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Les syndicats sont débordés par le chômage temporaire

Un million deux cent cinquante mille belges sont en chômage temporaire, cela équivaut à un travailleur actif sur trois, et 900 000 dossiers à rentrer auprès des organismes de paiement.

Un million deux cent cinquante mille belges sont en chômage temporaire, cela équivaut à un travailleur actif sur trois, et 900 000 dossiers à rentrer auprès des organismes de paiement.  Ce sont les organisations syndicales qui jouent les relais, à Charleroi, elles sont débordées, mais disposées à tout faire pour que les travailleurs soient payés à temps.  

A Charleroi, les deux principales organisations syndicales, la FGTB et la CSC, croulent sous les dossiers de chômage temporaire.  Ce sont des dizaines de milliers de cas qu’il faut traiter. Fabrice Eeklaer, le secrétaire fédéral de la CSC, est heureux de constater que c’est la solidarité qui prime pour payer dans les temps. 

« Sur la région ce sont des dizaines de milliers de dossiers que nous devons traiter.  Pour le pays, c’est 900 000 dossiers. En moins d’une semaine nous avons dû faire le travail d’un trimestre. Une organisation de travail inédite.  Nous avons pu compter sur la mobilisation de l’ensemble des travailleurs. Une soixantaine de volontaires se sont même mobilisés pour passer le week-end dernier, leurs journées à la fédération pour remplir les dossiers. »

Vincent Pestiau le secrétaire régional de la FGTB estime à 25 - 30 000, le nombre de dossiers déjà rentrés par son organisation.  Mais là où il est très fier c’est que 15 000 travailleurs ont déjà reçus leurs allocations de remplacement.  Une belle réussite pour ne pas laisser les travailleurs en rade.  Une prouesse aussi pour les équipes administratives puisqu’en temps ordinaire ce sont 2 500 à 3 000 dossiers de chômage temporaire, seulement, qui sont complétés chaque mois.

Des démarches simplifiées et après ? 

Les démarches pour les employeurs et les travailleurs ont été simplifiées, il existe même un document spécifique le C32 corona pour accélérer les demandes.  Tout se fait désormais par échange de mail, une vraie révolution.  

" Pour les employeurs, la déclaration se fait quasi en un seul geste. Il suffit de remplir la déclaration de risques sociaux. Malgré cela, des paiements sont retardés parce que les documents sont remis tardivement » nous déclare Vincent Pestiau.

Les syndicats volent aussi au secours de certains patrons de PME perdus dans la paperasse administrative et peu habitués à ces procédures de chômage temporaire, comme à la CSC.  

« La situation est telle que notre tâche évolue. Après il y a des employeurs moins scrupuleux qui profitent de cette période pour mettre en chômage temporaire des gens qui sont en maladie. Nous devons être vigilants

Pour les jours fériés 

Le lundi de Pâques est un jour férié légal et certains s’inquiètent de savoir comment il va être payé.  C’est simple, tout les travailleurs qui ont été mis en chômage temporaire après le 31 mars toucheront ce jour de la part de leur employeur, les autres ceux qui étaient en chômage avant le 31 mars, recevront une allocation de chômage temporaire pour ce jour férié.

La douche froide 

Ce dont les travailleurs n’avaient pas conscience c’est le montant de l’allocation réellement perçu.  Tout un chacun se retrouve avec un maximum de 1500 euros net en poche, en période de confinement.  Une douche froide pour les travailleurs selon Fabrice Eecklaer, secrétaire fédéral de la CSC Charleroi Sambre et Meuse. 

« Les éléments que les travailleurs n’ont pas perçu dans la communication c’est que les 70% de salaire brut étaient plafonnés. Cela a été une douche froide et une prise de conscience de se rendre compte que certains chômeurs n’avaient que ça pour vivre. Ce que l’on constate ce sont des expressions de solidarité très fortes de la part des travailleurs."

« Quand on a présenté le chômage temporaire, il y a des déclarations gouvernementales qui étaient à la limite de l’escroquerie, ajoute Vincent Pestiau de la FGTB. Quand on sait qu’une allocation max c’est 55 euros par jour.  Les travailleurs font leurs comptes aujourd’hui. Et la question est : qui va payer la crise ? Est-ce qu’on ne doit pas revoir les allocations sociales pour faire en sorte que les gens puissent subvenir à leur besoin ? »

Tandis que parallèlement à cette situation des chômeurs continuent à être exclus tous les jours.

Le regard des travailleurs change

Du coup, le regard des travailleurs change à la fois sur les revenus avec lesquels doivent vivre certains de leurs congénères mais aussi sur le syndicat.  

Au-delà, des tracasseries administratives, Fabrice Eecklaer s’interroge sur cette période étrange et inédite que nous traversons. 

« Ce que nous vivons met encore un peu plus en avant les inégalités que nous dénonçons depuis des années. Tout est exacerbé, les violences aussi vis-à-vis des femmes et une série de nouvelles questions apparaissent. Le report de certaines mensualités de prêt hypothécaire par exemple, c’est très bien mais qu’en est-il des locations. Hors c’est là qu’il y a le plus de soucis. Il y a là des inégalités croissantes et des droits sociaux à reconquérir. »

Pour Vincent Pestiau de la FGTB, il faudra aussi tenir compte du regard de la société qui a changé sur tous les travailleurs de l’ombre qui sont les seuls aujourd’hui à maintenir l’économie à flot. 

« Aujourd’hui, le fait que les gens sortent sur le pas de la porte pour applaudir les soignants, la reconnaissance affichée pour les gens des supermarchés etc… Il y a un regard différent porté sur tous ces travailleurs là.  Il faudra en tenir compte dans les politiques à venir. »

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