Bütgenbach 4750

Pourquoi les jeunes profs décrochent-ils aussi rapidement?

Le mois de septembre approche à grands pas et qui dit septembre, dit rentrée scolaire.

Que ce soit pour les élèves ou pour les professeurs. Cependant, tous les enseignants ne retourneront pas dans les classes : une partie d’entre eux sont dégoûtés du métier. Ils témoignent.

Dévalorisation du métier, élèves indisciplinés, charge de travail à la maison, … nombreuses sont les raisons pour lesquelles les jeunes enseignants décrochent. Ils sont d'ailleurs 25% à abandonner la première année et 40% au cours des cinq premières années.

Les profs n’ont pas que des vacances

C’est la remarque qui revient le plus souvent et cet argument a le don d’irriter le personnel enseignant.

Diplômée depuis 5 ans, Maïté s’indigne : "C'est difficile au quotidien de devoir toujours combattre l'opinion publique et la dévalorisation verbale de son entourage, et même parfois de sa propre famille proche ! Si l'on devait comptabiliser le nombre d'heures passées en classe, celles passées à l'école à travailler ou classer des cours et celles passées à la maison, on arrive facilement à un 40h/semaine. D'autant plus que les autres, quand ils rentrent à la maison, ils ont fini leur journée ! Nous pas !"

Élèves indisciplinés

Bon nombre de professeurs se plaignent de l’évolution de mentalité du côté des élèves. Sirine explique : "Ce métier que j’idolâtrais depuis mon enfance ne ressemble en rien à ce que j’imaginais, la génération n’est plus du tout la même. Les enfants (sans généraliser mais en grande majorité) n’ont plus aucun respect, aucune limite et aucune peur. Et que dire des parents ? Quand je vois qu’ils osent eux-mêmes se laisser se faire crier dessus et dominer par leurs enfants, je me rends compte d’où vient le souci ; il faut le voir pour le croire…"

Instabilité professionnelle

Les professeurs qui débutent doivent généralement accepter des postes de remplacement sans garantie de rester dans le même établissement.

Charlotte témoigne : "Une fois arrivé dans une école, on s'investit professionnellement et socialement pour finalement toujours devoir dire au revoir... et ce, pendant des années. C’est la frustration totale. Ensuite, on se dit qu'on nous rappellera parce que ça s’est bien passé, mais bien sûr que non".

Éloïse est professeure d'éducation physique depuis cinq ans. Fin juillet, la Fédération Wallonie-Bruxelles la contacte pour lui proposer 20 heures dans une école. La semaine dernière, l'école l'appelle pour lui indiquer que ce ne sera finalement plus que 12 heures. Elle a depuis relancé la Fédération : "Je n'ai toujours pas eu de nouvelles de leur part, ni par téléphone, ni par e-mail. Je ne sais toujours pas combien d'heures supplémentaires je vais avoir. Dans quelle école serai-je ?"

Peu de soutien des parents

Le comportement de certains parents décourage aussi des enseignants : "C’est catégoriquement toujours la faute de l’enseignant. Cette année, on m’en a fait voir de toutes les couleurs, avec des enfants ingérables accompagnés de parents agressifs qui n’avaient aucune honte à me hurler dessus. Ils prennent les observations et conseils comme des critiques par rapport à leur éducation, ce qui fait que rien ne change".

Collègues pessimistes

En interne, certains professeurs adoptent une attitude qui ne motive pas leurs collègues. "Aux récréations, les collègues viennent souvent déverser leur mécontentement ou encore leur mal-être. Après, ils vont mieux mais des personnes émotives et empathiques comme moi rentrent en classe avec les problèmes des autres en tête ce qui n'aide pas au reste", raconte Maïté.

Charge administrative

Les programmes établis réduisent la marge de manœuvre des enseignants, explique Maïté : "Il faut de plus en plus justifier la moindre de nos actions pour qu'elle ait un impact pédagogique sur l'élève. Ces justifications se ressentent particulièrement lors d'un conseil de classe où on est passé au crible pour s'assurer que l'échec de l'élève est bien dû à un problème lié à l'élève et pas à soi ce qui évitera les recours externes mais, au final, je me sens jugée et parfois aussi critiquée sur ma façon d'enseigner".

Même si ces professeurs ont renoncé au "plus beau métier du monde", ils conservent un sentiment d’admiration pour ceux qui persévèrent : "Je ne dénigre pas du tout le métier et je reste très admirative face aux enseignants qui tiennent le coup jour après jour ! Heureusement qu’ils font passer le bien-être des enfants avant le leur".

RTBF

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