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L'onco-esthétique, la beauté comme accompagnement face au cancer

Chimio-, radio-, immunothérapies… les traitements contre le cancer provoquent de nombreux effets secondaires sur les patients.

 " Ces derniers souffrent au niveau des ongles, de la peau. Certains perdent leurs cheveux, leurs cils, leurs sourcils ", nous explique le Docteur Bernard Willemart, Chef du Service d’Onco-Hématologie, Radiothérapie et Médecine nucléaire au CHU de Namur. " Il est donc important de pouvoir restaurer l’image de soi des patients par le biais des soins esthétiques spécifiques ".

Des soins esthétiques bien spécifiques

Cédrine Gorreux, Esthéticienne sociale, nous éclaire : " les produits utilisés sont différents en oncologie. On retrouve des problèmes cutanés causés, par exemple, par la chimiothérapie, et donc les produits et actifs traditionnels ne peuvent pas être utilisés. Ce sont des soins très spécifiques, et c’est très important de bien faire la différence. "

Quand on lui demande un exemple concret, de cette différence entre l’esthétique classique et l’onco-esthétique, elle nous dit " qu'on ne fera pas la même manucure en esthétique classique qu’en sociale, parce que les produits attaquent ce qu’on appelle les phanères et détruisent complètement les ongles. Et donc, les disciplines sont totalement différentes à ce niveau-là. "

Le métier d’esthéticienne sociale

L’onco-esthétique fait partie intégrante du métier de Cédrine. Esthéticienne de formation, elle décide en 2009 de faire une spécialisation et de se lancer dans le social. Deux ans plus tard, elle crée Le Temps d’un Instant, une ASBL qui propose des soins esthétiques aux personnes malades, et celles en difficulté psychologique et sociale. Elle s’adresse donc, non seulement aux personnes atteintes de cancer, mais aussi à celles en grande précarité, aux victimes de violences ou de maltraitances, etc. Avec toujours le même objectif : leur offrir des moments de bien-être et une meilleure estime de soi.

" L’esthétique sociale offre des moments de lâcher-prise et de relaxation. Avec les patients, nous échangeons beaucoup de conseils, des sourires, des mercis, des histoires de vie, des anecdotes… " et Cédrine aimerait forcément que ça perdure. " Et pour ça, forcément, l’ASBL compte sur le soutien de nombreux bénévoles. " Du coup, Cédrine mène le même combat depuis 10 ans : elle informe et sensibilise autant qu’elle peut le secteur médical et le grand public.

Centre de médecine intégrative

Deux jours par semaine, c’est au centre l’Essentiel que Cédrine installe sa bulle d’oxygène. A deux pas de la clinique Sainte-Elisabeth à Namur, dans l'ancien Couvent des Sœurs ursulines.

L’Essentiel existe depuis mars 2019. Il a déjà accueilli plus de 430 patients depuis sa création. C’est " ulieu convivial, chaleureux, unique en Province de Namur, qui accueille les patients confrontés au cancer, et ce, quel que soit leur centre de traitements ", nous explique Virginie Fontaine, Coordinatrice. Un espace " comme à la maison " qui propose ce qu’on appelle de la médecine intégrative. D’après le docteur Willemart, " c’est une médecine qui découle de la définition de la santé par l’OMS, à savoir un état alliant le bien-être physique, qui englobe les soins médicaux et paramédicaux, et le bien-être psychique… et ça c’est ce que nous apportons à l’Essentiel. "

" Nous proposons des activités individuelles, comme le massage, les soins esthétiques, la réflexologie plantaire, auxquelles les patients peuvent assister jusqu’à trois mois après la phase de traitements, parce que c’est le moment où l’on a besoin de retrouver son corps, retrouver son image et son estime de soi ", précise Virgine Fontaine, avant de rajouter que " le centre propose aussi des activités collectives, du yoga, de l’aqua gym, de la marche nordique, de l’onco-revalidation, de la sophrologie, des groupes d’auto-hypnose et des ateliers culinaires. "

Selon le docteur Willemart, " c’est important pour les patients qui sont pris en charge en oncologie, de recevoir des soins non seulement esthétiques, mais également toute une large gamme de soins qui permettent d’apporter un bien-être psychique au patient. Parce qu’à côté d’un bien-être physique – c’est ce qu’apportent les oncologues, les radiothérapeutes – il est vraiment important que les patients se sentent bien, soient en phase avec leurs traitements et avec le reste de leur vie. "

Une affirmation confirmée par Florence, une patiente du Centre. " Venir au Centre m’apporte du calme, de la sérénité. Ça me permet de me relaxer. De prendre un temps pour moi. De discuter en toute simplicité des choses de la vie. Des moments parfois un peu plus difficiles aussi. Partager mes interrogations. Demander des petits conseils. Ça me fait du bien. "

« Nous vivons grâce aux dons »

Tant l’ASBL Le Temps d’un Instant, que le Centre l’Essentiel ne vivent que grâce aux dons. Et, c’est une quête sans relâche. Les deux ASBL œuvrent au quotidien, pour informer, sensibiliser et conscientiser les professionnels de la santé et le grand public. Nous nous sommes engagés à améliorer la vie quotidienne des patients et c’est une grande responsabilité ", nous dit Virginie Fontaine. Et la coordinatrice de rajouter : " pour vous donner quelques exemples, l’aménagement des locaux a été possible grâce au fonds Emile Salamon. Notre cuisine, nous a été offerte par un cuisiniste namurois. Nous travaillons avec une vingtaine de bénévoles. Au niveau des soins, les professionnels, comme Cédrine, sont payés 2 euros par prestation. Une rémunération symbolique qui nous permet par exemple de payer le café ou du matériel logistique. Peu importe le montant du don, c’est une pierre à l’édifice. "

Pour contacter Le Temps d'un Instant : www.esthetiquesociale.be

Pour contacter le Centre l'Essentiel : www.lessentiel-namur.be

Véronique Wese

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