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Projet Care-YS à Namur : un agriculteur résiste à l'expropriation

Sur le plateau de Bouge, entre la rue Hébar et la Clinique Saint-Luc, Damien Lambert, un agriculteur namurois, possède 60 ares de terres cultivables, et en loue près de 10 hectares au CPAS.

Des terrains sur lesquels sa famille travaille depuis plus d’un siècle, et où la terre, paraît-il, est d’une qualité exceptionnelle. Mais, ce dimanche, il y a semé du froment pour la toute dernière fois.

"Après ma récolte au mois d’août prochain, on commencera à bétonner, et les gens mangeront des cailloux", ironise l’agriculteur. En effet, le projet de parc d’activité Care-Ys, dédié aux soins de santé, doit sortir de terre en 2021-2022. Initié par le Bureau économique de la Province (BEP) en 2014, ce projet de 13 hectares, qui est déjà passé par plusieurs étapes administratives, dont l’enquête publique, en est à la phase des acquisitions de terrain. Des expropriations reconnues d’utilité publique par la Wallonie, et qui s’accompagnent d’indemnités financières, y compris pour les pertes locatives.

Pas d’argent, mais de la terre

Sauf que l’argent, Damien Lambert n’en veut pas. "Un agriculteur ne vend pas sa terre, il vit dessus. Si j’avais atteint l’âge de la pension, je prendrais les sous et je m’en irais. Mais ce n’est pas le cas." Surtout que derrière lui, trois fils sont prêts à reprendre les affaires. L’aîné, Martin, étudie l’agronomie, et tient beaucoup aux terrains que sa famille cultive depuis 4 générations. "J’avais 8 ans quand j’ai commencé à travailler dans ces champs. Les gens qui se promenaient sur le chemin téléphonaient à mon père pour lui dire que le tracteur roulait tout seul. Mais non : c’étaient les gamins qui étaient au volant ! Ce sont des souvenirs importants, et ça me fait mal au cœur de savoir que mes enfants ou ceux de mes frères ne pourront pas les reproduire."

Concrètement, Damien Lambert, qui estime que la construction du parc d'activité va réduire de 15% ses terres cultivables, souhaite donc être indemnisé en terrains, pas en argent. "On me prend mon outil de travail, je pense que la meilleure des choses serait de m’en remettre un. Je parle bien d’un système d’échange, où je récupérerais des terres de la même qualité." Un procédé qui n’est pas prévu dans la procédure d’expropriation, même si le BEP rappelle que chaque hectare de terre agricole pris doit être compensé par la création d’un nouvel hectare similaire quelque part en Wallonie. Le BEP explique par ailleurs que si une expropriation administrative à l’amiable n’est plus possible, une phase judiciaire doit être enclenchée. Autrement dit : c’est devant un juge de paix que l’agriculteur devra bientôt plaider sa cause. Ce qui ne semble pas l’effrayer…

Louis Matagne

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