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"On ne devrait pas punir les filles parce qu'elles s'habillent comme ça", le #lundi14septembre s'est aussi invité dans nos écoles

Le mouvement est né en France et a rapidement fait tache d’huile sur les réseaux sociaux, y compris en Belgique.

Le #lundi14septembre a invité les jeunes filles à faire fi du sexisme ambiant et à se présenter à l’école dans la tenue de leur choix. "Habillez-vous de manière 'indécente'. Osez les crop tops, les jupes, le maquillage. C’est le moment de riposter contre leurs propos sexistes", indique le message largement partagé sur Instagram ou encore TikTok. Il fait référence à des incidents qui se sont produits dans des écoles françaises. Mais la chaleur inhabituelle de ce milieu du mois de septembre a d’autant plus incité des élèves belges à suivre le mouvement.

On m’a dit que ma tenue était provocante et n’était pas appropriée pour l’école !

Pendant la pause de midi, aux abords de la Grand-Place de Nivelles nous croisons de nombreuses jeunes filles dans des tenues qu’elles ne mettent habituellement pas pour aller en classe : shorts courts, minijupes, robes légères, tops à bretelles ou dévoilant le ventre. Des vêtements en principe interdits par le règlement d’ordre intérieur de leur établissement.

"On m’a dit que ma tenue était provocante et n’était pas appropriée pour l’école !", témoigne une demoiselle en petite robe d’été à fine bretelle. Elles sont plusieurs à avoir reçu ce genre de remarques. Certaines ont même été invitées à changer de tenue.

"On ne sanctionne pas directement une tenue inadéquate par rapport au règlement, on va plutôt demander aux élèves de se changer, confirme Caroline Lalière, directrice du collège Sainte Gertrude. Mais il faut un règlement pour éviter l’escalade dans les tenues. C’est plus simple de mettre un cadre".

Tenue sobre, décente et adaptée

Selon les établissements, les règlements d’ordre intérieur sont plus ou moins précis en ce qui concerne la tenue vestimentaire. Il est question de "tenue sobre et correcte, classique, décente ou encore adaptée aux activités…" Pour beaucoup d’établissements, pas question de laisser apparaître trop de peau ou les sous-vêtements, pour les filles comme pour les garçons d’ailleurs. Certaines écoles vont aussi jusqu’à préciser la longueur minimale des jupes et des shorts, qui varie entre 10 et 15 cm au-dessus du genou. C’est le cas à l’institut de la Providence à Champion. "Ce règlement a été élaboré en coopération avec le conseil des étudiants, les parents et les professeurs avec pour objectif de trouver un juste milieu, remarque son directeur, Olaf Mertens. On est dans un cadre où on a 1240 jeunes de 12 à 18 ans. Il y a donc des règles à respecter".

Éduquer au respect

Ce directeur s’étonne cela dit de l’ampleur du mouvement, et de l’amalgame fait par certaines élèves entre le sexisme de rue et les règles en vigueur dans l’école. "C’est un amalgame entre une volonté d’être respectées dans leur féminité et le fait qu’on ne puisse pas arborer certaines tenues à l’école et que, du coup, on est contre le règlement de l’école", observe Olaf Mertens, qui précise que son établissement fait preuve d’une certaine tolérance lors de fortes chaleurs et que ces élèves n’ont pas été sanctionnées.

Mais ce règlement ne vise-t-il pas parfois aussi à protéger les jeunes filles d’une forme de harcèlement de la part de leurs condisciples ? "Je pense que certaines tenues peuvent engendrer des remarques de la part des garçons. Mais ce qui est le plus important, c’est d’en parler lors de certains cours, d’éduquer les élèves pour éviter que ça ne se reproduise", note Caroline Lalière. Certaines élèves ont d’ailleurs ce type de revendication : "On ne devrait pas punir les filles parce qu’elles s’habillent comme ça. On devrait plutôt éduquer les garçons. Ils seraient soi-disant excités quand ils voient un ventre ou une épaule ? Il faudrait un peu les éduquer !" Certaines n’ont cela dit pas suivi le mouvement, de peur des remontrances ou parce qu’elles estiment elles mêmes que ces tenues ne sont pas appropriées pour l’école.

Stéphanie Vandreck

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