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Coronavirus : ne jetez surtout pas vos lingettes désinfectantes dans les toilettes !

Un désastre écologique ! Jetées dans les toilettes, les lingettes nettoyantes bloquent les canalisations, les stations d’épuration des eaux et polluent l’environnement.

A l’heure de l’épidémie de coronavirus, nombre de Belges les utilisent pour désinfecter un bureau, des poignées de portes, un plan de travail, leurs mains… A celles-ci s’ajoutent les lingettes démaquillantes, les lingettes pour essuyer bébé… En tout cas, lorsqu’elles ne finissent pas à la poubelle, elles sont balancées dans la cuvette des W.-C..

A ne jamais faire ! A Bruxelles, c’est ce que demandent avec insistance, surtout en cette période, Damien De Keyser, directeur général de la Société bruxelloise de gestion de l’Eau (SBGE), en charge de deux stations d’épuration, et Laurence Bovy, directrice générale de Vivaqua l’intercommunale bruxelloise en charge de la gestion des égouts (1900 kilomètres).

Attention aux prochaines pluies

"Ces lingettes sont une catastrophe environnementale", déplore Damien De Keyser qui dresse une analyse de la situation bruxelloise en ces temps de coronavirus. "Pour l’instant, nous n’avons pas remarqué d’augmentation de la quantité de lingettes qui arrivent en stations d’épuration. Cela est certainement dû au fait que comme il n’a pas plu depuis plusieurs jours, l’écoulement des eaux des égouts vers nos stations se fait plus lentement. Mais on peut imaginer que lors de prochaines pluies, nous soyons confrontés à une arrivée massive de ce type de déchets."

Souci : depuis l’apparition de l’épidémie, les équipes d’intervention tournent en effectifs réduits. A la SBGE, cela a débuté le 10 mars avec des tournantes réorganisées, à la semaine, sans croisement de personnel…

Des systèmes techniques bloqués

Parce qu’une station d’épuration, ce sont plusieurs étapes dans le processus d’assainissement. D’abord, un dégrillage pour bloquer les gros volumes de déchets. "Cela va des grosses briques, à des poutres en bois, à des caddies… Vous n’avez pas idée de ce qu’on retrouve", se désole le directeur général. "Les dégrilleurs, ce sont en fait de gros peignes qui vont soulever les déchets avant de les poser sur un tapis et ensuite versés dans une benne."

Les amas de lingettes s’arrêtent là, mais pas toujours. "En partie désintégrées, elles peuvent poursuivre leur chemin. Elles finissent alors dans nos bassins de décantations ou dans les tamis. Et cela bloque nos moteurs, nos systèmes techniques…" Il faut alors intervenir ! "Cela arrive très régulièrement. Ces lingettes sont une véritable plaie."

Cela, c’est en aval, lorsque les eaux doivent être épurées. En amont, un rappel clair est formulé. "Heureusement, notre réseau d’égouts est en pente, ce qui permet un auto-curage permanent", rassure Laurence Bovy, de Vivaqua. "Mais le problème des lingettes est bien réel." Les équipes de l’intercommunale effectuent une centaine d’interventions urgentes en moyenne par an pour déboucher des pompes saturées, sans compter les dégrilleurs encombrés. Les équipements électromécaniques peuvent également être impactés. "120 équipements réparés en 2017."

Sur les paquets, pourtant, c’est clairement indiqué

Avec le coronavirus, Vivaqua a interrompu ses interventions non urgentes. Donc impossible, pour l’instant, d’objectiver l’impact d’une utilisation plus importante de lingettes par les foyers. "Pourtant, sur les paquets de lingettes, il est clairement indiqué qu’on ne peut pas les jeter à la toilette. C’est une disposition légale", rappelle Laurence Bovy. "Mais certaines personnes se disent certainement que quand elles balancent une lingette dans une cuvette, ce qui se passe par après ne les concerne plus. L’égout n’est pas une poubelle, on ne peut pas y jeter n’importe quoi."

En France, le Centre d’information de l’eau a tiré la sonnette d’alarme. Une campagne menée au travers des réseaux sociaux a été lancée. Le message est clair. "Chaque jour, des femmes et des hommes se mobilisent pour notre sécurité et assurer le fonctionnement de nos services essentiels", indique le centre. "Les professionnels de l’eau sont de ceux-là. Ils œuvrent, au quotidien, pour assurer la continuité du service public de l’eau qui inclut aussi le traitement de nos eaux usées."

Trois-quarts des interventions liées à ce fléau

Dépolluer les eaux usées, ajoute le centre, est donc une priorité, un "service essentiel pour la salubrité publique, comme pour notre environnement. Alors laissons les professionnels de l’eau se concentrer sur leur mission fondamentale et faisons en sorte de réduire les risques d’encombrement des canalisations. Nos toilettes ne sont pas des poubelles, alors, n’y jetons plus nos lingettes !" Pour la direction du centre, interrogée par France 3, "les trois-quarts des interventions des équipes d’entretien sont liées à ce fléau, ce qui perturbe l’activité de maintien des réseaux d’eau et d’assainissement " Il y a deux ans déjà, la RTBF rappelait les dégâts écologiques provoqués par les lingettes.

Les fabricants font croire qu’ils produisent des lingettes biodégradables

Sur le marché, il existe pourtant des lingettes dites biodégradables. A la SBGE, on n’y croit pas du tout. "Ces lingettes sont des déchets toxiques. Les fabricants nous font croire qu’ils produisent des lingettes biodégradables. Mais pour cela, il faudrait énormément de temps. Une lingette n’a pas le temps. En 24 heures, elles passent du W.-C. à la station d’épuration. Les producteurs font croire que certains modèles sont bons pour l’environnement. C’est faux !"

"Ces lingettes contiennent des produits chimiques qui se répandent dans les eaux propres ou usées", ajoute Catherine Rolin de l’association France nature environnement, interrogée il y a trois ans par le quotidien français Libération. Pour les lingettes qui finissent tout de même dans la poubelle, "comme il n’y a pas de filière de tri pour ces produits, ça va dans les ordures ménagères. Soit ils sont incinérés, soit ils vont au stockage donc à la décharge, soit on les utilise pour le compost, et donc les produits chimiques vont se répandre dans les champs et dans les sols".

Gants jetables

Enfin, les spécialistes de l’épuration des eaux craignent aussi l’arrivée ces prochains jours d’autres types de déchets en lien avec la période actuelle de confinement. En France, Frédéric Haas, directeur de la communication de l’entreprise Veolia Hauts-de-France (une centaine de stations d’épuration), souligne que "les lingettes, tout comme les cotons-tiges ou les gants jetables", sans oublier les masques de protection "représentent 70% des interventions d’urgence contre 15 à 30% habituellement. Le rejet de lingettes dans le réseau occasionne déjà au quotidien des problématiques."

K. F.

Retrouvez l'article original sur RTBF