Beaumont 6500

Si je mange des œufs fortement contaminés au fipronil, suis-je en danger?

Le ramdam politique et le rappel massif des œufs contaminés par le fipronil ont de quoi inquiéter. Surtout si le taux d'insecticide constaté devait se révéler bien plus élevé que les chiffres annoncés dans le premier rapport d’analyse. Dans ce...

Le ramdam politique et le rappel massif des œufs contaminés par le fipronil ont de quoi inquiéter. Surtout si le taux d'insecticide constaté devait se révéler bien plus élevé que les chiffres annoncés dans le premier rapport d’analyse. Dans ce cas, serions-nous réellement en danger? C’est Alfred Bernard, professeur en toxicologie à l’UCL qui fournit la réponse.   

Tout part d’une contre-expertise demandée par un éleveur mécontent des premiers résultats de l'Afsca. Mais contrairement à ce qu'il espérait, les taux constatés ont explosé, pour passer de 0,076 mg d’insecticide par kilo à 0,92 mg par kilo. Soit 12 fois la concentration constatée dans la première analyse et, dès lors, bien au-delà du seuil de sécurité européen.

Seulement en cas d'intoxication chronique

Pour Alfred Bernard, professeur à l'UCL si le taux de fipronil devait s’avérer réellement 12 fois plus élevé, le risque pour la santé resterait cependant peu élevé. "Si l’on mange deux œufs par jour, soit près de 100 grammes du produit, la dose quotidienne autorisée sera bien dépassée de 4 ou 5 fois", explique le toxicologue. 

Mais il faut rester rassurant, précise le professeur pour qui le danger n’existe qu’en cas d’intoxication chronique. "Pour cela, il faudrait consommer deux œufs par jour, durant des mois. Ce serait le cas si tous les élevages de poules étaient touchés et continuaient à produire des œufs contaminés. Statistiquement, il y a peu de probabilité que des gens consomment durant plusieurs mois les œufs les plus contaminés."

Alfred Bernard ajoute que c'est exactement le même cas pour l'intoxication à la dioxine. C’est donc la longueur de l’exposition qu’il faudrait craindre et non l’importance quantitative lors d'une consommation épisodique.

L'Afsca insiste pour sa part sur le fait que, même à ce taux plus élevé, le fipronil ne met pas en danger la santé des consommateurs. Et que, quoi qu'il en soit, ces œufs contaminés ne sont pas proposés à la vente.

Le ministre dit avoir pris toutes les précautions utiles

En Commission du parlement, le nouveau ministre de l’agriculture Denis Ducarme a dit prendre toutes les mesures nécessaires. L’entreprise concernée par la contamination au fipronil ayant été bloquée depuis le 18 juillet. A propos des différences de résultats des deux analyses, il répond que "la contre-expertise hypothèque les résultats issus de ce laboratoire. Ce labo a donné des résultats sur six entreprise, trois étant toujours bloquées."

Cet écart entre les deux tests est, selon le ministre, difficilement explicable, et des mesures utiles de protection du consommateurs ont été prises: "Blocage de toutes les exploitations de poules pondeuses dont les analyses des œufs ont été faites par le même laboratoire, un rappel sur le champ de tous les œufs des exploitations testées par ce laboratoire, la vérification des résultats de la contre-expertise, un renforcement du contrôle et du monitoring de l’ensemble de la filière des poules pondeuses et de la reproduction par l’Afsca, la publication des lots de tous les œufs concernés par le rappel, le traçage par l’Afsca des œufs de ces entreprises et la mise à disposition d’un numéro vert où les consommateurs peuvent poser l’ensemble de leurs questions".

Ce numéro vert (gratuit) est le 0800 13 550. Mais armez-vous de patience, car depuis sa mise en service ce mercredi matin à 9H, les délais d’attente sont parfois long.

Jean-Claude Verset

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