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Forêts en Wallonie : 10.000 hectares déboisés illégalement

"On se croirait en Amazonie !", s’exclame François Laviolette, un agent au département de la Nature et des Forêts.

"On se croirait en Amazonie !", s’exclame François Laviolette, un agent au département de la Nature et des Forêts. Et pour cause, le DNF a constaté que plus de 10.000 hectares de bois ont été illégalement déboisés en quelques dizaines d’années au sud du pays. A Tinlot, Eghezée, Mettet ou ailleurs, les dossiers du genre ne manquent pas et dans certains cas, atterrissent devant un tribunal correctionnel.

Pour illustrer ce chiffre impressionnant de 10.000 hectares, soit à peu près 10.000 grands terrains de football, François Laviolette nous a donné rendez-vous à Mettet, en région namuroise. Au travers d’un cas concret, il souhaite nous expliquer une réalité dont on parle peu.

Le cas Mettet

Le champ, qu’il nous présente, était encore un bois de 3 hectares au début des années 2000. Aujourd’hui, c’est une grande parcelle de terre cultivée. Des centaines d’arbres ont donc disparu et un petit ruisseau a été remblayé sans aucune autorisation.  

Pour comprendre ce qu’il a pu se passer en près de 20 ans, nous analysons des documents qui rassemblent des vues aériennes de la zone au fil des années. Selon les images, ce bois est bien présent en 2000 mais n’existe plus en 2007. Selon François Laviolette, 2 ans plus tard, les autorités s’en mêlent et exigent un reboisement de cette surface.

L’agriculteur obtempère et replante. Mais dans les années qui suivent, il va à nouveau progressivement déboiser jusqu’à ne plus laisser un seul arbre sur son terrain. Telle est la situation actuelle. Il n’y a pourtant jamais eu d’autorisation de tout déboiser.

La tentation du gain

Selon l’agent du DNF, le propriétaire de ce champ a rayé de la carte 3 hectares de bois dans un seul but : Faire du profit ! " Le calcul est simple: en augmentant sa surface de culture, l’agriculteur va améliorer ses récoltes et donc son rendement. En plus, il reçoit, pour se terres cultivées, une prime d’une centaine d’euros par hectare. L’Europe l’aide donc financièrement pour cultiver sur des terres qui ont été déboisées sans permis", ajoute l’attaché au DNF.

Lors de notre tournage, nous contactons le propriétaire du champ. Il ne souhaite pas être interviewé mais ne nie pas l’intérêt de ce déboisement illégal. Il s’insurge cependant contre la rigidité du code wallon de l’aménagement du territoire. " Je suis propriétaire. Je paie mes impôts et je ne peux pas faire ce que je veux sur mes terres. On se croirait en Russie franchement. Il y a un problème avecce système", nous explique-t-il au téléphone.

Les agriculteurs, seuls coupables ?

La responsabilité de ces déboisements ne revient pas seulement aux agriculteurs. Pour le vérifier, il suffit de pousser les portes d’un palais de justice. A Liège, nous allons à la rencontre du substitut du Procureur du Roi, Jean-Noël Kraewinkels. Représentant du parquet à la cour d’appel, il voit régulièrement passer des dossiers pour déboisement illégal.

J’ai vu un propriétaire de camping qui a déboisé sans permis pour augmenter son terrain d’exploitation ou encore un promoteur immobilier qui a fait de même dans le cadre d’un projet. Les exemples sont divers et variés ", nous confie Jean-Noël Kraewinkels.

Depuis l’an dernier, le service public de Wallonie s’est fixé un objectif : faire en sorte que les primes ne soient plus versées aux agriculteurs pour des surfaces qui ne sont pas en règles. Par ailleurs, les techniques, pour identifier le plus rapidement possible les zones déboisées illégalement, s’améliorent.

Le site WalOnMap est devenu un outil de référence pour traquer les changements suspects. Bien sûr, la meilleure manière de localiser les fraudeurs reste l’observation sur le terrain. Le DNF se base aussi sur des dénonciations pour repérer les cas frauduleux. Malgré tout, de nombreux propriétaires qui transgressent les règles passent entre les mailles du filet. François Laviolette aime le rappeler : " Depuis 1993, il faut obligatoirement avoir un permis pour déboiser. On ne fait pas ce qu’on veut dans sa propriété ".

Les conséquences environnementales

Cette " déforestation " a bien sûr des conséquences sur l’environnement car ces zones forestières ont un rôle clé pour la biodiversité mais pas seulement. " Ces arbres retiennent d’énormes quantité de carbone, qui ne s’échappe pas dans l’atmosphère. Ils jouent un rôle crucial dans la lutte contre le réchauffement climatique. En cas de coulées de boue ou d’inondations, les bois, haies et autres zones vertes font office de barrage ", explique François Laviolette.

Malgré ce constat inquiétant, les autorités politiques en Wallonie tentent à présent de faire la manœuvre inverse en voulant replanter 4000 km de haies ou 1 million d'a

David Brichard

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