Heyvaert, à un jet de pierre des abattoirs d’Anderlecht.

Il s’agit de bois brut : des planches et des grands plateaux coupés dans des arbres centenaires. Il y a surtout du hêtre et du chêne, mais aussi d’autres essences comme du robinier et des résineux.

"Tout le bois que vous voyez ici, ce sont de vrais chablis, explique le chercheur en économie circulaire de l’ULB et membre fondateur de la coopérative Sonian Wood Stephan Kampelmann. C’est-à-dire des arbres tombés après des tempêtes, pas des arbres abattus. On les a sciés, séchés. On peut maintenant les proposer au secteur de la menuiserie à Bruxelles".

Sonian Wood est ainsi parvenue à réaliser le premier défi qu’elle s’était fixé : prouver qu’il est possible d’organiser une filière pour garder ici le bois bruxellois et éviter ainsi qu’il parte en Asie pour y être transformé, comme c’est le cas pour plus des 75% des arbres de la forêt de Soignes aujourd’hui.

Tout a commencé grâce à une levée de fonds participative en growfunding auprès de la population bruxelloise. Sonian Wood a ainsi pu acheter, l’hiver dernier, 80 m3 de bois aux différents gestionnaires de la forêt que sont Bruxelles-environnement, ses équivalents en Flandre et en Wallonie, la Donation royale, ainsi que quelques propriétaires privés.

Un écosystème de partenaires

En parallèle, Sonian Wood s’est entourée de partenaires : un bûcheron, Dirk Boonen, qui en avait marre de vendre son travail à des exportateurs, ainsi que des scieries familiales, sans compter, en bout de filière, des menuiseries qui ont manifesté leur intérêt pour le bois. "Un écosystème de partenaires qui travaillent ensemble pour faire que cette filière locale existe", décode Stephan Kampelmann pour qui le plus grand challenge jusqu’ici a été de franchir l’étape du doute. "Au début, on nous a dit que ce n’était pas possible avec l’économie globale. Le challenge c’était lever ce premier doute. Était-ce faisable ou pas. Ça a été l’étape la plus difficile à surmonter".

On veut avoir un impact. Ce n’est pas un geste symbolique

Mais il n’est pas question pour Sonian Wood de se contenter de cette première étape. Après ces opérations à petite échelle, elle veut maintenant passer à la vitesse supérieure pour qu’une vraie filière locale émerge : "On veut avoir un impact. Ce n’est pas un geste symbolique ou anecdotique, garder trois arbres ici pendant que le reste continue de partir en Chine. On veut que le bois reste ici. Ça implique des investissements plus importants dans l’inventaire, la machinerie". Sonian Wood espère ainsi, cet hiver, pouvoir acheter 200 à 300 m3 de bois.

Le Sonian Wood Pop Up est ouvert à tous, même s’il intéressera probablement davantage les menuisiers ou les architectes. A l’instar de l’architecte, urbaniste et enseignant à la faculté d’architecture de l’ULB Géry Leloutre qui était présent samedi à l’ouverture : "De plus en plus d’architectes aujourd’hui réfléchissent à leur projet en fonction des matériaux disponibles. On vient avec son menuisier, je pensais faire quelque chose de ce type-là. C’est un rapport beaucoup plus artisanal où le matériau vient vraiment comme un des éléments de création, de composition architecturale dans le sens noble du terme".

Le magasin est ouvert le mercredi (les autres jours sur rendez-vous) au Circularium, Rue Heyvaert 140 à Molenbeek-Saint-Jean, au moins jusqu’à la fin de l’année.

Barbara Boulet

Retrouvez l'article original sur RTBF