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Faut-il continuer à faire son jogging en période de confinement ?

Gilles Goetghebuer, le chroniqueur sports du 6-9 ensemble a livré son opinion sur une question qui en fait transpirer plus d'un : peut-on courir en période de confinement ? Voici quelques éléments d'analyse.

De nombreuses règles ont été instaurées par le gouvernement pour garder la distanciation sociale et éviter la propagation du covid-19.

Parmi celles-ci, celle de ne plus pratiquer de sport en groupe sauf le jogging ou la marche à deux maximum.

Mais le fait de courir augmente la distance possible de la projection des postillons qui peuvent contenir le virus. Alors peut-on vraiment courir en confinement ?

Un débat qui court toujours

Gilles Goetghebuer lance le débat : "C'est un vrai point de crispation". De fait on retrouve deux points de vue : "ceux qui sont pour un respect stricto sensu du confinement et ceux qui sont plus libertaires et qui veulent continuer à faire du sport en extérieur".

Le chroniqueur reprend une phrase du philosophe Blaise Pascal avec laquelle seraient d'accord notamment les épidémiologistes : "Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre".

Mais des problèmes autres que le coronavirus peuvent découler d'un tel confinement, comme l'augmentation du nombre de dépressions ou encore de violences conjugales.

"Chacun envisage le problème à l'aune de sa spécialisation" résume alors Gilles. Ainsi, l'avis du pédopsychiatre Richard Delorme se situe de son côté en faveur d'un confinement moins strict puisqu'il a récemment assuré à France Inter : "Il faut que les enfants sortent si on ne veut pas qu'ils deviennent complètement fous".

Si dans la majorité des cas les joggeurs respectent les règles du confinement tout en pratiquant leur sport et les personnes qu'ils croisent aussi, il arrive certains dérapages d'un côté comme de l'autre comme ces joggeurs qui se font insulter par des personnes depuis leurs fenêtres rapporte le Huffington Post.

Allier course et mesures de distanciation

Quels sont les arguments des deux côtés ? "Les coureurs suscitent une certaine crainte chez ceux qui les croisent" par exemple selon le chroniqueur du 6-9 ensemble. Ces personnes-là ont peur d'être contaminées par les coureurs lors de leur activité sportive. De fait, "lorsque l'on fait une activité physique, la ventilation pulmonaire augmente de manière significative avec lors de l'expiration, un rejet de micro gouttelettes" précisait Jean-François Kaux, chef du service de médecine physique au CHU de Liège.

Pour Gilles Goetghebuer, qui se positionne plutôt en faveur des joggeurs, il faut nuancer. Pour les coureurs, il ne faut pas "renoncer à leur passion mais vraiment respecter les distances et même les doubler et les tripler comme on respire intensément".

Parmi les solutions envisagées, il faut selon lui bien choisir son heure de sortie mais aussi son itinéraire, en privilégiant peut-être les heures de course et un tracé moins fréquentés. Si vous courez plusieurs fois par semaine, ralentissez toutefois le rythme en cette période pour ne pas engorger les rues tant en ville qu'en campagne, une à deux fois semaine suffirait amplement.

Les coureurs doivent par ailleurs arrêter de cracher par terre et de se moucher avec les doigts selon Gilles, pratiques habituellement répandues comme en cyclisme. Mais le plus important à suivre, "si on a le moindre doute sur une contamination on suspend l'entraînement" demande le chroniqueur.

Avec de telles conditions, le risque d'accident serait minime assure Gilles, reprenant un avis du Docteur Philippe Devos, chef des soins intensifs au CHC de Liège et président de l'Association belge des syndicats médicaux Absym : "Le risque n'est pas supérieur à celui obtenu quand on va faire ses courses ou travailler".

Une sortie pour courir est donc identique à toute autre sortie nécessaire : une fois rentré, n'oubliez pas d'abord de vous laver les mains !

Habitués de la course à pied

Le risque dont parle le Docteur Devos est à première vue moins grand car le contact entre les personnes sera de très courte durée contrairement aux transports en commun ou dans les commerces par exemple.

Marc Francaux, professeur en physiologie de l'exercice à l'UCLouvain estime toutefois qu'il est imprudent de courir à deux. Il affirmait dernièrement au micro de la RTBF que quand "on produit un effort, on ventile beaucoup plus, l'expiration est beaucoup plus importante et les aérosols qui peuvent contenir le virus sont projetés beaucoup plus loin, à plusieurs mètres". La distance sociale doit ainsi être bien plus large qu'ailleurs pour éliminer toute malchance de transmission du virus.

L'activité sportive reste malgré tout conseillée en période de confinement estime Jean-François Kaux : "Quelqu'un qui ne s'entraîne pas du tout aura plus de risque de développer une maladie que quelqu'un qui s'entraîne légèrement".

Ce médecin insiste toutefois sur la dangerosité d'un entraînement intensif, notamment chez les sportifs de haut niveau. Aller au-delà de ses capacités physiques épuisera votre organisme "et on risque d'avoir une diminution de l'activité du système immunitaire qui nous protège contre les virus notamment".

Comment savoir si vous vous mettez dans le rouge ? Pour Sophie Demanez, cardiologue du sport, l’activité sportive et modérée consiste à 3 à 5 heures de sport par semaine. Au-delà, vous êtes dans le sport à haute intensité.

Pour les habitués, la course c'est oui, mais pour garder la forme et ne pas augmenter ses performances.

Ne pas se mettre au jogging

Si par contre vous n'êtes pas un habitué du jogging, pour rappel, le confinement ne doit pas être une raison pour s'y mettre.

Le professeur Marc Francaux assure que "toute activité physique inhabituelle ou intense fatigue le corps et affaiblit le système immunitaire".

Pensez aux autres donc, vous aurez largement le temps de vous mettre au jogging après le confinement !

François Saint-Amand