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Collarmont : sorti de l’anonymat 107 ans après sa mort grâce à une lettre !

Une lettre de l’alphabet qui permet de passer de l’oubli à la reconnaissance, c’est, en quelque sorte, le résumé de cette histoire étonnante. Elle trouve son origine au cimetière militaire français de Collarmont. 247 des 4000 soldats qui sont morts dans les terribles combats du 22 août 1914 y sont enterrés depuis plus d’un siècle. La plupart d’entre eux sont connus et ont une histoire mais pas tous.

"Nous connaissons à peu près le parcours, les origines et l’identité de quasi tous les soldats enterrés ici, explique Achille Van Iperzeele, président du cercle d’Histoire "Henri Guillemin" d’Haine-Saint-Pierre. Mais pour certains, c’est parfois très compliqué, voire impossible mais à force de persévérance et avec un peu de chance aussi, on parvient encore à résoudre des énigmes."

Comme par exemple avec l’histoire de Maurice Leghenne qui en fait s’appelait Maurice Lechenne. "Nous avons fait de longues recherches sur le patronyme "Leghenne" à travers toute la France et dans de nombreuses sources d’archives sans jamais trouver trace de ce nom de famille, détaille l’historien. Du coup, je me suis dit que lors de la transcription du nom sur la croix du cimetière, il pouvait y avoir eu une erreur. Les corps après la bataille de 1914 ont été enterrés en fosse commune avant d’être exhumé en 1918 et transférés ici. Leur identité était écrite sur une plaque attachée à leur corps en décomposition et donc une erreur d’une lettre pouvait être l’explication."

Achille Van Iperzeele tente alors le coup et la première hypothèse est la bonne : "J’ai tenté de faire des recherches en changeant le "G" en "C" et tout de suite, j’ai retrouvé la trace d’un Maurice LeChenne, porté disparu depuis 1914 dans la région de Charleroi alors qu’il se battait avec la 24e division d’infanterie. Maurice Leghenne était donc Maurice Lechenne.

107 ans plus tard, Achille Van Iperzeele retrace la courte vie de ce soldat né à Goupillières, dans le département de l’Eure, le 14 juillet 1892 et prend l’initiative d’entrer en contact avec sa lointaine descendance. "Evidemment, 4 ou 5 générations plus tard, c’est l’étonnement quand on reçoit un tel coup de fil, sourit Achille Van Iperzeele. On ne s’y attend pas vraiment et surtout c’est même parfois une partie oubliée de la lointaine histoire familiale. Mais cette démarche, évidemment a été très bien accueillie par la famille."

Les recherches d’Achille Van Iperzeele, et du cercle d’histoire se poursuivent pour retracer la vie de quelques autres soldats du cimetière. C’est le cas du soldat enterré dans la tombe voisine de Maurice Lechenne. Georges Lemeurtrier est un autre soldat dont le nom a sans doute aussi été mal transcrit mais il reste à ce jour lui porté disparu et inconnu.

 

Hugues Decaluwé

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