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Le sexage des œufs pour éviter l'euthanasie des poussins

C’est une pratique généralisée dans les couvoirs qui alimentent les élevages de poules pondeuses.

A peine sortis de la coquille, les poussins de sexe masculin sont purement et simplement éliminés au profit des futures pondeuses. En France, on estime que plus de 40 millions de poussins sont abattus chaque année. Une réalité qui dérange le consommateur.

Derrière l’euthanasie, des méthodes parfois cruelles

Les images diffusées par l’association L214 montrent des poussins jetés dans des broyeurs, entassés dans des sacs poubelles jusqu’à l’asphyxie… ces vidéos font le tour des médias depuis une dizaine d’année.

Chez nous, l’euthanasie serait le plus souvent pratiquée par gazage : " Les mâles sont endormis par inhalation de CO2 ", précise Daniel Vankesteren, le directeur général d’Avibel qui occupe deux tiers du secteur des poules pondeuses bios en Belgique.

Comment pratiquer le sexage des œufs ?

Pour identifier le sexe des œufs fécondés, l’entreprise germano-néerlandaise Seleggt a mis au point une technique largement financée par le ministère allemand de l’agriculture. Neuf jours après la ponte, une aiguille traverse la coquille. Au travers d’un trou d’à peine 0,3 millimètre, une goutte du liquide amniotique est prélevée. Cet échantillon permet d’identifier la présence d’hormones mâles ou femelles.

" C’est une technique sûre à 90 ou 95 %, estime Luc Grobet, professeur d’embryologie à l’Université de Liège. Intervenir au stade de 9 jours permet d’avoir des résultats fiables et une intervention acceptable au niveau ethique, compte tenu du développement du poussin. "

Même Gaia, l’association de défense du bien-être animal se montre enthousiaste : " C’est un progrès qui permettrait d’éviter le massacre de milliers de poussins. Par contre, le fédéral et les régions doivent légiférer pour interdire ces pratiques " , insiste Michel Vandenbosch, le président.  

Qui va payer la facture ?

Appliquer cette méthode va coûter plus cher. Tout le monde le reconnait. D’après une estimation d’Avibel, le prix de l’œuf bio devrait augmenter de 8 centimes d’euros.  

" Reste à savoir qui va endosser le surcoût ? " se demande Daniel Vankesteren, le patron. " Il faudra trouver une filière pour valoriser ces œufs éthiques " ajoute-t-il.

Comment éviter le sexage ?

Pour éviter cette sélection, certains plaident pour un changement de paradigme dans l’industrie aviaire. " Aujourd’hui, les industriels sélectionnent des poules pondeuses qui disposent d’une masse musculaire faible mais il existe beaucoup de races. Pourquoi ne pas choisir des poules à deux fins qui soient à la fois de bonnes pondeuses et de bons poulets de chair ? " , s’interroge le Professeur Luc Grobet.

Une option à laquelle même Gaia ne croit pas. " Moi, je suis un pragmatique, affirme Michel Vandenbosch, Je pense qu’il faut légiférer et laisser un délai pour permettre aux industries de s’adapter. "

Benjamin Brone

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