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Les initiatives citoyennes : effet de mode ou vrai vecteur de changement ?

A l’heure actuelle, les initiatives citoyennes se multiplient. L’accueil des réfugiés, la protection de l’environnement, la mobilité… Elles touchent à différents thèmes, et sont portées par des collectifs de citoyens qui veulent faire avancer les choses.

Peut-on dire qu’il s’agit d’un effet de mode, ou d’un véritable vecteur de changement dans nos sociétés ? Pour en débattre, Soir Première a reçu Olivier de Schutter, professeur de droit international, et Thomas Prédour, ancien chef de cabinet au ministère de la culture.

Thomas Prédour a travaillé autrefois en cabinet, mais ce week-end, c’est dans un tout autre rôle qu’on le retrouve. Il est l’organisateur de "Dialogue en humanité", qui est un exemple d’initiative citoyenne parmi d’autres. L’objectif est de pousser au débat, et d’interpeller la société civile sur les questions de société : "C’est un mouvement qui a commencé en France, et qui s’organise pour la première fois en Belgique. C’est en plein air, c’est gratuit. Et l’idée, c’est d’échanger pour changer le monde. On reprend l’esprit de l’arbre à palabre, c’est-à-dire qu’on se pose autour d’un arbre pour discuter. On veut prendre le temps d’interroger la société dans laquelle on vit".

Pour le professeur Olivier de Schutter, ce genre d’initiative montre que le citoyen opère à une certaine prise de conscience : "Le citoyen s’inquiète que la politique avance trop lentement par rapport aux enjeux. Les gens ne veulent plus attendre. Ils ont l’impression qu’on est en train de perdre cette course contre le temps qui est engagée par rapport à la dégradation des écosystèmes et des conditions de vie. Ils veulent inventer leurs propres solutions. Et aujourd’hui, les militants ne militent plus en allant manifester dans la rue, ou en votant pour un parti, ils militent en faisant les choses".

 

Ces initiatives changent-elles vraiment quelque chose ?

La question est importante selon Olivier de Schutter : "Je pense que le cycle de vie des innovations est parfois très court, parce que les gens s’épuisent. Ce type d’initiatives reposent souvent sur des bénévoles, mais cela n’est pas durable s’il n’y a pas des relais au niveau politique. Donc le défi, c’est réinventer un rapport au secteur privé et aux politiques pour que ces initiatives intéressantes puissent passer l’épreuve du temps, et avoir un impact à l’échelle sociétale".

Un dialogue possible avec les politiques ?

Les initiatives citoyennes se développent souvent en marge du monde politique, sans véritable dialogue entre les deux. Comme l’explique Olivier de Schutter, il y a une double méfiance : "Il y a une méfiance des citoyens qui craignent la récupération politique, et de l’autre côté, il y a une méfiance du politique, qui a l’habitude de décider, et qui se sent parfois dépossédé face aux actions citoyennes".

Mais pour Thomas Prédour, le dialogue n’est pas impossible, et il serait possible de surmonter cette méfiance : "C’est vrai qu’on a souvent tendance à dire que les politiques sont tous pourris, et à remettre uniquement la responsabilité sur eux. Mais je pense que la politique, c’est le sens premier de la vie de la cité. C’est avant tout s’intéresser à ce que se passe dans sa rue et dans sa ville. Parfois, c’est bien de se faire entendre de manière radicale, mais parfois c’est nécessaire d’arriver de manière plus constructive".

Pour réécouter l’intégralité de ce débat :

Camille Toussaint

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