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Globe Throttle, de vieilles motos en import-passion

Sophie et Greg ont combiné leurs passions pour se lancer dans l’import et la vente de motos vintage dénichées au Canada.

Depuis qu’il est haut comme trois carburateurs, Greg De Bruyn est un fan absolu de motos, de toutes sortes de motos. " J’ai toujours aimé cela, confirme-t-il. Ma première mobylette, j’ai dû la recevoir de mon père quand j’étais en 5e ou 6e primaire. J’en ai eu un million sur lesquelles j’adorais chipoter en permanence avant d’acheter ma première vraie bécane vers mes 18 ans. "

De son côté, sa compagne, Sophie Libion, y est venue sur le tard, à l’occasion d’un voyage d’un an en Australie, dont est notamment né un bouquin passionnant (*). " J’étais davantage fan de voyages et là-bas, alors que je bossais dans une ferme à moutons dans le bush australien, le patron utilisait un quad et m’a demandé si j’avais déjà roulé et si je voulais essayer. Je lui ai fait croire que oui, j’ai tout de suite adoré et n’ai plus jamais décroché. Par la suite, dans une ferme à vaches cette fois, je faisais tous mes déplacements à moto. Quand je suis rentrée en Belgique, j’ai acheté une petite 125 et on s’est rencontrés comme cela, Greg et moi. La moto, c’est un peu le fil rouge de notre existence. On aime bien l’ambiance un peu rock&roll qui accompagne ce milieu. "

Un jeu de mots pour initiés

Tous deux âgés d’une bonne trentaine d’années, Sophie et Greg ne sont pas qu’un couple solide. Ou plus uniquement, en fait. S’ils ont un " vrai " métier à côté - vidéaste pour elle, terrassier pour lui -, tous deux se sont associés pour se lancer en activité complémentaire rassemblant leurs deux passions, privilégiant du coup l’import de motos vintage.

Le nom de leur société ? Globe Throttle ! " C’est un jeu de mot qui nous a tout de suite plu, avance Sophie. " Throttle ", en anglais, fait référence aux manettes de gaz d’une moto, et, si on le rallie au fameux " Globe-trotter " comme on nous appelle encore souvent, il y a un clin d’œil avec le voyage. Ceux qui ne sont pas dans le milieu de la moto ne saisissent pas directement la subtilité. Quelque part, c’est un signe de ralliement sympathique. "

Ces bécanes, qui peuvent être de toutes sortes et de toutes origines – américaines, japonaises, britanniques… -, ils vont les chercher eux-mêmes au Canada et les en ramènent en container afin de les revendre en Belgique, sur un marché où elles sont fort recherchées.

L’idée, à la base saugrenue, leur est venue un peu par hasard, lors de leur voyage itinérant d’un an effectué au Canada il y a quelques années. " Un soir, alors qu’on s’apprêtait à dormir le long de la plage dans notre Camper, un jeune est arrivé près de nous avec sa Harley et nous a parlé d’un mini rassemblement de motos qui devait se tenir en Ontario, expliquent-ils en chœur. On a eu du mal à trouver l’endroit parce qu’ils ne faisaient pas de pubs, qu’ils n’avaient pas de site internet. Malgré tout, on est allé dans le camping dont il nous avait parlé demander si c’était bien ici qu’il allait avoir lieu. Le problème, c’est que le mec qu’on a rencontré n’était pas au courant. On s’est dit qu’on n’était pas au bon endroit, ou pas le bon week-end mais, heureusement, une gonzesse nous dit qu’on est juste un jour en avance. "

Une vie « à l’arrache », passionnée et passionnante

Sur place, le jeune couple de Belges explique la raison de sa présence dans ce coin reculé du pays et passe, selon ses dires, une " sale soirée " à refaire le monde et à parler de motos avec des " vieux sauvages qui roulaient tous en Chopper ", comme le précise Greg. " Même au fin fond d'une chopper party, on continuait à parler bécanes et du coup, ça nous a donné des idées".

L’idée d’exporter le concept et de le remettre à la sauce belge fait alors petit à petit son chemin même si les obstacles sont nombreux. " En tout, précise encore Greg, cela nous a pris près d’un an. Sophie a dû envoyer des centaines de mails parce que le milieu de l’importation est assez fermé. Il a fallu tout chercher par nous-mêmes, faire nos propres expériences. On a créé un listing d’un million de modèles avec un million de prix différents, il a fallu analyser le taux de change, les frais d’importation. "

Par moments, malgré l’envie de faire de cette passion un business complémentaire, le découragement n’est pas loin. " On a une vie " à l’arrache ", pas une vie de rêve mais on vit des trucs de fous, en rencontrant des passionnés de motos comme nous, en partageant des moments incroyables. Au Canada, on devait sillonner les routes avec notre pick-up qui consommait 23 litres/100, ce qui cramait le peu d’argent qu’il nous restait. Si on arrivait à trouver un job qui paie bien pendant tout l’hiver, alors on pouvait envisager de poursuivre notre rêve. On a eu la chance de le décrocher dans une ferme laitière dont le proprio nous hébergeait afin de nous éviter de loger en plein hiver dans notre Camper. On lui a dit au proprio qu’on voulait bien travailler pendant 3-4 mois chez lui, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 à la seule condition qu’il nous laisse aller chercher les motos qu’on continuait de trouver à gauche et à droite. Il l’a accepté et nous a prêté un hangar où on pouvait les entreposer en attendant notre retour au pays. "

Pas uniquement du business

Après avoir acheté une petite dizaine de motos et terminé leur périple, le couple doit se charger de leur rapatriement en louant d’abord une énorme remorque pour rallier Montréal puis en confiant leur(s) trésor(s) de guerre à un transporteur qui se charge de le(s) leur ramener en Belgique par bateau. " On avait toutes nos économies dans ce container alors, forcément, quand on a pris l’avion pour Bruxelles, on était un peu stressés, confie Greg.

De retour en Belgique, les motos se vendent pourtant très rapidement, " sans doute aussi un peu parce qu’on ne connaissait pas vraiment les prix du marché ", s’amusent-ils aujourd’hui. Cette fois, même s’ils sont à peine rentrés dans leurs frais, ils en sont sûrs : cela les incitera, quelques mois plus tard, à réembarquer à destination du Canada afin de rechercher d’autres motos d’exception, 18 au total, des ancêtres généralement en bon état et sur lesquels il est facile de faire un peu de mécanique. Plus quelques accessoires introuvables dans notre pays.

Mais c’est à partir de ce moment que cette aventure un peu folle, qui est actuellement mise en veille en raison de la pandémie, va prendre une toute autre dimension.

" Notre objectif, explique ainsi Greg en nous montrant quelques rutilants spécimens qui se trouvent dans son entrepôt situé dans la région de Jemeppe-sur Sambre, ce n’est certainement pas de faire du business pour faire du business. Nos clients sont souvent des personnes de 60 à 65 ans qui ont eu à un moment donné de leur vie ce genre de motos-là, ou qui en ont rêvé quand ils étaient jeunes et qui ont désormais les moyens de s’en payer une. Ce qui nous anime, c’est la passion de la moto, la possibilité, aussi, de se faire un nom dans ce milieu très ouvert, où on ne juge personne sur son apparence par exemple. Désormais, on a un million d’amis dans ce milieu, qui est très rassembleur. En allant chercher nos motos dans des coins parfois très reculés du Canada, on a croisé des gens exceptionnels, qui ont des histoires extraordinaires à partager. Je me souviens notamment de ce vieux monsieur qui devait avoir plus de 80 ans, à qui on avait racheté une moto qu’il avait acquise en 1978 et dont il était le premier propriétaire. Il avait fait un dernier tour avec elle, sous le regard de sa femme, parce que la moto était trop lourde et dangereuse pour lui. On l’a revendue à un gars de Wépion qui avait pris contact avec lui pour connaitre son historique et lui assurer qu’il en prendrait bien soin. Parfois aussi, on a été invités à manger et à dormir chez des gars perdus au fin fond du Canada qui nous ont solidement testés avant de nous confier leurs bécanes. "

Organisant occasionnellement des journées portes ouvertes dans leur atelier pour vendre leurs motos mais également simplement partager leur passion, Sophie et Greg vivent aujourd’hui pleinement leurs rêves, avec des envies de voyages et de découvertes de grands espaces toujours bien ancrés dans un coin de leur tête. Une vie à cent à l’heure qu’ils n’échangeraient pour rien au monde…

Vincent JOSÉPHY