Dinant 5500

Le secteur public, rempart de notre société face à l’épidémie

Axel Tixhon, à la fois professeur d'histoire contemporaine et bourgmestre, réfléchit au monde "post-corona". Selon lui, notre demain dépend de notre volonté à investir dans des secteurs utiles à tous.

Axel Tixhon est professeur d'histoire contemporaine à l'université de Namur, spécialisé notamment dans l'histoire de la Grande Guerre. En 2018, il est devenu bourgmestre de Dinant. Apparenté au cdH, il dirige une coalition arc-en-ciel où les quatre partis traditionnels sont représentés. 

L'intertitre est de la rédaction. 

Carte blanche à Axel Tixhon: Quel monde voulons-nous pour demain? 

Dans l'histoire des sociétés humaines, une épidémie a rarement laissé indemnes les groupes qu'elle a frappés. Son impact démographique peut être plus ou moins important en fonction des circonstances et de la résistance des individus qui y ont fait face. Ses effets sociétaux sont eux toujours conséquents. L'aspect contagieux de la maladie remet, nécessairement, en cause les contacts entre les membres du groupe. Il transforme en menace ce qui constitue, la plupart du temps, une protection. L'organisation sociale ne peut que sortir ébranlée par de telles secousses…

La pandémie provoquée par le Covid 19 ne fait naturellement pas exception à cette observation. Elle a exposé (et exposera encore ?) nos sociétés à un danger mortel considérable. Pour faire face, celles-ci ont mobilisé des secteurs d'activité qui ont révélé leur efficacité dans la mesure où leur intervention a permis le ralentissement puis la diminution de l'évolution du nombre des victimes de la maladie.

Deux acteurs-clés: le système hospitalier et les institutions scientifiques

Parmi ces acteurs-clés, il est incontestable que notre système hospitalier (au sens large) et nos institutions scientifiques se sont montrés à la hauteur du défi, inédit, auquel ils ont été confrontés. Le premier est parvenu à assurer des soins de qualité à un effectif toujours plus volumineux de patients. La majeure partie de ceux-ci a été guérie alors qu'aucun vaccin n'est encore disponible. En d'autres temps et dans d'autres lieux, les hôpitaux et les hospices se muaient en lamentables mouroirs. Dans les circonstances tragiques que nous avons connues, ils sont restés des oasis de vie et d'espoir.

Largement méconnus avant ce printemps, nos épidémiologistes et autres spécialistes des maladies contagieuses sont apparus sur le devant de la scène. Ils n'ont pas ménagé leurs efforts pour étudier, en temps réel, des phénomènes qu'ils analysent, habituellement, hors de l'urgence. Ils sont parvenus à expliquer des mécanismes complexes à l'opinion publique. Ils ont pris leur responsabilité en assumant un rôle délicat de conseillers des pouvoirs publics. Mieux que n'importe quel classement d'institutions scientifiques, leur présence indispensable a démontré l'excellence de nos formations et la qualité de nos chercheurs.

Il en ressort nécessairement que ces deux secteurs, le milieu hospitalier et les institutions scientifiques, méritent un appui financier important, largement justifié par leur mobilisation au bénéfice de notre société. Leur coût de fonctionnement a, pourtant, été continuellement pointé du doigt par des formations politiques ainsi que par des groupes de pression de divers ordres.

De manière plus large, l'ensemble des pouvoirs publics a été lourdement sollicité durant la crise sanitaire traversée. Il est indiscutable que notre capacité à résister aux dangers d'aujourd'hui et de demain dépend de notre volonté à investir dans les secteurs qui agissent au profit de l'ensemble de la population, que ce soit pour la protéger ou pour l'aider à répondre à des menaces encore inconnues. Le confort individuel, fait de petits plaisirs vite consommables, devra, dans cette perspective, être considéré comme moins prioritaire. 

Notre survie sur la planète est à ce prix.

>>> Pour lire toutes les cartes blanches sur le thème "Quel monde voulons-nous pour demain?: https://www.matele.be/cartes-blanches

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