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La lutte biologique: une alternative naturelle aux pesticides

Chaque année, de nombreux nuisibles en tout genre s'invitent dans les jardins, prairies, vergers... Si on connaît bien sûr les pesticides et leur action contestable sur l'environnement, d'autres solutions issues de l'agriculture raisonnée permettent de limiter l'oeuvre néfaste de ces bestioles.

Depuis une bonne vingtaine d’année, la lente agonie de notre planète réveille les consciences et nourrit la réflexion morale mondiale. Une rupture s'est créée, remettant en cause l’attitude de l’homme face à ce qui lui semblait dû et naturel : des ressources qu’on imaginait inépuisables, dont on ne soupçonnait pas la vulnérabilité et sur lesquelles nous pensions n'avoir "aucune prise". La prise de conscience de l'impact, d'une part et du pouvoir d’action et de changement de l’homme sur la nature, d’autre part situe aujourd’hui l’environnement au cœur des préoccupations. Dans cette remise en cause des pratiques, les pesticides ont une place de choix.

Ces substances aux propriétés insecticides, fongicides, herbicides, parasiticides, utilisées pour lutter contre les ravageurs naturels, rime pour certains avec "homicide", tant leur action ont des conséquences néfastes sur notre environnement et la santé de ceux qui l'utilisent comme celle des consommateurs. Longtemps, ces produits chimiques de synthèse étaient la panacée des agriculteurs: l’efficacité des méthodes ainsi proposées et leur facilité d’emploi expliquent leur succès, mais entraînent des excès dans leur mise en œuvre.

Aujourd'hui, certaines méthodes ancestrales retrouvent un certain intérêt auprès des agriculteurs: ces alternatives aux pesticides favorisent le développement de la faune auxiliaire propice à la protection naturelle et agissent contre l'inévitable présence d'indésirables et adventices (comme les mauvaises herbes), difficile à maîtriser, qui peuplent champs, potagers et vergers. La lutte intégrée figure parmi ces possibles et contribue à l'amélioration quantitative et qualitative de la production agricole, en limitant le seuil de résidus. 

Des prédateurs au service de l'équilibre environnemental

La lutte intégrée est un système de production qui prend en considération par la préservation de l’environnement et la santé du consommateur moyennant le raisonnement des pratiques agricoles, elle intègre l’ensemble des méthodes de lutte (chimique, biologique, culturale et biotechniques) en limitant l’utilisation des produits chimiques lorsqu’il n’existe aucun autre moyen de lutte efficace.

La lutte biologique, inhérente à la lutte intégrée, est un moyen de lutter contre les parasites qui détruisent les organismes présents dans la nature, tels que les plantes ou les animaux en les faisant dévorer par ses ennemis naturels. De très nombreuses espèces sont mises à contribution dans ce processus, que les individus soient simplement prélevés dans un lieu puis relâchés là où sévit l'indésirable ou qu'il faille les multiplier en insectarium à chaque saison. C'est le cas de la coccinelle. Fin du 19ème siècle, l'espèce Rodolia cardinalis fut prélevée de son habitat naturel australien pour être implantée en Californie, là où les agrumes dépérissaient à cause de la cochenille Icerya purchasi. Années après années, de générations en générations, l'opération fut un franc succès.

Chez nous, c'est la coccinelle Adalia bipunctata ou "à deux points" qui peuple abondamment nos terres wallonnes et s'impose comme rivale de choix pour s'attaquer aux indésirables qui grignotent fruits et légumes. Elle a été introduite et commercialisée pour le contrôle biologique des pucerons dans les serres européennes depuis 2000. En effet, cette espèce, qui pourrait à terme être menacée par la coccinelle asiatique, peut ingérer jusqu'à 150 pucerons par jour à l'état larvaire. Mais la lutte biologique ne se limite pas à la coccinelle Adalia bipunctata, il existe un grand nombre d’alternatives naturelles aux pesticides chimiques comme les pièges à phéromones, les araignées, les libellules, les guêpes, les mésanges, les champignons ou encore certaines espèces de nématodes. Ces vers ronds s'attaquent aux chenilles, mouches de terreau, limaces, hannetons, escargots... sans contaminer les mammifères, les autres insectes auxiliaires ou encore, les végétaux.

Des rapaces pour dévorer les rongeurs

Olivier Rommel des Vergers & Ruchers Mosans, situés à Dinant, exploite un verger de 7 hectares, 6 consacrés à diverses variétés de pommes et un aux poires. Depuis quelques années, il a choisi la culture intégrée: "cette culture exige de nombreuses observations dans le verger. Il faut suivre le développement des insectes ravageurs comme celui de leurs prédateurs. En cas des risques constatés ou en cas de doute les observations seront intensifiées. Régulièrement des techniciens expérimentés viennent nous aider dans nos choix. Ce n’est seulement qu’en cas de besoin qu’une intervention justifiée sera réalisée. En tous les cas, jamais un produit toxique pour la faune auxiliaire, ou les abeilles ne sera appliqué. Il causerait plus de problèmes qu’il n’en résoudrait."

Outre l'utilisation d'insectes et de pièges à phéro-hormone, les rapaces ont eux aussi la côte pour, si ce n'est en venir à bout, réduire considérablement un autre type de population se faufilant dans les hautes herbes: les mulots et autres rongeurs. Les problématiques liées aux rongeurs touchent particulièrement les systèmes prairiaux mais peuvent également s'attaquer aux parcelles de grandes-cultures, aux vignes, aux cultures maraîchères et aux vergers. Ceux d'Olivier ne sont évidemment pas épargnés: "Les buses faucons sont friands des petits rongeurs (taupes, mulots, campagnols qui se nourrissent des racines de nos arbres) un perchoir à quelques mètres d’altitude au dessus du verger leur permet une chasse plus efficace."

 

Claire Vandamme