Amblève (Amel) 4770

Demain, vivrons-nous dans un monde sans cash?

Dans un bar du centre de Bruxelles, on a essayé de payer notre café avec un billet de 10 euros.

Le serveur a eu une mine surprise en découvrant notre billet. C’est que, ici, on ne prend pas le cash : seules les cartes (et encore, pas les American Express!) sont acceptées. Quand on lui a dit qu’on n’avait pas de carte, il a bien accepté notre beau billet tout neuf. Mais, faute de fond de caisse, il a été forcé de rendre la monnaie en piécettes.

Les raisons pour refuser pièces et billets? Elles sont deux : sécurité (pas de cash implique pas de risque de vol) et traque à la fraude. D'ailleurs, de plus en plus d'établissements refusent le cash.

Ici. Et ailleurs

A Stockholm, le musée consacré à Abba refuse les payements en cash. Paradoxal pour un groupe dont un des plus grands hits est " Money, Money, Money "? Pas tellement : Bjorn, un des fondateurs du groupe, a été victime de cambriolages. Depuis, il est convaincu que, si tous les payements se faisaient par voie électronique, et donc traçable, la criminalité diminuerait.

Mais un monde sans cash, est-ce possible? Et d'abord, en Belgique, refuser le cash, c'est légal?

Pour le savoir, nous avons rendez-vous avec M° Alexis Ewbank. Cet avocat est formel :

En principe non, les commerçants ne peuvent pas refuser les pièces et les billets d’euros, puisque les moyens de paiement en espèce ont cours légal.

Donc, le principe est clair

Un commerçant est tenu d'accepter vos pièces et billets. Mais, à chaque principe ses exceptions. La loi interdit par exemple les payements en cash de plus de 3 000 euros. Et si vous voulez payer votre pain avec un billet de 500, le commerçant peut le refuser. Surtout s’il l’a annoncé via, par exemple, une affichette dans son commerce.

Adieu billets?

Reste que de plus en plus d'économistes rêvent d'un monde où pièces et billets auraient disparu. Un comité officiel français vient carrément d'en faire la suggestion, même si, devant la levée de boucliers que cette idée a entraînée, il s'est dépêché de dire que ce ne serait pas pour tout de suite.

A propos d'économiste, nous avons rendez-vous avec l'un d'eux, Etienne de Callataÿ. Pour lui, le premier avantage de la suppression du cash, ce serait la disparition de l'économie souterraine, le fait que tout le monde paierait le juste impôt.

Mais il voit un deuxième avantage

La suppression du cash pourrait donner plus d‘outils à la Banque Centrale. Si les autorités pensent que, pour enrayer une crise économique, elles doivent décourager l’épargne et encourager la consommation, une manière extrêmement efficace d’y arriver serait d’imposer des taux d’intérêt négatifs : vous laissez de l’argent en banque? Vous perdrez 3 ou 5% par an. Résultat : vous vous dépêchez de consommer puisque, si vous laissez votre argent, votre pouvoir d’achat diminue.

Bank run impossible...

Dans ce scénario, les autorités décident que vos 100 euros placés en banque ne valent plus que 95 euros après un an. Si le cash existe, vous filez à la banque retirer vos sous et les placer sous votre matelas. Si le cash n'existe plus, vous ne pouvez rien retirer et êtes pieds et poings liés : vous DEVEZ consommer.

Mais ça va contre la liberté du citoyen?

On peut penser que c’est négatif, répond l’économiste.  Mais si l’autorité veut mener une politique de relance économique par l’encouragement de la consommation et en pénalisant l’épargne, on peut penser qu’elle le fait pour de bonnes raisons

Un optimisme que ne partage pas Alexis Ewbank

On peut imaginer une société orwellienne dans laquelle tout est absolument contrôlé et rien n’échappe plus au législateur ou aux autorités administratives. Mais on peut douter de la pertinence d’un modèle aussi excessif…

S’en tirer à bon compte?

Et une société sans cash impliquerait que même les plus pauvres aient un compte en banque. Or, d’après une étude récente du SPF Economie, en Belgique, quatre comptes courants sur cinq sont payants. Et les quelques comptes gratuits sont généralement réservés aux moins de 28 ans ou à ceux qui gèrent tout via leur ordinateur ou leur tablette.

Votre shopping de demain

Nous voici chez Worldline, ceux qui gèrent les payements électroniques. Ceux qui réfléchissent également au commerce de demain. D'où la question à Vincent Coussement, directeur commercial pour la Belgique et le Luxembourg : à quoi ressemblerait une journée de shopping dans un monde où le cash se ferait rare, voire aurait disparu?

On peut s’imaginer que, quand on rentre dans un magasin, on est reconnu, parce qu’on a accepté que le magasin nous reconnaisse et qu’on s’est inscrit au préalable via son smartphone. On entre dans le magasin, il nous repère et nous envoie un message de bienvenue. Et on n’a plus qu’à se promener dans les rayons, choisir ce qu’on veut, scanner ses achats et sortir. Résultat : plus de files aux caisses, et une expérience sans friction.

Donc à terme, le cash, c’est fini?

- Je pense qu’il est vraisemblable de se dire que, un jour, nous serons dans une société sans cash, mais ce jour est encore lointain.
- Nos enfants le verront?
- C’est une bonne question… Sans doute que oui.

On n'est pas des Pigeons

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