Dinant 5500

Luc Monin, juge du tribunal de première instance de Dinant, écope de 5 ans de prison

L’affaire est peu banale. Luc Monin, juge au tribunal de première instance de Dinant va recevoir très prochainement son billet d’écrou. Du statut de juge (suspendu depuis cinq ans), l’homme passe aujourd’hui à celui de prisonnier.

Mercredi soir, le pourvoi en cassation de Luc Monin contre l’arrêt de la Cour d’appel de Liège a été rejeté. Le Dinantais est donc bien condamné dans le cadre de deux dossiers distincts.

Dans le premier, Luc Monin est reconnu coupable d’avoir subtilisé environs 500.000 euros avec l’aide de son papa banquier, aujourd’hui décédé. Les titres bancaires des clients du père étaient revendus et les fonds obtenus étaient ensuite détournés. La cour a estimé qu’étant donné sa qualité de juge, Luc Monin ne pouvait pas ignorer que le train de vie de ses parents et l’argent qu’ils lui ont donné, ne correspondaient pas à leurs revenus. Cet argent était illicite et Luc Monin ne pouvait pas l’ignorer.

La Cour d'appel de Liège a aussi reconnu le juge Monin coupable d’une affaire de chantage. Une dame française servait d’appât dans des soirées mondaines pour approcher des hommes riches. Par la suite, le juge proposait à ces hommes d’étouffer contre payement des prétendues affaires d’attouchements non consentis durant la soirée. La manipulation a en partie fonctionné puisqu’en 2013, un célèbre avocat français a versé 50.000 euros pour éviter tout scandale.

Cette décision prise mercredi par la Cour de cassation ne marque cependant pas la fin de ce dossier judiciaire. Luc Monin et son avocat ont décidé de se tourner vers la Cour européenne des Droits de l’Homme. Le juge estime ne pas avoir eu droit à un procès équitable.
 

Un juge n’est pas jugé comme un citoyen lambda

"En tant que juge, Luc Monin n’a pas été jugé comme un citoyen lambda", explique Nathalie Colette-Basecqz, professeure de droit à l’Université de Namur. "C’est la Cour d'appel qui est la seule compétente pour juger un magistrat à qui on reproche d’avoir commis des crimes ou des délits"Les juges perdent donc un degré de juridiction. "Ils sont déjà jugés par la Cour d'appel, donc le seul recours qui est encore possible après, c’est d’aller devant la Cour de cassation." La Cour de cassation, elle, juge uniquement la procédure judiciaire et non les faits reprochés à la personne.

La professeur de droit de l’Université de Namur l’affirme: c’est assez rare, en Belgique, qu’un juge se retrouve condamné pour un crime ou un délit.

Margaux Guyot

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