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Rassurer, expliquer, responsabiliser: comment parler du coronavirus avec les enfants?

Anxiogène, l'épidémie de coronavirus l'est autant pour les adultes que pour les enfants.

Alors pour éviter que ça vire au traumatisme chez les plus jeunes, la psychologue Evelyne Josse distille ses conseils : ça passe par "des câlins et des bisous", mais aussi et surtout par le dialogue.

Pour tout sujet d'actualité brûlant, on pense au terrorisme comme au coronavirus, vous expliquez que l'attitude des adultes est un facteur déterminant de la réaction des enfants ?

"Oui, si les adultes manifestent de l'inquiétude, cèdent à la panique, le monde des enfants devient rapidement un univers dangereux où chacun est vulnérable. Dès lors, si un adulte éprouve une peur intense, il devrait demander l'aide d'un psychologue afin d'éviter de la communiquer à ses enfants. Il appartient aux adultes de rassurer leurs enfants et surtout de ramener le risque d'être touché par le coronavirus à sa juste valeur. A ce stade, le risque d'une contamination est faible et les enfants sont peu sévèrement touchés".

Rassurer l'enfant, mais surtout ne pas nier une réalité qui n'a pu leur échapper ?

"Ils ont regardé les informations dans les médias, entendu les adultes s'inquiéter pour un proche ayant voyagé dans une zone à risque, écouté un enseignant en parler en classe ou encore vu leurs voyages scolaires annulés. Bref, le coronavirus n'a pu leur échapper. Dès lors, la meilleure façon de les aider à surmonter une éventuelle peur est de les convier à l'exprimer. Éluder le sujet les inquiéterait davantage. D'autant plus qu'en les écoutant, l'adulte sera en mesure de savoir ce qu'ils savent de l'épidémie, ce qu'ils ont entendu, ce qu'ils en ont retenu et ce qu'ils en ont compris".

Et ainsi être en mesure de déconstruire d'éventuels fantasmes ?

"Souvent les jeunes enfants mélangent un peu tout. Ainsi, un petit garçon croyait qu'il pouvait contracter le coronavirus en accompagnant ses parents au restaurant chinois, une fillette en bonne santé redoutait de tuer sa grand mère en l'infectant. Ils n'ont pas forcément compris correctement les enjeux et une discussion ouverte peut s'avérer intéressante. En cas de crise, être bien informé, en connaissant par exemple les moyens de prévenir l'infection et sa propagation (se laver les mains, éternuer dans le pli du coude), procure un sentiment de maîtrise de la situation et donc réduit l'état de stress, c'est valable chez l'adulte comme chez l'enfant".


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Faut-il pour autant tout dire ?

"Non, il est absolument inutile de donner des détails sordides, de parler du nombre de morts ou d'étaler les craintes d'une pandémie mondiale incontrôlée. On peut établir un parallèle avec la manière d'expliquer la sexualité, le contenu et la forme du discours varient en fonction de l'âge. On simplifie pour les petits qui ne peuvent pas tout saisir et on se montre plus explicite avec les adolescents qui ont été abreuvés d'informations".

Justement, l'accès aux médias, quels qu'ils soient, doit-il être encadré ?

"Dans la mesure du possible, les enfants de moins de six ans devraient être tenus éloignés des écrans de télévision à l'heure des JT. Les jeunes enfants peuvent être choqués par des informations sans avoir le niveau de langage requis pour en comprendre le contenu ni les mots pour exprimer ce qu'ils éprouvent.

Pour les enfants de six à douze ans, la prudence s'impose également, mieux vaut regarder les informations avec eux et prendre ensuite le temps d'en parler simplement. Inutile de proscrire les actualités, l'interdit risquant d'exercer un pouvoir d'attraction, les poussant à s'informer en catimini.

Enfin, pour les adolescents qui via leurs téléphones portables sont particulièrement exposés aux informations inexactes et tronquées, il est important de leur demander ce qu'ils ont vu et entendu au sujet de l'épidémie, de s'intéresser à ce qu'ils ressentent et encore une fois d'être ouvert à leurs questions".

 

Olivier Rozencwajg

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