Namur 5000

Un petit dispositif namurois s'apprête à révolutionner les nuits de milliers de Belges, si l'Inami le veut

Quelques grammes, une petite bande adhésive, un peu d’intelligence artificielle et voici « Sunrise », le nouvel appareil révolutionnaire dans l’analyse des apnées du sommeil depuis… son domicile. Développé le long de la Chaussée de Marche, certifié par des experts médicaux internationaux, auréolé d’un prix d’innovation aux Etats-Unis, ce dispositif médical offre à votre médecin les clés pour régler vos problèmes de sommeil.

Jusqu’à présent, les tests de sommeil sont réalisés principalement en milieu hospitalier. Les patients qui souffrent de troubles du sommeil passent une à deux nuits sur place. Ils sont installés confortablement dans une chambre prévue à cet effet, bardés de câbles et capteurs visant à mesurer précisément un certain nombre de paramètres médicaux.

Cette pratique subit ces dernières semaines une fameuse révolution : Sunrise. Il s’agit d’un petit dispositif médical qui est arrivé sur le marché fin 2019.

Son objectif ? Permettre à tout un chacun de réaliser à domicile un examen partiellement semblable à une polysomnographie, avec bien moins de contraintes.

Un test miniaturisé

Avec Sunrise, les nombreux câbles et capteurs tiennent désormais dans un tout petit dispositif technologique à maintenir scotché au menton le temps d’une nuit. Connecté en Bluetooth à votre smartphone, il analyse de très nombreux paramètres médicaux relatifs à la qualité de votre nuit.

" Les médecins et les scientifiques estiment que cette mesure constitue le moyen le plus économique et pratique pour diagnostiquer les apnées du sommeil ", rapporte le Journal du Médecin. Une affirmation partagée par le Pr Mélanie Strauss, spécialisée en neurologie cognitive, en médecine du sommeil et en électrophysiologie à l’hôpital Erasme. " Je trouve Sunrise très intéressant. Les nouvelles technologies permettent aujourd’hui de développer des outils ambulatoires qui enregistrent le sommeil de manière écologique et qui sont relativement fiables. De plus, il permet de voir les liens entre les mouvements mandibulaires et l’entrée dans le sommeil, tout en mesurant son temps ", le Pr Strauss.

Pour autant, Sunrise ne remplacera pas encore la polysomnographie en hôpital pour deux raisons. " D’une part, car nous réalisons également d’autres analyses pour offrir un diagnostic complet telles que l’électroencéphalographie, l’électroencéphalographie ou encore l’électrooculographie. Et d’autre part, car les traitements ne sont remboursés par la mutuelle que si l’examen a été réalisé en milieu hospitalier. Ce genre de capteur n’est donc pas concerné, même si ses résultats sont éclairants quant à l’existence d’apnée du sommeil pour certains patients ", explique la médecin française qui travaille à Bruxelles.

Pour 89€, Sunrise permet déjà à son utilisateur et son médecin traitant d’avoir des premières indications sérieuses sur les problèmes de sommeil. Ce dernier peut ensuite recommander à son patient un examen plus approfondi en hôpital. Le tarif sera néanmoins bien différent.

La connaissance précise des éventuels problèmes de sommeil est un enjeu de santé publique

La société namuroise se plait d’ailleurs à rappeler sur son site Internet qu’en 2016, la revue The Lancet publiait que le risque d'apnée du sommeil augmentait avec l'âge : dès 40 ans, près d'1 homme sur 2 et 1 femme sur 4 sont concernés. Une donnée appuyée par le Centre Fédéral d’Expertise des soins de santé qui dévoiler que 140.000 Belges sont à l’heure actuelle traité pour des apnées obstructives du sommeil.

Mais qu’en est-il des patients non diagnostiqués ?

Les conséquences à long terme ne sont pas à négliger : risque d’AVC, dépression et anxiété, maladies cardiovasculaires, cancers ou encore diabète. Il existe pourtant des traitements accessibles et qui ne sont pas toujours contraignants.

Il semble donc urgent de mieux considérer et mieux traiter ce problème majeur de santé publique.

Une position partagée par le Centre Fédéral d’Expertise des soins de santé qui propose quelques pistes pour réorganiser la prise en charge du syndrome d'apnées obstructives du sommeil et son financement. Les bénéfices sont pour le centre nombreux : la prise des mesures nécessaires au domicile du patient est beaucoup plus confortable et plus proche des conditions normales de sommeil et de plus, cela représenterait aussi une économie considérable pour les soins de santé. Des arguments battus en brèche par des nombreux pneumologues flamands et plusieurs hôpitaux.

Nul n’est prophète en son pays

Pour Pierre et Laurent Martinot - les deux entrepreneurs namurois à l’origine de Sunrise Sleep - le fait que la Belgique soit l’un des deux seuls pays d’Europe à ne pas avoir démocratisé et plébiscité les tests du sommeil à domicile, n’est pas un obstacle en soit. A partir du 2e trimestre 2021, 14 centres d’analyse du sommeil en France vont utiliser Sunrise pour poser des diagnostiques d’apnée obstructive. " L’Etat français a marqué son accord pour le rembourser, en collecter les données et les vérifier. C’est un gros Milestone pour notre petite société. Si les résultats sont concluants, l’utilisation et le remboursement du dispositif Sunrise seront étendus à l’ensemble de la France ", se réjouit Laurent Martinot.

Quant à la Belgique, il faudra encore patienter. La convention OSAS (syndrome d'apnées obstructives du sommeil) entre l’Inami et les centres du sommeil doit être revue. Avec la crise sanitaire actuelle, le Centre Fédéral d’Expertise des soins de Santé, auteur du rapport qui propose de favoriser l’approche à domicile pour les apnées du sommeil, ne dispose pas encore de calendrier.

Laurent Martinot, co-créateur et CEO de Sunrise est optimiste : " Il y a un travail qui est en cours : une réflexion au sein de l’Inami. Mais ce qui est déjà une excellente nouvelle, c’est le fait que le ministère de la santé en Belgique ait mis en place une plateforme pour les applications de santé reconnues : mHealthBelgium. C’est très prometteur ".

Preuves s’il en fallait que la technologie révolutionne déjà partiellement les diagnostiques et traitements médicaux. La suite au prochain épisode.

Aurore Peignois