Verviers 4800

Jean-Pol Bollette, passionné de patrimoine et promoteur, veut faire revivre Spintay au plus vite

A 59 ans, fort d’un master en économie politique, conseiller en prévention et en sécurité de chantier, Jean-Pol Bollette, ce Verviétois de pure souche, est aujourd’hui un promoteur immobilier actif sur la place, en particulier dans la rénovation de friches urbaines et industrielles en périphérie.

En réalité, l’homme est un véritable passionné de patrimoine: sa préoccupation est de préserver le bâti de valeur historique et industrielle en transformant par exemple une ancienne usine textile en lieu de détente comme son nouvel Espace 58 et ses différentes salles multifonctionnelles dans le quartier de Renoupré, mais aussi en rénovant les anciens établissements textiles Martin Frères à l’entrée ouest de la Ville où entrepôts pour TPE et PME, bureaux et commerces se côtoieront sur 4000 m². C'est lui aussi qui a racheté un ancien tram verviétois, la motrice Nivelles qui circula de 1907 à 1969 dans les artères de la Ville, afin de la rénover intérieur et extérieur et la replacer à l’Espace 58 non loin de l’ancien dépôt des trams de la rue de Limbourg. Toutes ces initiatives lui ont valu récemment le premier "Award William Cockerill" décerné par le Comité Scientifique d’Histoire de Verviers présidé par l’historien Freddy Joris. Mais le promoteur a les yeux braqués vers un autre dossier d’envergure ouvert depuis des décennies, celui de la rue Spintay ; cette artère située sur la rive nord de la Vesdre, dont l’arrière des maisons donne sur la rivière, était jadis l’une des plus commerçantes de Verviers ; au fil du temps, la rue a perdu tous ses commerces et ses habitants, formant aujourd’hui un chancre urbain dont on ne discerne guère l’avenir immédiat.

City Mall prévoit logements et commerces, mais quand ?

La rénovation de Spintay fait en réalité partie intégrante du projet global City Mall et son promoteur Patric Huon dans le cadre de la construction du complexe commercial urbain "O Quai". Spintay devait faire l’objet d’une revitalisation de son bâti après démolition de nombreux bâtiments, pour y installer un mixte logements/commerces, avec une passerelle enjambant la Vesdre afin de relier les deux pôles de la ville. Mais l’annonce voici peu par les autorités communales verviétoises de laisser tomber le complexe commercial a éclipsé le sort de la rue Spintay, ce qui eut don d’irriter Jean-Pol Bollette : " Verviers dispose de grandes richesses patrimoniales et bon nombre de bâtiments de la rue Spintay ont une réelle valeur, explique-t-il ; je conseille aux Verviétois de lever les yeux en parcourant la rue : on y voit des bâtisses de la fin du 19ème siècle qui doivent pour moi être conservées et remises à neuf ; surtout, ne démolissons pas tout ! Seul, ce qui ne peut être rénové devra être abattu en occupant les espaces libérés intelligemment avec par exemple des espaces verts. Mais actuellement rien ne bouge dans aucun sens. " Et d’ajouter perfidement : " Le projet initié par le promoteur - ou plutôt le prometteur (sic) - M. Patrick Huon soutenu par la Ville de Verviers n’est pas inintéressant avec des commerces et le maintien de certains bâtiments ; on peut s’en tenir au permis qui a été accordé mais il faudrait quand même que M. Huon, s’il veut à un moment que les Verviétois le prennent au sérieux, utilise enfin sa truelle afin de commencer les aménagements tels que le permis lui autorise."

Quai Jacques Brel, Quai des Artistes ?

Mais comment Jean-Pol Bollette voit-il lui-même l’avenir de Spintay : " je pense qu’il faut fixer un nœud gordien entre la rue Jules Cerexhe et le centre-ville par le Quai Jacques Brel, l’idée étant de créer des cellules pour des artistes au niveau du Quai, de créer en Spintay de petits commerces avec des loyers très abordables pour que les gens puissent lancer leurs activités et du logement tel que prévu dans le permis initial."

Pour le promoteur, il y a urgence : le chancre de Spintay ne peut à ses yeux perdurer pour l’image de la ville ; il plaide qu’on passe aux actes dès que possible, que ce soit avec City Mall ou tout autre opérateur.

Philippe Collette

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