Anhée 5537

En Belgique, l'approche écologique appliquée aux funérailles avance à petits pas

Nous sommes de plus en plus nombreux sur terre, et on n’y réfléchit pas toujours, mais la façon dont nous traitons nos morts aura donc un impact toujours plus important sur la planète. Certains cherchent donc des alternatives plus écologiques pour...

Nous sommes de plus en plus nombreux sur terre, et on n’y réfléchit pas toujours, mais la façon dont nous traitons nos morts aura donc un impact toujours plus important sur la planète. Certains cherchent donc des alternatives plus écologiques pour leurs funérailles.

En effet, d’une part, on manque de place dans les cimetières, et d’autre part, nos rites funéraires actuels polluent. En Belgique, l’approche écologique appliquée aux funérailles avance à petits pas. Et la nouveauté qui a fait le plus parler d’elle est celle du cercueil en cellulose (carton) biodégradable. Une coopérative, Alveus, propose des cercueils en matière naturelle à bas prix. Pour 150 €, on peut déjà acquérir un modèle en carton. C'est un tarif vraiment concurrentiel quand on compare aux prix des cercueils " classiques " : une enquête de Test-Achats datant de 2014 avait relevé un prix minimum pour un cercueil de crémation de 345€ et 400€ pour un cercueil d’inhumation. Alveus propose également des cercueils en sapin massif au même prix. Mais avec un cercueil en bois, on peut faire dix cercueils en carton. L’argument écologique plaide donc plutôt pour le cercueil en carton ...

La Belgique étant un pays compliqué, le carton est autorisé en Flandre et à Bruxelles, pour l’inhumation comme pour la crémation. Par contre, la Wallonie prohibe les cercueils en carton. Par ailleurs, le décret flamand sur les funérailles indique que les matériaux du cercueil doivent être naturels, mais ce n'est pas assez précis. La majorité des cercueils sont en aggloméré et en MDF (fibres à densité moyenne), des déchets de bois collés ensemble. Les colles utilisées, qui contiennent des substances dangereuses, sont très peu réglementées, surtout en matière de cercueils.

Inhumation ou crémation

En Belgique, il n’y a que deux possibilités : l’inhumation ou la crémation; dont les prix sont assez similaires. Lors de la dernière enquête de Test-Achats sur le prix des obsèques, le tarif forfaitaire moyen d’un entrepreneur de pompes funèbres pour une inhumation était de 2 327€ et pour une crémation de 2 318€. Par contre, ces deux techniques engendrent un impact écologique différent. L’inhumation a un impact sur la santé humaine et peut polluer les sols et les nappes phréatiques par le processus naturel de décomposition du corps et du cercueil, qui libère métaux lourds, résidus de médicaments, pesticides, perturbateurs endocriniens, etc. Le mercure est le produit le plus nocif, il provient de certains plombages. La pierre tombale a aussi un impact environnemental important, à cause de son extraction, sa découpe, son transport, souvent depuis la Chine ou l’Inde.

La crémation est coûteuse en énergie fossile, et génère des rejets toxiques dans l’atmosphère (CO2, gaz polluants, métaux lourds, particules fines et dioxines...). Pour faire chauffer le four crématoire jusqu’à 1 000 °C, on utilise du gaz. On pourrait croire qu’une crémation dans un linceul ou dans un cercueil en carton est écologiquement optimale, mais c’est une erreur. La combustion du cercueil en bois permet d’augmenter la chaleur dans le four crématoire. Sans bois, le crématorium doit brûler du gaz en continu et le bilan énergétique monte en flèche. C’est pour cela que la coopérative Alveus tenait à proposer un cercueil en bois plein pour le même prix qu’un cercueil en carton.

Si l'on choisit l'inhumation, c'est possible de se faire enterrer sans cercueil avec le linceul (un drap en matière 100% naturelle), qui est préconisé dans les religions musulmane et juive, et qui est autorisé en Flandre depuis 2004 et à Bruxelles depuis le mois de septembre dernier. Par contre, il est toujours prohibé en Wallonie, qui interdit aussi les cercueils en carton, osier, amidon (de maïs ou de pomme de terre) ...

Des concessions naturelles plutôt rares

En ce qui concerne les concessions naturelles, elles sont rares, alors que des cimetières naturels existent chez nos voisins. Le premier cimetière forestier a été inauguré en Suisse en 1997 avant de se répandre en Europe, surtout en Allemagne. On y enterre les défunts sans caveau ni pierre tombale, au pied des arbres. En Belgique, seules les villes de Saint-Nicolas et d’Anvers proposent un cimetière "naturel" où l’on peut enterrer des urnes biodégradables. Mais ils n'accueillent pas encore les dépouilles, comme c'est le cas chez nos voisins.

On n'est pas des pigeons

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