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Ré_action : un coup de pouce pour oser s'engager

Ré_action est un programme proposé par la communauté makesense à destination de bénévoles. Pendant cinq jours, les participants reçoivent des ressources, débriefent en groupe et accomplissent des actions d’entraide. En Belgique, trois thématiques sont proposées actuellement : l’alimentation durable, les seniors isolés et l’aide aux sans-abris

La crise sanitaire du coronavirus a suscité chez les Belges l’envie de s’investir pour aider son prochain. Des initiatives citoyennes n’ont en effet cessé de se développer pour fabriquer des masques en tissu ou pour venir en aide aux personnes isolées. Toutefois, il n’est pas forcément simple de se lancer dans l’aventure du bénévolat et de mener des actions concrètes au quotidien… Manque de connaissances, de réseau, de temps… Un coup de pouce se révèle parfois nécessaire pour mettre le pied à l’étrier.

Un coup de pouce, c’est justement ce que propose Ré_action. Ce programme gratuit d’accompagnement a été initié en France par makesense, une communauté internationale composée de citoyens, d’entrepreneurs sociaux et de collaborateurs qui veulent trouver des solutions innovantes aux problématiques actuelles. Implanté en Belgique francophone à la fin du mois d’avril, Ré_action propose ainsi de venir en aide à trois groupes de personnes particulièrement fragilisées par la crise du coronavirus : les personnes sans-abri, les seniors isolés, les petits producteurs locaux. " D’autres programmes sont par ailleurs en préparation, sur le domaine de l’empreinte carbone à partir de début juin et sur le domaine de l’emploi à partir de la mi-juin. " complète Aline Buysschaert, co-coordinatrice de Ré_action Belgique.

Équiper et inspirer

Le programme Ré_action ne dure que cinq jours (du lundi au vendredi) et offre aux bénévoles un cadre reposant sur trois piliers principaux : l’enrichissement de ses connaissances via des outils de réflexion et des ressources recensés par des coordinateurs ; la mise en place d’actions concrètes et simples chaque jour en collaboration avec des collectivités ou des associations de terrain ; le partage de son expérience et de ses idées avec les autres participants en vue de créer une émulation collective. " Le principe, c’est équiper et inspirer. " explique Aline Buysschaert " Puis, des liens assez forts se tissent au sein d’un groupe composé de 8-10 personnes : chacun apporte son expertise personnelle et comprend qu’il prend part à quelque chose de plus grand encore que sa seule action individuelle ".

Concrètement, les participants reçoivent chaque matin un mail sur la thématique choisie avec des défis, des conseils, des articles, des vidéos ou des idées d’actions à réaliser. Via un groupe Whatsapp et des réunions virtuelles d’une demi-heure chaque soir à 18 h, les participants peuvent ensuite échanger sur leur journée et s’inspirer mutuellement par leurs actions quotidiennes. "Si le mouvement commence en ligne, les actions des participants sont en revanche très concrètes dans leur quotidien : collecte de kits d’hygiène, correspondance avec un senior ou participation à des achats groupés solidaires. "

Les coordinateurs de Ré_action insistent également sur la notion de liberté offerte à chaque participant. " Outre la bienveillance inscrite au sein des groupes, nous faisons attention à ne mettre aucune pression : chacun fait à son rythme, agit comme il veut et peut en fonction de sa vie familiale et professionnelle. Nous cherchons à transmettre l’envie d’agir, et non l’obligation d’agir. "

Créer un mouvement solidaire d’engagement citoyen en ligne

Le projet Ré_action invite évidemment les participants à poursuivre leurs efforts une fois la semaine écoulée en utilisant tous les outils et toutes les ressources qu’ils ont pu acquérir. " Ré_action sert à semer les graines au départ, à donner des réflexes d’entraide ou à nouer des relations. Ce qui est souvent difficile, c’est la mise en action. Une fois qu’on a établi des liens de contact, on peut mieux se débrouiller seul et poursuivre des actions initiées pendant le programme. " D’autres participants en profitent également pour découvrir une autre thématique ou devenir eux-mêmes animateurs d’un programme qu’ils ont déjà suivi. " Cette mobilisation crée un effet boule de neige. Le mouvement s’agrandit de cette manière petit à petit. Si on applique une toute petite action à un grand nombre de personnes, cela peut produire une réelle différence. " résume Aline Buysschaert.

Vivre ici a rencontré trois jeunes trentenaires qui ont décidé de se lancer dans l’aventure Ré_action. Tous les trois très satisfaits de leur expérience, ils nous ont partagé leurs motivations et leurs ressentis après avoir pris part à un ou plusieurs programmes.

Colienne — 35 ans — Psychologue

"J’ai choisi de suivre le parcours destiné aux seniors isolés. J’avais envie de contribuer au mouvement de solidarité actuel, d’apporter ma pierre à l’édifice. Les premiers jours, j’ai pu m’informer sur les enjeux du vieillissement et sur les difficultés et les conséquences mentales pour des personnes âgées en cette période difficile. En tant que psychologue, ces aspects m’intéressent évidemment tout particulièrement. Puis, j’ai proposé mon aide aux personnes âgées par le biais d’une pharmacie et j’ai entamé une correspondance avec un résident d’une maison de repos avec l’idée d’entretenir cette relation sur le long terme. J’ai pensé aussi aux personnes âgées dans mon entourage en envoyant par exemple des vidéos à l’arrière-grand-mère de mon fils. Enfin, après le programme, j’aimerais lancer des petites fiches santé et bien-être à destination des seniors. Si chacun entreprend ces petites démarches, nous pourrons recréer du lien entre les différentes générations sur la durée."

Christophe — 32 ans — Consultant en stratégie

"J’ai intégré les programmes alimentation durable/soutien aux agriculteurs et celui consacré aux sans-abris, puis j’ai été mobilisateur pour le premier. J’avais cette envie d’agir, de faire quelque chose, d’avoir un impact pour des causes auxquelles je crois… Souvent, on a ses croyances, mais on ne sait pas comment agir. Là, Ré_action permet aux gens de savoir quoi faire concrètement pour aider. Par exemple, pour le programme alimentation durable, on peut apprendre à faire ses courses différemment et en vrac, à développer de nouvelles recettes avec des produits de saison, à lancer son propre potager ou à intégrer un groupe d’achats solidaires de l’agriculture paysanne (GASAP). Puis dans les groupes, j’ai développé un réseau de nouvelles personnes avec qui je partage une même conscience sur une problématique et des mêmes principes de vie. Mais on y trouve aussi des profils très diversifiés : des novices simplement sensibilisés pour qui le programme est un déclic, mais aussi d’autres participants plus experts qui partagent leurs expériences et qui recherchent cet enthousiasme pour croire à nouveau en leurs principes. Enfin, ce que j’aime dans Ré_action, c’est la liberté octroyée à chacun : le bénévole ajuste son envie de participation à son temps, à sa motivation, aux sujets du jour. Le programme prend donc dans notre la vie la place qu’on a envie de lui laisser."

Ségolène — 30 ans — Monde associatif

"J’ai tout testé! (Rires) D’abord comme participante dans les programmes sans-abri et alimentation durable, puis comme mobilisatrice des programmes seniors et sans-abris. Ce qui m’a plu avec le programme Ré_action, c’est de comprendre l’écosystème local, d’être sensibilisée à une cause, de casser les stéréotypes et de découvrir d’autres formes d’engagement. Puis, le programme rend les bénévoles actifs — ce n’est pas juste de la sensibilisation ou des appels aux dons par mail : nous faisons des actions très simples, très basiques, très concrètes sur une semaine, une demi-heure à une heure trente par jour. Sans pression, sans culpabilisation, avec une dynamique rythmée de groupe. Par exemple pour les sans-abris, j’ai pu aider à collecter des kits d’hygiène (rasoirs, dentifrice, serviettes hygiéniques, etc.) en allant à la rencontre de mes voisins, de pharmaciens et de commerçants de mon quartier. Le programme donne également des clés pour aborder et aider concrètement les sans-abris, y compris ceux qui vivent au coin de sa rue. L’une des forces de makesense et de Ré_action, c’est de contourner la crainte d’un engagement à long terme via des programmes courts qui incitent finalement les participants à poursuivre leurs actions dans la durée."

Pour découvrir Ré_action et vous inscrire aux différents programmes, c’est par ici.

Maxime Maillet