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Palais de justice évacué à Namur: la police priée de ne plus envoyer de nouveaux PV au parquet

Les travaux de mise en conformité du palais de justice de Namur ont commencé mais il faudra sans doute encore au moins quelques semaines avant que les services de la justice puissent réintégrer leurs locaux évacués en urgence la semaine dernière.

Le palais fonctionne donc au ralenti et le parquet a demandé aux zones de police de ne plus lui envoyer de nouveaux procès-verbaux pour l’instant, sauf pour les affaires les plus graves. Idem pour les pièces à conviction. Il n’y a pas de place à Namur pour les stocker, ni de personnel suffisant pour traiter les dossiers.

Les malheurs de la justice namuroise ont donc aussi un impact sur le travail des policiers. "Nous avons déjà l’obligation d’archiver pas mal de dossiers au commissariat, explique Claude Bottamedi, chef de corps de la zone Orneau-Mehaigne et représentant de toutes les zones de police de l’arrondissement. Mais ce qui se passe ici, c’est une démultiplication du travail administratif qui nous incombe en la matière. Donc immanquablement, le temps que nous allons passer à ça, nous ne le passerons pas à d’autres missions. Et cela aura des conséquences lourdes aussi sur le service que le citoyen est en droit d’attendre, parce que les dossiers que nous ne transmettrons pas ne seront pas traités par la justice."

Arriéré judiciaire et classements sans suite

Inévitablement, l’arriéré judiciaire va encore s’accentuer. "A partir du moment où une solution transitoire sera trouvée, dans quelques semaines j’espère, au pire dans quelques mois, poursuit Claude Bottamedi, cela veut dire qu’on va ouvrir les vannes et envoyer les PV qu’on aura stockés. Je ne vois pas comment le parquet pourra résorber tout cela, sachant qu’il manque déjà de personnel. Une des conséquences, je pense, ce sera une accentuation des classements sans suite. Ce qui est aussi démoralisant pour le policier de terrain qui est quand même chargé d’une administration assez lourde lorsque des plaintes sont actées, et qui finalement apprend que tout cela ne servira pas à grand-chose."

Le procureur du Roi, Vincent Macq, est bien conscient de la difficulté, mais il renvoie la balle au politique. "C’est clair qu’on va tout à coup se retrouver avec un énorme arriéré. J’ai l’intention d’interpeller le ministre de la justice par rapport à ça pour qu’il me donne les moyens, dès que nous retournerons dans le palais, de faire face à cet arriéré qu’il aura créé, où en tout cas que l’exécutif aura créé. Notre expulsion du palais de justice est une conséquence d’une mauvaise gestion des bâtiments publics dont nous ne sommes pas responsables. On nous met dans l’impossibilité aujourd’hui de faire autre chose que la gestion des urgences, c’est catastrophique."

Un an pour résorber le retard?

Le procureur du Roi espère pouvoir réintégrer le palais pendant les vacances de fin d’année, ce qui représenterait tout de même un mois d’arriéré. "Un mois d’arriéré, ce sont des milliers de dossiers qui ne sont pas traités. Si on a du renfort, il nous faudra quelques mois pour résorber tout cela. Si on n’en a pas, il nous faudra au moins un an pour sortir la tête hors de l’eau. Ou alors, mesure radicale, nous classerons sans suite une série de procès-verbaux."

Concernant les travaux au palais de justice, une importante réunion de chantier aura lieu ce vendredi, en présence des plus hauts responsables du ministère de la Justice et de la Régie des Bâtiments.

Hugues Van Peel

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