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Quand, pour qui ? Le point sur les vaccins contre le Covid-19 attendus en Belgique

Le ministre de la Santé Frank Vandenbrouck a indiqué que les premiers vaccins contre le coronavirus sont attendus pour le premier trimestre 2021 en Belgique.

Quels vaccins, avec quelles garanties et pour quel public ? Nous faisons le point sur les informations disponibles actuellement, avec Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus.

De quels vaccins parle-t-on ?

La Belgique s’inscrit dans l’initiative de la Commission européenne, qui cherche à constituer un portefeuille varié de vaccins basés sur des technologies différentes. On parle actuellement de six vaccins, destinés aux Etats membres de l’Union européenne et à des pays tiers.

Les firmes concernées sont Johnson&Johnson (via la filiale Janssen Pharmaceutica NV), Sanofi GSK, CureVac, BioNtech, Moderna et AstraZeneca.

"Le vaccin qui est en phase la plus avancée, sous réserve d’un éventuel problème, est le vaccin d’AstraZeneca (avec l’université d’Oxford)", précise Yves Van Laethem. "C’est un vaccin basé sur un adénovirus, en l’occurrence un adénovirus lié à un animal (chimpanzé), qui est porteur d’un fragment du génome du coronavirus permettant de générer en nous la fameuse protéine Spike qui permet au virus de s’introduire dans nos cellules. Cet adénovirus ne peut pas se reproduire chez l’homme, ne produit pas de maladies chez l’homme, et il va générer in situ la synthèse de la protéine qui servira à notre système immunitaire pour fabriquer des anticorps et une immunité cellulaire contre cette protéine fondamentale du coronavirus."

Le fait de miser sur plus d’un vaccin est une précaution, au cas où l’un ou l’autre d’entre eux n’était finalement pas mis sur le marché. Et ce n’est pas la seule raison : "Ces vaccins sont développés sur base de techniques différentes, ce qui pourrait entraîner des différences de résultats significatives pour certains groupes de population comme les personnes âgées par exemple, et donc il est important de disposer de vaccins agissant différemment pour couvrir les différents publics cibles."

Ces vaccins seront-ils sûrs et efficaces ?

Tous les vaccins cités sont en étude clinique de phase trois à travers le monde. Cela signifie qu’ils sont testés auprès de dizaines de milliers de volontaires. Autrement dit, il est impossible actuellement de se prononcer sur leur efficacité et leur sécurité.

"Les signaux qu’on aurait pu avoir en phases 1 et 2 ne laissent pas planer de doute et ne laissent pas penser à un risque particulier chez un vaccin plus qu’un autre", précise Yves Van Laethem. "Tous ces vaccins sont testés sur minimum 15 à 20.000 personnes recevant le vaccin, 15 à 20.000 ne recevant pas le vaccin mais un placebo. Au bout des trois à six mois de l’étude, on peut estimer si réellement il y a un risque et si le risque est là, chez qui il se présenterait (est-ce qu’il serait contre-indiqué pour certaines personnes) et de voir aussi quelle est l’importance de ce risque par rapport au bénéfice de protection qu’on peut en tirer."

Qui donnera le feu vert pour leur mise sur le marché ?

L’agence européenne du médicament effectuera une analyse de la balance risques-bénéfices sur base des résultats des études cliniques de phase trois. C’est elle qui donnera – ou pas – son approbation pour une mise sur le marché dans les différents pays qui auront précommandé les vaccins.

Une procédure qui devrait être plus rapide qu’habituellement : "A partir du moment où le processus est fourni à l’agence européenne du médicament, elle s’engage à le faire en priorité", précise Yves Van Laethem. "Ses appréciations passeront avant la révision d’autres types de médicaments moins urgemment nécessaires. Cela explique la rapidité, parce qu’il n’y a pas de barrière liée au fait que vous êtes dans une file de médicaments qui doivent être examinés. Ici il y a clairement une priorité."

Quand seront-ils disponibles ?

Le ministre de la Santé a parlé du premier trimestre 2021. Il faut visiblement le comprendre comme une fin de trimestre… Le porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus évoque en tout cas le printemps, aussi pour des raisons d’équité entre pays européens. "Il y a une volonté européenne de ne pas privilégier un Etat, de commencer simultanément, et même si les vaccins sont disponibles un peu plus tôt – début 2021- les campagnes de vaccination devraient commencer en deuxième partie du mois de mars ou début avril. Sous réserve de problèmes logistiques ou de problèmes liés au vaccin lui-même."

Quelles seront les modalités pratiques ?

Cette question est actuellement examinée. "On devrait avoir avant la fin de l’année un plan bien ficelé", estime Yves Van Laethem. "Cela va dépendre d’un vaccin à l’autre éventuellement, parce qu’on sait que certains de ces vaccins devront par exemple être conservés à très basse température, certains de ces vaccins seront fournis par paquets de 10 vaccins, ce qui n’est pas adéquat par rapport à une administration au niveau des pharmacies… Et donc le mode de distribution, le mode d’administration, vont dépendre des vaccins et d’un plan qui est en train d’être mis au point".

Qui sera prioritaire ?

Le Conseil supérieur de la Santé a émis ses premières recommandations cet été, recommandations qui sont susceptibles d’évoluer en fonction notamment de l’évolution des connaissances sur le coronavirus. Pour l’instant, la priorité reviendrait au personnel de santé ainsi qu’aux personnes à haut risque (les plus de 65 ans et ceux qui présentent des comorbidités).

Combien de personnes sont-elles comprises dans ces catégories en Belgique ? "Pour l’instant, en prenant largement aussi bien les hôpitaux que les maisons de repos, ou les soins hors institutions, en prenant tout le personnel, du médecin jusqu’à la personne qui s’occupe du nettoyage, cela fait à peu près 500.000 personnes, auxquelles il faut ajouter, pour les personnes à risque, à peu près 3,5 millions de personnes."

Soit potentiellement 4 millions de personnes prioritaires en Belgique, auxquelles il faudrait garantir l’accès aux vaccins. Le Conseil Supérieur de la Santé estime par ailleurs que la vaccination ne devra pas être rendue obligatoire et qu’il faudra laisser le choix aux personnes. "Nous tablons sur le fait que potentiellement 70% des Belges seraient demandeurs du vaccin", conclut Yves Van Laethem.

Sylvia Falcinelli

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