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Alcoolisme et confinement: un mariage dangereux

« Vous ferez quoi après le confinement ? A moi, c’est sûr j’irai me saouler la… » Cette phrase vous l’avez surement déjà entendue maintes et maintes fois depuis 24 jours.

« Vous ferez quoi après le confinement ? A moi, c’est sûr j’irai me saouler la… » Cette phrase vous l’avez surement déjà entendue maintes et maintes fois depuis 24 jours.  Comme vous avez peut-être participé à l’un ou l’autre e-apéro.  Pour Robin Deroulou, président de l’association « le chemin de la renaissance » ces rendez-vous sur le net, peuvent être dangereux pour les personnes déjà fragilisées.  Le confinement n’aide pas non plus à la tenue de réunion pour les alcooliques anonymes ou au suivi en hôpital de jour.  L’étau se resserre et la tension monte donc chez les amateurs d’alcool. 

L’association « le chemin de la renaissance » est une association d’alcooliques abstinents créée dans le but d’aider les personnes qui veulent arrêter ! Elle travaille avec le Réseau Mosaïque et l’Asbl citoyens.be.  L’association a été freinée dans son élan par le confinement mais se tient à la disposition des personnes en détresse sur FB, par téléphone et via un live chat. 

Pour Robin, ancien alcoolique, l’alcoolisme est un parcours qui commence par un verre avec les amis et la famille, puis seul et puis le corps s’habitue. En période de confinement, la solitude devient encore plus pesante et donc

« Quand je vois via internet et les réseaux sociaux, des groupes apéro qui se créent, les gens ne se rendent pas compte des problèmes que cela peut engendrer.  L’alcool est une maladie, dans ces e-apéro, les gens vont consommer de plus en plus et cela risque de provoquer de gros soucis dans la famille et au boulot après le confinement »

La tension monte 

Avec les associations d’aide et les numéros d’écoute, en temps normal, le problème de la personne alcoolique peut être maitrisé.  Le véritable alcoolique peut aussi avoir accès à sa « dose », aujourd’hui il est moins facile de se déplacer et les commerces mettent des restrictions, les personnes en manque d'alcool peuvent donc être sous pression.  L’ennui aussi conduit à l’alcool.

« Ce n’est pas juste l’ennui, ou le confinement, ou les problème, ou le travail, c’est un tout qui fait que l’on consomme de plus en plus. L’alcool est un soulagement.  Il faut parvenir à faire la part des choses, il y a des gens qui savent contrôler leur consommation, ils sont peu nombreux. On ne croit jamais que l’on consomme trop, d’ailleurs sur notre site, il y a un test et là les gens se rendent compte où ils en sont »

Un constat que fait aussi Le psychiatre, Laurent Joly, de l’unité d’alcoologie de Grand Hôpital de Charleroi.  Pour ce médecin, l’ennui, le stress, l'absence de contacts sociaux et le beau temps favorisent la prise d’alcool. 

« Les consommations vont en s’accentuant chez monsieur et madame tout le monde. Les apéros en face time sont aussi pour certains, LE bon moment de la journée, durant lequel ils s’autorisent peut-être à boire un peu plus que de coutume. Certains se font un apéro tous les jours, hors confinement cela n’aurait sans doute pas lieu. » 

Et si l’unité d’alcoologie dans laquelle il travaille est fermée pour laisser les lits aux personnes contaminées par le coronavirus, il n’en laisse pas moins tomber ses patients.  Depuis le début du confinement un nouveau système de prise en charge a été mis en place, via le téléphone et internet. Et bonne nouvelle, les patients se comportent à merveille. 

« La crainte d’une rechute leur permet de maintenir une abstinence ou une consommation très réduite. Le système mis en place les rassure beaucoup, maintenant il faudra tenir sur la longueur. » 

Et chez les AA

Chez les Alcooliques Anonymes, on ne tient pas de statistiques, ni de répertoire nous dit-on.  Les bénévoles sont tous des alcooliques abstinents là aussi et point de jugement sur ceux qui pratiquent plus ou moins régulièrement l’e-apéro. 

Par contre, le responsable de l’information au public nous avoue : 

« Il y a une grande préoccupation au niveau des membres par rapport à l’aspect du confinement et au fait que les réunions physiques sont annulées.  Naturellement, grâce aux téléphones, aux médias sociaux, et à FB , nous pouvons rester en contact. Et cela a permis d'accueillir de nouveaux membres malgré tout. Nous avons remarqué aussi une augmentation du nombre des abonnés et des followers.  En un mois, il y a vraiment une grosse augmentation. Tous ces systèmes mis bout à bout ce sont 5 à 600 personnes que nous parvenons à réunir dans ces différents groupes virtuels. »

Fini le petit bistro du coin 

On pensera aussi à toutes ces personnes qui avaient leurs habitudes de sortie au bistrot du coin, aujourd’hui certaines sont parfois plus seules encore qu'on ne le pense et la dive bouteille est plus tentante que jamais.  Que va-t-il se passer pour ceux-là ? 

L’alcool est dangereux pour la santé, tout le monde le sait, mais le confinement renforce l’isolement ou l'idée d'isolement pour des personnes déjà en difficulté et donc l’alcool devient un refuge. Comme le manque d'alcool peut se muter en violence. On fera sans doute le décompte à l’issue du confinement. 

Dernier petit conseil de Robin Deroulou, de l’association « le chemin de la renaissance », alcoolique abstinent :  

« A tout les amateurs d'e-apero, je dis de se méfier. De faire éventuellement un test pour voir où ils en sont par rapport à l’alcool parce que j’en suis persuadé, certains sont des alcooliques qui s’ignorent. »

Pour une aide ou des informations

https://www.facebook.com/lechemindelarenaissance/

https://www.facebook.com/aabelgiquefrancophone/

ou l’unité d’alcoologie du GHDC : via le secrétariat de l’hôpital de jour de psychiatrie au  071/10.46.60 

 

Et pour en rire un peu

 

Retrouvez l'article original sur Télésambre