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Ce 17 avril, c'est la journée internationale des luttes paysannes et la situation inquiète

Ce lundi de Pâques est aussi l’occasion de se pencher sur la situation agricole en Wallonie. Disparition des exploitations agricoles, dégradation des sols, augmentation de l’endettement des paysans… « L’agriculteur au Nord comme au Sud fait face à de plus en plus d’enjeux qui remettent en question le modèle agroalimentaire mondial depuis plusieurs années », explique-t-on au sein de l’organisation Entraide et Fraternité.

En Wallonie, les fermes sont en voie de disparition, la biodiversité wallonne est en constant déclin selon un rapport de l’Union Européenne et l’appauvrissement du sol est une triste réalité.

Selon les statistiques du SPF Economie, plus de la moitié des fermes wallonnes ont disparu en 35 ans. Cette forte diminution s’explique notamment par les pressions énormes que subissent les agriculteurs/trices dus aux marchés internationaux instables qui font baisser les prix et les bénéfices pour les producteurs familiaux.

" Face à l’industrie agroalimentaire qui investit toujours plus pour un prix de vente toujours plus bas, les agriculteurs familiaux ont du mal à les concurrencer alors qu’ils ont une pratique plus respectueuse de l’environnement, de l’humain et de notre santé ", explique l’organisation Entraide et Fraternité, qui émet un communiqué de presse d’alerte à l’occasion de cette journée " anniversaire ".

Aujourd’hui, les agriculteurs doivent faire face à un endettement toujours plus conséquent. Celui-ci provient, entre autres, des nouveaux investissements réalisés par les agriculteurs pour rester concurrentiels sur le marché. Ceci se traduit par l’achat de nouvelles machines et de nouvelles terres. En Belgique, malgré une diminution du nombre d’agriculteurs, la vente de tracteurs agricoles ne cesse d’augmenter au fil des années. En 1977, 114 517 tracteurs étaient présents dans les exploitations, contre 183 638 en 2013.

On observe toutefois que l’investissement dans les machines agricoles enferme toujours davantage les agriculteurs dans le modèle conventionnel, qui, paradoxalement, ne parvient pas souvent à leur apporter une réelle qualité de vie, mais les endette davantage.

Un autre problématique est l’accès à la terre : on constate une réelle difficulté d’accès à la terre en Wallonie, que ce soit via l’achat ou bien la location (le bail à ferme). Les prix ont connu une hausse spectaculaire, avec une augmentation de 54 % calculée entre 1995 et 2004 et un prix des terres agricoles qui varie de 25 000 à 50 000 euros par hectare. À peu près 70% des terres agricoles sont soumises aux baux à ferme.

" Le système agroalimentaire mondial enferme les agriculteurs dans une spirale infernale, mais certains d’entre eux trouvent une voie de sortie en changeant leurs pratiques agricoles. En effet, les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à convertir leur exploitation en production biologique ou agro-écologique dans l’optique d’une agriculture soucieuse de l’environnement et respectueuse de la santé. Au 31 décembre 2015, la Wallonie comptait 1347 fermes biologiques, soit 10,5% de fermes wallonnes, ce qui représente une ferme sur dix. Une autre façon d’augmenter leur revenu est de diversifier leurs activités. De nombreux agriculteurs décident d’installer un gîte, de faire une ferme pédagogique ou encore se lancent dans la transformation de produits… Nous pouvons également remarquer qu’ils essayent de mettre en place de nouvelles initiatives de production et de commercialisation favorisant le circuit court, les coopératives ou la vente directe à la ferme ", explique Entraide et Solidarité.

En Région wallonne, Entraide & Fraternité souhaite un nouveau système agroalimentaire durable et que l’agriculture soit renforcée. " Elle mérite d’être protégée et soutenue au Nord comme au Sud. En Région wallonne, les agricultures dites " conventionnelles ", " biologiques " ou encore celles qui développent des pratiques mixtes sont toutes des agricultures familiales. Alors, plutôt que d’opposer les agricultures familiales entre elles, tentons de comprendre les défis qui se posent à elles dans un avenir proche – qui voit se dessiner la reconfiguration de la Politique Agricole Commune - et ainsi, mieux identifier les enjeux communs dans ce cadre ", concluent-ils.