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Mort ou survie du téléphone fixe? Stop ou encore?

D’abord, c’est quoi un téléphone fixe? Pour faire simple, c’est un numéro de téléphone "géographique" avec un préfixe de type 02, 010 ou 03.

Le plus souvent ces numéros reposent sur une technique filaire (cuivre, câble ou fibre optique). La téléphonie filaire repose sur ce que l’on appelle le "réseau commuté". Mais avec le temps, la ligne fixe analogique du siècle dernier migre lentement vers le numérique. Et ça pourrait bien la sauver. Du moins en Belgique.

Des lignes fixes encore très présentes

Le nombre total de lignes fixes s'élève, chez nous, à plus de 2,6 millions de numéros. C’est beaucoup et la diminution est lente: de l’ordre de 25.000 lignes par trimestre, soit un tassement moyen de 3% par an. Mais cela n’a rien à voir avec un engouement sans faille du consommateur. Dans les faits, 86% des ménages disposent encore d’une ligne fixe parce que c’est compris dans leur "pack" télécom, cette offre conjointe qui rassemble la TV, l’internet, ET la téléphonie fixe.

Et ce n’est pas parce que l’on dispose d’un téléphone fixe qu’on l’utilise. La preuve: le trafic "fixe" a chuté de 25% en 3 ans. En pratique, les opérateurs originels (chez nous c’est Proximus, héritier du réseau commuté) intègrent le fixe dans leur abonnement multiple. Au contraire des opérateurs "purement numériques" qui ne le proposent qu’en option. Pour Orange Belgique, "le marché n’a pas besoin d’un fixe".

Le fixe à ses avantages

Si son avenir est plutôt derrière lui, le fixe conserve ses atouts. Et parmi eux, la possibilité d’avoir un numéro utilisable par tous les membres de la famille. Au contraire du mobile qui, tout comme la brosse à dents, ne se prête pas.

Ensuite vient le confort d’écoute. Le son (sur un téléphone fixe) est -souvent- plus stable que sur un mobile. Il y a aussi un argument émotionnel à la conservation du fixe : le consommateur veut garder le numéro de téléphone fixe qu’il possède parfois depuis 40 ans. Tout cela fait du téléphone résidentiel un complément du smartphone ou du GSM.

Le fixe, c’est gratuit ? Non

Le prix du fixe n’est pas aisé à déterminer. Tout simplement parce que ce prix est souvent imposé dans le contrat "triple play" de votre opérateur. (TV, internet et téléphonie fixe). Il est très difficile de trouver des packs forfaitaires ne comprenant que la télévision et/ou l’internet, sans numéro fixe imposé.

Selon une étude de l’IBPT (le régulateur des télécoms en Belgique), le coût mensuel moyen d’une ligne fixe atteint tout de même 29 euros... C’était le prix de l’abonnement mensuel RTT dans les années 80.  

Pour trouver le tarif le plus avantageux, l’IBPT propose un comparateur tarifaire en ligne baptisé "meilleurtarif", qui est assez bien fait.

Enfin, il peut y avoir un certain avantage financier à utiliser une ligne fixe. Par exemple si vous téléphonez souvent à votre belle-mère en France, il existe des options à 5 euros qui permettent d’appeler sans limite durant les heures creuses et le WE. Car n’oubliez pas que téléphoner avec un numéro mobile belge depuis la Belgique vers l’étranger n’est pas du roaming. Et peut donc coûter cher. Très cher.

Alors, il disparaît quand le téléphone fixe?

En France -entre 2023 et 2028- le réseau analogique sera coupé progressivement. Dès la mi-novembre, les nouveaux clients d'Orange France, ou ceux qui déménagent, ne pourront plus être reliés par le réseau téléphonique commuté (RTC).

En Belgique, on n’en n’est pas là. Proximus dit avoir entamé la modernisation de son réseau depuis plusieurs années.

Ce qui va disparaître, c’est donc moins le téléphone fixe que la connexion analogique. Elle sera rapidement remplacée par ce que l’on appelle "la voix sur IP" (protocole internet). Le numéro fixe continuera donc encore à exister quelque temps, mais en mode numérique. Et vous pourrez garder votre vieux numéro des années 70.

Un  "service public" qui ne l’est plus tout à fait

L’Europe prévoit bien une obligation de service universel pour la ligne fixe, mais sans plus aucun moyen de l’imposer. Du moins en Belgique. Aucun opérateur, n’en a plus, chez nous, la responsabilité. Depuis 5 ans, Proximus (héritier de Belgacom et de la RTT) n’est plus le prestataire de référence. C’est désormais 'la concurrence' qui doit jouer pour imposer le maintien du service universel. L’IBPT publie donc sur son site un "baromètre de qualité" qui reprend les prestations respectives des différents opérateurs, ce qui les oblige, selon lui, à s’améliorer. Et à en croire le régulateur belge, cela fonctionne plutôt bien.

Jean-Claude Verset

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