Beauraing 5570

Semaine de la mobilité : quinze ans pour rien ?

Si des initiatives locales ont vu le jour dès la fin des années 90, la semaine de la mobilité au niveau européen est née en 2002. Quinze ans plus tard, les routes belges n’ont jamais été aussi encombrées. A qui la faute ? Avant tout aux...

Si des initiatives locales ont vu le jour dès la fin des années 90, la semaine de la mobilité au niveau européen est née en 2002. Quinze ans plus tard, les routes belges n’ont jamais été aussi encombrées. A qui la faute ?

Avant tout aux automobilistes, qui sont de plus en plus nombreux. En 2002, le parc automobile belge était composé de 4 787 359 voitures. En 2016, près d’un million de voitures supplémentaires circulent dans le pays : 5 712 061 pour être précis. A cela s’ajoutent les utilitaires, motos, camions et autres véhicules de camping ou quadricycles motorisés pour atteindre le chiffre impressionnant de 7 430 231 véhicules immatriculés en Belgique au premier janvier de cette année !

"Les modes de déplacements évoluent", explique le directeur exécutif du Centre Interuniversitaire d’Étude de la Mobilité, Frédéric Dobruszkes. "Les gens adaptent de plus en plus leur moyen de transport en fonction du lieu où ils doivent se rendre. Mais le taux de possession d’une voiture en Belgique reste l’un des plus élevés du monde. On estime que 65 pourcent de la population en âge de conduire possède un véhicule." Bien sûr, la fiscalité favorable aux voitures de société joue un rôle, mais le Belge reste un fervent amateur de belles carrosseries.

Transports en commun en progression

L’augmentation du nombre de déplacements et de kilomètres parcourus en voiture n’impacte pourtant pas négativement les sociétés de transports en commun. Le nombre de passagers des trains a augmenté de 50 pourcent sur la même période de quinze ans. De 150 à 227 millions.

De Lijn, la STIB et les TEC sont passés de 692 millions d’usagers en 2002 à 1 161 millions (chiffres 2014). Et il y a fort à parier que la tendance ne s’inverse pas de sitôt d’autant que le RER finira bien par circuler un jour …

Croissance et exode rural

Plus de véhicules, plus de transports en commun, plus de vélos et apparitions d’alternatives crédibles comme les voitures partagées ou les vélos et scooters en libre-service … Et pourtant toujours plus de problèmes de mobilité. C’est que ces quinze dernières années, la population belge a augmenté considérablement. 10 309 725 habitants en 2002 pour 11 358 952 au premier avril 2017. Plus d’un million de personnes à caser dans à peine plus de 30 000 km² ! C’est l’une des explications au blocage, mais pas la seule. Pour Frédéric Dobruszkes, "il faut une politique globale forte. Les problèmes de mobilité sont liés à ceux de la santé publique mais aussi du logement. La classe moyenne quitte Bruxelles où le logement de qualité est impayable mais elle continue d’y travailler. Des responsables locaux ou des associations diverses retardent des mises en site propre des transports en commun. Il faut autant de temps à Bruxelles pour faire 200 mètres de site propre de tram qu’à Shanghai pour construire une ligne complète de métro !"

Alors, malgré les campagnes de sensibilisation menées durant la semaine de la mobilité, il y a de fortes chances que la situation sur nos routes ne s’améliore pas vraiment. Rendez-vous dans quinze ans pour vérifier ?

Jean-Christophe Willems

Retrouvez l'article original sur RTBF