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Le Bio : Un secteur survitaminé par la crise du Covid-19 (vidéo)

  Depuis le 13 mars dernier, de nombreuses mesures ont été prises afin d’éviter ou du moins atténuer la propagation du COVID-19 au sein du pays.

 

Depuis le 13 mars dernier, de nombreuses mesures ont été prises afin d’éviter ou du moins atténuer la propagation du COVID-19 au sein du pays. Les modes de vie, intégrant les modes de consommation ont été bouleversés. Certains clients ont délaissé les grandes surfaces pour se rendre chez les producteurs bio.  Une réaction inattendue qui a boosté le secteur. 

Depuis le début du confinement, les grandes surfaces sont restées accessibles, mais les pénuries se sont vite faites sentir et les clients désabusés se sont tournés vers les producteurs locaux.  Une étude inédite réalisée par l’asbl Biowallonie auprès de l’ensemble du secteur bio montre que si certains consommateurs ont changé leurs habitudes c'est pour plusieurs raisons

1.Consommer plus de produits favorisant sa santé et son immunité

2. Moins de files

3. Magasin de proximité

4. Magasin à taille humaine « rassurant »

5. Gamme très complète (allant du papier toilette aux huiles essentielles) permettant de faire toutes les courses au même endroit.

6. Moins de rupture de stock

Le succès de la vente directe

L’étude proposée par Biowallonie met aussi en avant le succès des ventes directes aux consommateurs, 6 fermiers sur 10 affirment avoir augmenté de 20 à 50 % leurs ventes tandis que 2 sur 10 estiment cette augmentation à plus de 50%.

Patrick Van Den Steene, exploite la ferme aux légumes à Rêves dans la commune des Bons Villers depuis quatre ans. Il vend essentiellement des légumes, des oeufs, des pommes de terre et occasionnellement des volailles.  Il propose une culture raisonnée sans pesticides. Il a connu des années de vaches maigres, mais en deux mois il a dû faire face à un afflux inattendu de demandes. 

"Au niveau des ventes, c'est sur que nous avons eu beaucoup plus de monde, au niveau du travail nous n'étions pas du tout organisés et nous ne nous attendions pas à une telle affluence. dès que le gouvernement a parlé de confinement ça a explosé.  J'avais un peu peur de la contamination de mes saisonniers aussi, mais finalement ils ont réagi très positivement et tout s'est finalement bien passé."

Patrick fait donc sans doute partie des 75 % des agriculteurs qui ont un revenu agricole stable ou à la hausse depuis le 13 mars. Mais pour lui la fermeture des marchés comme raison invoquée par Biowallonie n'est pas la seule explication. 

"Le mouvement des producteurs locaux, sans pesticides, bio, retour à la nature est en vogue même sans le Coronavirus et puis les gens ne voulaient plus aller dans les grandes surfaces pour ne pas être contaminés.  Les gens avaient plus de temps aussi pour se balader dans le village. Ici j'ai vu des gens comme jamais depuis mon enfance, donc oui, c'était la balade du jour de venir à la ferme."

Et maintenant, pourvu que ça dure...

"Moi j'ai commencé l'affaire il y a 4 ans et depuis je me démène pour que ça tourne et avoir des clients, alors quand ça tourne que l'on a plein de clients et que le magasin est vide c'est pas facile à gérer.  Mais j'ai une super équipe et je n'ai pas eu de retours négatifs des clients. Beaucoup de nouveaux clients ont aussi noté la qualité des produits donc j'espère que les gens vont continuer à venir."

Les magasins bio, en vrac et les boucheries ont la cote

Chez les transformateurs bio, 59% des acteurs répondant à l'étude de Biowallonie, ont une situation stable ou meilleure. Peu d’entreprises ont arrêté leurs productions. Parmi les entreprises en difficulté, il y a les brasseurs, les fromagers et les pâtissiers/confiseurs.

Les bouchers par contre ont la cote, les clients retrouvent leurs artisans locaux avec plaisir et ce sont les volailles qui sont les plus demandées. 

Les magasins bio ne se sont jamais aussi bien portés, près de la moitié d'entre eux ont dépassé les meilleurs chiffres d'affaires qu'ils aient pu réaliser par le passé. 7 gérants de magasins sur 10 affirment avoir une meilleure situation aujourd'hui qu'hier. 

Dans les magasins en Vrac, il a fallu s'adapter par contre et faire preuve d'originalité. Ingrid a ouvert son magasin à Gerpinnes un an à peine avant le confinement et elle ne le regrette pas. 

"Nous avons vu pas mal de nouvelles têtes, alors ce que nous avons fait c'est que nous avons dû réadapter notre mode de fonctionnement. Cela n'a pas été facile parce que là où nous nous croyions rodés et bien ça ne fonctionnait plus, il a vraiment fallu se réinventer. Nous avons décidé de relancer notre web shop avec paiement en ligne.  Les clients venaient chercher leurs commandes préparées à l'extérieur du magasin. Nous avons la chance d'être au Bultia sous un patio donc c'est facile aussi.  Avec nos masques, nous nous faisons de grands signes pour continuer à papoter, parce que le vrac, c'est ça aussi une relation humaine. Donc émotionnellement, c'était dur aussi. Il y a la livraison à domicile aussi. Et puis nous sommes très contents parce que nos clients habituels ont suivi le mouvement aussi." 

Ingrid est régulièrement en contact avec les producteurs locaux, elle se fournit notamment dans sa région d'origine Pont-à-Celles. Là bas, même son de cloche qu'ailleurs, l'affluence a été parfois difficile à gérer. 

"Les producteurs locaux non bio sont aussi fortement en demande, ils sont tous débordés.  Il y a eu aussi un problème de main d'oeuvre chez les producteurs, un manque. Ils ont tous dû s'adapter, ils ont tous beaucoup de demandes, mais je touche du bois, j'ai des super producteurs.  Ils ont tous fait un chiffre supérieur à la normale jusqu'à plus 50% parfois. Reste à espérer que cela va durer et que cela a permis d'éveiller les consciences."

Aujourdh'ui, Ingrid est comme d'autre à l'heure du déconfinement, ce ne sera pas facile, mais elle n'est pas seule, elle prend conseil auprès du réseau vrac de Belgique. 

"Nous avons commencé à déconfiner tout doucement, nous servons nous-mêmes les clients, nous ne reprenons toujours pas les consignes, nous nous en occupons.  D'ici la semaine prochaine, nous allons réouvrir le magasin mais par contre nous allons demander le port du masque obligatoire. Cela me rassure et rassure les clients et c'est un acte altruiste. On s'adapte et on ne peut pas tirer de plan sur la comète, mais voilà"

Producteurs et vendeurs ne sont pas dupes, après la crise, les consommateurs risquent de retrouver leurs anciennes habitudes faute de temps ou d'envie, mais le secteur espère bien conserver malgré tout 10% de marge supplémentaire sur le long terme.

 

 

Pour en savoir plus vous pouvez consulter les chiffres du secteur Bio sur le site Biowallonie.be

Retrouvez l'article original sur Télésambre