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Les Français n'ont plus la frite, faute à la sécheresse

Les patates, comme les hommes, ont souffert de la canicule cet été.

Résultat, les petites tubercules se font plus rares et deviennent plus chères.  

Régis Dumont est agriculteur à Warhem (3 km de la frontière belge) dans les Hauts de France. Il y a quelques jours, il a témoigné de son inquiétude pour ses pommes de terre au micro de l’AFP. "Il manque de la tête, des gros calibres, de la maturité ; la pomme de terre a d'abord manqué d'eau et les pluies en juillet ont entraîné un phénomène de repousse".

Le paysan de 65 ans constate avec regret les dégâts à sa culture. La qualité n’est pas au rendez-vous et cela compromet aussi sa conservation. "La première pomme de terre se décharge alors de son amidon et se liquéfie."

Faute d’eau, les pommes de terre sont toutes petites. Cela a des conséquences sur le marché et entraîne forcément une perte de recettes pour les agriculteurs. "On observe une baisse sensible, entre 10 et 15%, du rendement en France, par rapport à la moyenne des cinq dernières années", confirme François-Xavier Broutin, chargé de mission à l'Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT).

La région a connu des records de températures avec des pics à 37 degrés. Quand on sait que les Hauts de France, bassin historique de la culture des patates, concentrent à eux-seuls les 2/3 de la production nationale…

Cher le paquet…

Nos voisins d’outre-Quiévrain sont aussi de gros mangeurs de pommes de terre, pas les derniers à se ruer sur les baraques à frites de villages. Ils s'en sont aperçus. Les vendeurs et autres transformateurs de pomme de terre ont revu leurs prix à la hausse.

Mickaël Orgaer est employé dans une friterie du Nord. Il reconnait une augmentation des tarifs de 23% pour un sac de cinq kilos. "C'est énorme. On avait déjà connu des petites augmentations, mais jamais une aussi forte", relève-t-il.

Il dit d’ailleurs avoir été obligé d'augmenter de 20 centimes le tarif de ses barquettes. "On essaye de l'expliquer aux clients, qui comprennent", tout en ajoutant que la qualité n'est pas au rendez-vous."Comme les pommes de terre ne sont pas assez mûres, elles recrachent de l'eau. Et avec leur taille, elles donnent de toutes petites frites", avoue-t-il, dépité.

L’entreprise de frites surgelées McCain a elle-aussi été contrainte de s'adapter. "Nous devons procéder à des bains de sel en réceptionnant la marchandise pour éliminer les mauvaises pommes de terre", indique à l'AFP Christian Vanderheyden, directeur en approvisionnement en pommes de terre pour les usines McCain en France. "Cela demande des équipements et génère donc un coût supplémentaire", déplore-t-il.

Il n’y a pas qu’en France

Le phénomène ne se cantonne pas à l'Hexagone : "Les cinq pays qui font le marché européen - Belgique, Allemagne, Pays-Bas, France et Angleterre - connaissent des problèmes de rendement ou de qualité. Pas un seul n'est épargné par l'impact de la météo", constate François-Xavier Broutin.

"On estime que la production sera au mieux autour de 24 millions de tonnes produites, alors qu'on dépassait les 29 tonnes l'an dernier et qu'on est à 27 millions en moyenne". Comme d’autres, il pointe du doigt le réchauffement climatique : "C'est un phénomène anormal, mais qui commence à se répéter d'une année à l'autre", constate M. Dumont.

En attendant un retour à la normale, les amoureux du paquet sauce mayo devront ouvrir leur porte-monnaie. C'est bien connu, quand on aime, on ne compte pas.

Esmeralda Labye

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